Vérification :

Non, le sniper canadien "Wali" n'est pas mort sur le front en Ukraine


Publié / Actualisé
"Wali", un tireur d'élite canadien, aurait été tué par les forces russes "après 20 minutes seulement d'action sur le terrain" dans la guerre qui oppose la Russie et l'Ukraine depuis fin février, selon plusieurs publications partagées plus de 300 fois depuis le 16 mars en Afrique subsaharienne. C'est faux: le Canadien, qui réfute être le "meilleur tireur d'élite du monde" comme le prétendent les internautes, a donné plusieurs preuves de vie depuis cette date.
"Wali", un tireur d'élite canadien, aurait été tué par les forces russes "après 20 minutes seulement d'action sur le terrain" dans la guerre qui oppose la Russie et l'Ukraine depuis fin février, selon plusieurs publications partagées plus de 300 fois depuis le 16 mars en Afrique subsaharienne. C'est faux: le Canadien, qui réfute être le "meilleur tireur d'élite du monde" comme le prétendent les internautes, a donné plusieurs preuves de vie depuis cette date.

"Wali, le tireur d'élite mercenaire franco-canadien aux +40 morts par jour+, surnommé le +plus grand sniper du monde+, serait tué par un sniper russe après 20 minutes de front" en Ukraine, affirment plusieurs publications sur Facebook.

La plupart illustrent cette affirmation avec plusieurs photos du même homme blanc, barbu, en tenue militaire.

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 28 mars 2022

D'une publication à l'autre, cette rumeur varie légèrement: ici, on situe le décès de ce soldat à Marioupol, port stratégique assiégé et pilonné par l'armée russe depuis fin février; , on raconte qu'il aurait été tué par une "snipeuse" de l'Armée rouge.

Au total, ces affirmations ont été partagées plus de 300 fois depuis le 16 mars dans plusieurs pays d'Afrique subsahariene (1, 2, 3…).

Cette rumeur circule alors que quelques jours après le début de la guerre fin février en Ukraine, le président Volodymyr Zelensky a appelé les volontaires étrangers à rejoindre la résistance à l'invasion russe. Quelque 20.000 sont déjà arrivés selon le gouvernement ukrainien, un chiffre impossible à vérifier de source indépendante.

Démenti dans les médias et sur Facebook

Attention cependant: "Wali" était bien vivant plusieurs jours après l'apparition de ces rumeurs en ligne, selon une publication sur sa propre page Facebook et plusieurs interviews vidéos données à différents médias.

Olivier Lavigne-Ortiz de son vrai nom, comme le précise France24, cet ancien membre du deuxième bataillon du Royal 22e Régiment de l'armée canadienne est entré début mars sur le territoire ukrainien pour se battre aux côtés de l'armée nationale selon plusieurs médias (1, 2…).

Précédemment déployé en Afghanistan puis volontaire auprès des Kurdes contre l'Etat islamique en Irak, lui qui était retourné dans le civil en tant que programmeur informatique a ré-endossé sa tenue militaire après le coup de fil d'un ami vivant en Ukraine, selon Le Figaro.

Comme l'indiquent une recherche sur Twitter avec les mots-clefs "wali killed russian 20 minutes" ("wali tué russes 20 minutes") ainsi que Checknews de Libération, les premières rumeurs au sujet de son hypothétique mort au front semblent avoir commencé à circuler dans des médias chinois, avant de se propager notamment en Afrique subasharienne.

Dès le 14 mars, il avait rassuré sur sa page Facebook et appelé à ne pas s'inquiéter "pour [sa] sécurité".

Puis, en réaction à l'ampleur qu'a pris cette rumeur, près d'une semaine après que celle-ci est apparue sur les réseaux sociaux en Afrique, le tireur d'élite a publié un nouveau démenti sur cette même plateforme.

"Je suis vivant", a-t-il déclaré, postant une photo humoristique de lui tenant un fusil de précision dans une piscine à boules et qualifiant ces affirmations de "complètement ridicules".

Il a également donné des interviews vidéos à plusieurs médias, dont une au média canadien CBC publiée le 22 mars où il réaffirme être "vivant".

Il a par ailleurs affirmé à cette télévision canadienne ne jamais "avoir vu Marioupol de sa vie", en réponse aux internautes qui prétendaient qu'il avait été tué en défendant cette ville.

Le même jour, "Wali" a échangé avec un journaliste de la rédaction des Observateurs de France 24, Alexandre Capron, comme ce dernier le raconte dans un thread sur Twitter agrémenté de captures d'écran de son échange vidéo avec le tireur d'élite.

 

Contacté, il n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP à date de publication de cet article.

Par ailleurs, certaines des publications que nous vérifions présentent "Wali" comme "le meilleur sniper au monde". Lui-même le nie, notamment dans son interview vidéo du 22 mars à CBC mentionnée précédemment.

Cette affirmation pourrait venir d'une confusion entre lui et le détenteur d'un macabre record consistant à avoir abattu un combattant de l'État islamique à plus de trois kilomètres de distance au Kurdistan irakien: ce "record" serait détenu par un "autre membre des forces canadiennes" anonyme, affirme le Figaro.

Comme la rumeur du "fantôme de Kiev", un mythique pilote ukrainien inarrêtable face aux Russes, cette infox au sujet de la mort de "Wali" s'inscrit dans un contexte de guerre informationnelle entre l'Ukraine et la Russie.

Depuis le début du conflit, le pouvoir russe a considérablement renforcé son contrôle sur les informations diffusées sur internet, l'un des derniers espaces d'expression libre dans le pays.

De nombreux médias russes et étrangers, dont la BBC, ont été interdits d'accès et les réseaux sociaux américains Facebook et Instagram ont été déclarés "extrémistes" par un tribunal moscovite.

Le point sur la guerre en Ukraine

La guerre continue de faire rage en Ukraine à date de publication de cet article; les autorités ukrainiennes s'inquiétaient le 28 mars d'une aggravation de la situation dans le port assiégé de Marioupol, où au moins 5.000 personnes auraient déjà péri, selon une responsable ukrainienne.

De nouveaux combats ont eu lieu ce même jour dans plusieurs localités autour de Kiev, notamment à Stoyanka, à la lisière ouest de la capitale.

Les délégations russe et ukrainienne ont entamé des négociations à Istanbul le 29 mars au matin, après avoir été accueillies par le président turc qui les a exhortées à mettre un terme à la "tragédie" que constitue l'invasion de l'Ukraine par les troupes de Moscou.

Après trois heures de discussions, le chef de la délégation russe et représentant du Kremlin, Vladimir Medinski, a fait état de "discussions substantielles". Autre déclaration porteuse d'espoir après près de cinq semaines de conflit: le vice-ministre de la Défense russe Alexandre Fomine a annoncé que Moscou allait "réduire radicalement (son) activité militaire en direction de Kiev et Tcherniguiv", dans le nord du pays.

Mais Washington a réagi avec scepticisme. Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a dit douter encore du "réel sérieux" de la Russie dans les négociations. "Il y a ce que dit la Russie et ce que fait la Russie. Nous nous concentrons sur ce qu'elle fait", a-t-il avancé, estimant que les Ukrainiens négocient avec "un pistolet littéralement sur leurs têtes".

Ede Zaborszky, AFP Autriche

   

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