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Non, 80% des cas graves de Covid en Israël ne concernent pas des personnes vaccinées


Publié / Actualisé
Des publications sur les réseaux sociaux clament qu'environ 80% des patients hospitalisés dans un état grave pour Covid en Israël sont vaccinés. Mais ces affirmations qui circulent depuis début février sont inexactes : le taux de personnes vaccinées parmi les cas graves est dans les faits inférieur à 50% à l'échelle nationale. Le chiffre de 80% faisait uniquement référence à la situation dans un seul hôpital de Tel Aviv, et prenait aussi en compte des patients positifs au Covid mais hospitalisés pour d'autres maladies.
Des publications sur les réseaux sociaux clament qu'environ 80% des patients hospitalisés dans un état grave pour Covid en Israël sont vaccinés. Mais ces affirmations qui circulent depuis début février sont inexactes : le taux de personnes vaccinées parmi les cas graves est dans les faits inférieur à 50% à l'échelle nationale. Le chiffre de 80% faisait uniquement référence à la situation dans un seul hôpital de Tel Aviv, et prenait aussi en compte des patients positifs au Covid mais hospitalisés pour d'autres maladies.

"80% des cas graves de Covid sont entièrement vaccinés" : depuis début février, des déclarations d'un directeur de l'unité Covid de l'hopital Ichilov à Tel Aviv, Jacob Giris, ont beaucoup fait réagir sur Twitter, et dans une moindre mesure sur Facebook (ici par exemple). "A faire circuler face à l'obscurantisme et aux manipulations !", a notamment demandé l'homme politique et figure des antivax Florian Philippot le 6 février dernier dans un tweet partagé près de 3000 fois.

Ces publications s'appuient sur une traduction d'un article du média israélien conservateur Israel National News, qui rapporte des propos de Jacob Giris tenus sur la chaîne de télévision israélienne Channel 13 News le 30 janvier. Le titre de l'article insiste sur le chiffre de 80% des cas graves de Covid entièrement vaccinés annoncé par le médecin, sans préciser son contexte.

Mais ce chiffre de 80% ne correspond toutefois pas à la réalité en Israël où le taux de vaccinés parmi les cas graves de Covid-est inférieur à 50%. Les propos du Dr Giris ont par ailleurs été déformés et sortis de leur contexte : il ne parlait que de la situation dans son hôpital et insistait sur le fait que beaucoup de patients Covid étaient en réalité hospitalisés pour d'autres pathologies. Contacté par l'AFP, il dénonce une "désinformation".

Des patients vaccinés en unité Covid mais surtout atteints d'autres maladies

Dans son interview à Channel 13 News, Jacob Giris a essentiellement commenté la situation dans sa propre unité Covid au sein de l'hôpital Ichilov. Après avoir expliqué que "la plupart de [ses] patients" étaient vaccinés, il précise que la majorité des patients Covid vaccinés dans son unité sont surtout atteints d'autres maladies sérieuses ou chroniques.

Au cours de cette interview en hébreu traduite par le bureau israélien de l'AFP, Jacob Giris explique en effet : "Je suis à la tête d'un service de médecine interne. La plupart de nos patients sont des patients avec des maladies internes complexes, mais sont aussi infectés par le Covid. Donc le Covid n'est pas ce qui les affecte le plus, ce sont les pathologies internes".

Le 26 janvier 2022, le docteur israélien avait déjà souligné sur la page Facebook de l'hopital Ichilov que beaucoup des patients dans son unité n'étaient pas admis à cause du variant Omicron, mais du fait d'autres pathologies. Il rappelait dans ce même message que le taux de mortalité était finalement très faible, et que les décès n'étaient pas tout le temps liés au Covid-19.

Si 80% des patients hospitalisés dans son unité étaient donc bien vaccinés, une grande partie d'entre eux ne l'était pas du fait de leur infection au Covid. Dans son interview télévisée, Jacob Giris indique même que "seulement 10 à 20%" des cas graves étaient uniquement liés au Covid.

Jacob Giris "en faveur de la vaccination"

Le directeur de l'unité Covid de l'hopital Ichilov ne dénonce donc pas l'inefficacité des vaccins anti-Covid. Il indique même au cours de l'entretien être "en faveur de la vaccination" et estime que la population "devrait se faire vacciner". Interrogé par l'AFP le 18 février 2022, Jacob Giris pointe tout de même certaines limites de l'efficacité du vaccin concernant la prévention des formes graves chez les personnes avec des comorbidités, comme il l'avait aussi indiqué au cours de l'interview télévisée. "Mais cela ne veut pas dire que la vaccination n'aide personne", précise-t-il. "Elle fonctionne très bien, et la dose de rappel est bonne".

Un point modéré par Hagai Levine, épidémiologiste de l'université hébraïque de Jerusalem interrogé par l'AFP le 18 février : "Bien sûr, si quelqu'un a une maladie chronique, c'est exactement le type de population qui a le plus besoin du vaccin. Par exemple, si quelqu'un a une insuffisance rénale, ils ont évidemment besoin du vaccin, parce que pour ces personnes, une infection bénigne pourrait être très dangereuse", explique-t-il.

Un point partagé par le ministère de la Santé israélien contacté par l'AFP. "Les donnés israéliennes montrent que le vaccin prévient les cas graves. Le nombre de patients non vaccinés hospitalisés dans un état grave est cinq à huit fois plus important (selon l'âge) que les patients vaccinés. Nous observons la même chose concernant la mortalité."

Moins de 50% des personnes hospitalisées dans un état grave triplement vaccinées

Quel est donc le chiffre exact des hospitalisations de personnes vaccinées pour Covid en Israël ? Le 30 janvier 2022, le jour de l'entretien de Jacob Giris à la télévision, un peu moins de 50% des personnes hospitalisées dans un état grave étaient vaccinées à l'échelle nationale (sur près de 1050 cas) , selon les données officielles issues du site du ministère de la Santé.

Le nombre de personnes gravement malades à l'hôpital selon trois catégories : vaccinées, non-vaccinés et partielement vaccinées. Au 30 janvier, 509 personnes vaccinées étaient hospitalisées dans un cas grave, contre 417 non-vaccinés et 118 partiellement vaccinés. ( Nathan GALLO)

Même en ajoutant les personnes hospitalisées qui n'ont pas un schéma vaccinal complet, la proportion des cas n'atteint que 60%. Actuellement, malgré une campagne précoce, près de 29% de la population israélienne n'avait pas reçu de vaccin contre le Covid tandis qu'environ 65% de la population présentent un schéma vaccinal complet.

Après une hausse sensible du nombre de cas dans le pays vers la fin du mois de janvier, la situation s'est aujourd'hui nettement améliorée, avec une baisse enregistrée de plus de 30% des cas graves entre le 30 janvier et le 22 février 2022. Alors que l'on comptait plus de 60 morts par jour vers la fin du mois de janvier, leur nombre a été divisé de moitié au 22 février.

En France, une baisse récente du nombre d'hospitalisations

En France, la hausse sensible du nombre de cas entre fin janvier et début février, avait aussi entrainé un bond des hospitalisations. A l'époque, beaucoup d'affirmations avaient circulé au sujet de la part supposément plus importante des personnes vaccinées hospitalisées dans les hôpitaux français.

Or, en proportion, le nombre des personnes non-vaccinées entrant en soins critiques était dans les faits bien plus importante que celle des personnes vaccinées, lorsque l'on comparait ces deux groupes par rapport à leur taille dans la société, comme il est possible de l'observer sur le site du gouvernement. Au 6 février dernier, on comptait 117 entrées en soins critiques chez les personnes non vaccinées pour 1 million de personnes non vaccinées contre seulement 19 entrées chez les personnes vaccinées, pour un million de personnes vaccinées.

Au 21 février 2022, 80,4% de la population française a reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19, et près de 79% de la population a reçu toutes les doses requises.

Graphique montrant l'évolution des hospitalisations et des personnes en soins critiques en France, au 23 février ( AFP / Sophie RAMIS, Simon MALFATTO)

La situation générale dans les hôpitaux semble tout de même s'améliorer depuis ces derniers jours, avec une diminution de près de 25% du nombre moyen de nouvelles hospitalisations et d'entrées en soins critiques quotidiennes. Parmi ces cas, une partie non négligeable l'est d'ailleurs pour d'autres raisons que le Covid-19. Bien que positives au Sars-CoV-2, 31% des personnes hospitalisées et 21% des personnes en soins critiques l'étaient pour d'autres raisons que le Covid au 17 février dernier.

Bilan mondial de la pandémie de Covid-19, au 24 février à 11h00 GMT ( AFP / Frédéric BOURGEAIS, Simon MALFATTO)


Saladin SALEM, AFP Allemagne
   

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