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Non, la protéine "spike" induite par les vaccins anti-Covid n'est pas sexuellement transmissible


Publié / Actualisé
Sur les réseaux sociaux, un médecin luxembourgeois soutient que la protéine "spike" produite par l'organisme après une injection de vaccin anti-Covid à ARN messager serait "sexuellement transmissible". C'est faux, réfutent les spécialistes interrogés par l'AFP, expliquant qu'un spermatozoïde ne peut en aucun cas interagir avec l'ARN messager, injecté dans le muscle de l'épaule, et se retrouver porteur de la protéine spike vaccinale.
Sur les réseaux sociaux, un médecin luxembourgeois soutient que la protéine "spike" produite par l'organisme après une injection de vaccin anti-Covid à ARN messager serait "sexuellement transmissible". C'est faux, réfutent les spécialistes interrogés par l'AFP, expliquant qu'un spermatozoïde ne peut en aucun cas interagir avec l'ARN messager, injecté dans le muscle de l'épaule, et se retrouver porteur de la protéine spike vaccinale.

Cet extrait vidéo fait le tour des réseaux sociaux depuis la mi-février: on y voit Jérémie Mercier, un internaute qui assure sur son site internet pouvoir "aider à retrouver la pleine santé grâce à des stratégies naturelles", questionner Benoît Ochs, médecin généraliste au Luxembourg condamné en première instance à une interdiction d'exercer pendant un an pour avoir enfreint 13 articles du code de déontologie médicale.

"Une question qui revient souvent: est-ce que la protéine 'spike' se transmet sexuellement, d'un vacciné à un non-vacciné?", interroge, face caméra, Jérémie Mercier.

"Obligatoirement oui !", répond le Dr Benoît Ochs. "Sur le plan sexuel, obligatoirement les spermatozoïdes peuvent transporter la 'spike' (...) les cellules de Sertoli [cellules essentielles à la formation et au bon fonctionnement des testicules, NDLR] , qui sont très très importantes peuvent transporter non seulement la 'spike' mais aussi l'ARN qui est transmis par le vaccin".

Si cet extrait vidéo a été partagé depuis le 16 février plusieurs milliers de fois sur Twitter, Odysee, YouTube, Tik Tok ou des sites comme Planètes 360, l'interview complète, longue d'une heure et quatorze minutes, est plus ancienne : elle date du 1er novembre 2021.

Capture d'écran prise le 22/02/2022
Capture d'écran prise le 22/02/2022

 

 

Capture d'écran prise le 22/02/2022

Protéine "spike" et vaccins à ARNm

Benoît Ochs parle ici de l'ARN messager, une technologie utilisée pour les vaccins de Pfizer/BioNTech et Moderna contre le Covid-19.

Cette technologie est différente de celle des précédents vaccins. Au lieu de confronter le système immunitaire à une partie d'un virus affaibli ou d'une forme inactivée du virus pour susciter des anticorps, ces vaccins donnent aux cellules un mode d'emploi génétique indiquant au corps comment produire- sur une durée limitée - une partie du virus : la protéine "spike" ("pointe" en anglais).

Les vaccins ne contiennent donc pas la protéine elle-même, mais ils transmettent des instructions contenues dans l'ARN messager.

Présentation de la technologie des vaccins à ARN messager ( AFP / John SAEKI, Laurence CHU)

"L’ARNm du vaccin est donc déposé dans le muscle au moment de l’injection. Là, l’ARNm vaccinal va être prélevé, pris en charge par des cellules immunitaires, qui vont fabriquer la protéine 'spike' pour l’exposer aux autres cellules immunitaires située sur place ou dans un ganglion juste à côté du site d’injection, et déclencher une réponse immunitaire protectrice contre une infection ultérieure", détaille Sophie Lucas, immunologiste et présidente de l'institut de Duve de l'Université catholique de Louvain, interrogée par l'AFP le 22 février.

En d'autres termes, cette réaction immunitaire permet à l'organisme d'être entraîné afin de pouvoir combattre efficacement et immédiatement le Sars-Cov-2 en cas d'infection.

Une transmission "impossible" via les spermatozoïdes

Mais alors, une personne vaccinée contre le Covid peut-elle transmettre sexuellement cette protéine à quelqu'un de non-vacciné, comme l'affirme le Dr Benoît Ochs? "Impossible", répondent, unanimes, les experts interrogés par l'AFP.

"L'ARN messager du vaccin est injecté dans des cellules musculaires et y est détruit très rapidement ensuite. Il a juste le temps de permettre à ces cellules musculaire de fabriquer un peu de la protéine 'spike' qui va ensuite stimuler le système immunitaire, donc il n'est pas possible à un spermatozoïde qui n'aura jamais vu l'ARN messager, injecté dans le muscle de l'épaule, de produire et donc d'être porteur de la protéine 'spike' vaccinale, ni même de 'porter' la protéine 'spike' qui a été produite par les cellules musculaires", a expliqué le 22 février à l'AFP Frédéric Altare, immunologue et directeur de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Des véhicules font la queue devant le drive-in d'un centre de vaccination contre le Covid au Hustler Club de Larry Flynt, le 21 décembre 2021 à Las Vegas. ( GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Ethan Miller)

"L’ARN reste au site d’injection et est très rapidement dégradé. Il ne va pas dans la circulation sanguine et n’arrive pas au niveau des organes sexuels. Les cellules de Sertoli ne bougent pas, elles ne peuvent pas transporter quoi que ce soit", abonde Daniel Dunia, directeur de recherche au CNRS, interrogé le même jour.

L'immunologue Sophie Lucas tire, elle aussi, la même conclusion : "Les spermatozoïdes ne sont pas présents sur le site d’injection du vaccin, dans le muscle du bras, et l’ARNm du vaccin n’est pas transporté vers les testicules où se trouvent les spermatozoïdes. Donc (...) ni l’ARNm vaccinal ni la protéine 'spike' vaccinale ne peuvent être 'transmis' par les spermatozoïdes, ni par les autres éléments présents dans le sperme, ou dans les sécrétions vaginales". Elle insiste en outre sur le fait que "la protéine 'spike' toute seule (en dehors du virus, ndlr) ne cause pas d’infection".

L'AFP a déjà vérifié des affirmations similaires prétendant que les personnes ayant reçu le vaccin anti-Covid de Pfizer pourrait excréter la protéine "spike" et être dangereuses pour les non-vaccinés, ou encore que cette protéine pourrait se multiplier dans le corps des vaccinés pour les "empoisonner lentement".

A ce jour en France, 53 millions de personnes sont complètement vaccinées contre le Covid, et le pays compte 92,8 % de personnes majeures complètement vaccinées, selon les données du gouvernement.



Juliette Mansour, AFP France
   

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