Infox :

Macron n'a jamais dit qu'il y aura 60 millions de réfugiés en Europe en raison des sanctions contre la Russie


Publié / Actualisé
A moins d'une semaine du second tour de l'élection présidentielle, la capture d'écran d'un tweet attribué à la BBC prétend relayer une déclaration d'Emmanuel Macron, qui aurait annoncé l'arrivée en Europe de "60 millions de réfugiés d'Afrique et du Moyen-Orient" dans les "20 prochaines années" en raison de "sanctions contre la Russie". Mais il s'agit d'une infox. Contactée par l'AFP le 19 avril, la BBC a confirmé ne pas être à l'origine de cette publication, tandis que l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron a assuré à l'AFP que le président candidat n'a jamais tenu de tels propos.
A moins d'une semaine du second tour de l'élection présidentielle, la capture d'écran d'un tweet attribué à la BBC prétend relayer une déclaration d'Emmanuel Macron, qui aurait annoncé l'arrivée en Europe de "60 millions de réfugiés d'Afrique et du Moyen-Orient" dans les "20 prochaines années" en raison de "sanctions contre la Russie". Mais il s'agit d'une infox. Contactée par l'AFP le 19 avril, la BBC a confirmé ne pas être à l'origine de cette publication, tandis que l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron a assuré à l'AFP que le président candidat n'a jamais tenu de tels propos.

Le tweet a tout des codes de la BBC : son logo officiel, son nom, le badge bleu certifié. Massivement relayée sur Twitter et Facebook à l’approche du second tour de l’élection présidentielle, qui opposera dans les urnes dimanche 24 avril Marine Le Pen et Emmanuel Macron, cette publication attribue au président candidat la "promesse de campagne" suivante :

"L'Europe doit être prête à accueillir jusqu'à 60 millions de réfugiés d'Afrique et du Moyen-Orient au cours des 20 prochaines années, car les sanctions contre la Russie entraîneront un effondrement économique en Afrique, surtout ceux qui importent d'énormes quantités de blé russe".

 

Capture d'écran prise sur Facebook le 19 avril 2022 (AFP)

Initialement publié en anglais, le tweet est particulièrement partagé dans des groupes Facebook de soutien à Éric Zemmour, accompagné d’une traduction française, toujours sous la forme d’une capture d’écran.

A sa lecture, certains internautes s’inquiètent, dans les commentaires, de "l'avenir de la France" qui pourrait "disparaître" et être "remplacée par une autre civilisation."

D’autres s’indignent des "sanctions" prises par l’Union européenne contre la Russie, dans un contexte où le conflit russo-ukrainien entraîne des difficultés d’approvisionnement en matières premières (blé, huile, maïs), en particulier en Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient.

Cependant, la BBC a indiqué le 19 avril à l'AFP ne pas être à l'origine de ce tweet, qui est en réalité un montage. La déclaration qu'il prête au président sortant est elle aussi complètement fausse : aucune trace de tels propos n'a été retrouvée dans la presse et l'équipe de campagne du candidat a certifié à l'AFP que "ces allégations n’ont pas été prononcées par Emmanuel Macron."

Un tweet qui n'existe pas

Alistair Coleman, membre de l’équipe BBC Monitoring qui lutte contre la désinformation sur les réseaux sociaux, a assuré à l’AFP le 19 avril 2022 que "la BBC n'a pas posté ce tweet" et "qu'aucune histoire similaire n'a été publiée sur le site de BBC News".

La publication semble provenir d'un compte officiel car elle reprend tous les codes (logo, nom, certification) de la chaîne d’information internationale britannique et "l'utilisation de l'anglais est également assez proche de la façon dont la BBC tweeterait", a ajouté Alistair Coleman.

Mais aucune recherche ne permet de retrouver ce tweet sur le compte Twitter officiel de la BBC. Le 11 avril, date qui apparaît sur le faux tweet, la BBC avait publié sur son site puis sur Twitter un article sur la campagne de l’entre-deux-tours, illustré par une photographie d’Emmanuel Macron en visite à Denain (ci-dessous à gauche).

C'est cette image que l'on retrouve dans le faux tweet (ci-dessous à droite) :

Capture d'écran prise sur le site de la BBC le 19 avril 2022 (AFP)
Capture d'écran prise sur Twitter le 19 avril 2022 (AFP)

Une fausse déclaration

Le tweet aux couleurs de la BBC a été créé de toute pièce et la déclaration qu’il prête à Emmanuel Macron aussi.

En effet, une recherche par mot-clé sur différents moteurs de recherche ne permet pas de retrouver la trace d’une telle annonce, que plusieurs internautes présentent comme une "promesse de campagne" du président sortant.

Les équipes de campagne d'Emmanuel Macron ont assuré à l'AFP, le 19 avril 2022, que "ces allégations n’ont pas été prononcées par Emmanuel Macron."

Enfin, le programme du président candidat ne fait aucunement mention de la nécessité, pour l'Union européenne, de se préparer à accueillir "60 millions de réfugiés".

A l'échelle européenne, Emmanuel Macron souhaite, selon son programme, "renforcer le corps de police des frontières européen" en fixant "une ambition de 5 000 hommes mobilisables par la nouvelle Agence européenne de garde-frontières et de gardeâ€'côtes", sans évoquer aucune données chiffrées sur les projets d'accueil de l'Union européenne.

L'Afrique et le Moyen-Orient face aux retombées économiques de la guerre en Ukraine

Si Emmanuel Macron n'a pas officiellement évoqué "un effondrement économique en Afrique" lié aux sanctions contre la Russie, la guerre en Ukraine va toutefois bien y avoir des conséquences variées selon les pays, a expliqué Amaka Anku, analyste au cabinet de conseil Eurasia Group, dans cette dépêche de l'AFP. Elle a évoqué d'abord l'inflation pour les importateurs de matières premières ou de pétrole, comme le Nigeria qui en plus subventionne le carburant, creusant un peu plus son déficit.

De plus, avec les sanctions contre Moscou, le prix des engrais monte en flèche. Une menace pour les récoltes africaines qui risque de faire grimper encore plus le coût des denrées alimentaires.

Graphique montrant les pays dont la part des exportations de blé provenant de Russie et/ou d'Ukraine dépasse les 50%, en 2021, d'après les données de l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) (AFP)

Des pays comme le Ghana, très endetté, devront faire face à des coûts d'emprunt plus élevés, a estimé Mme Anku.

Enfin, à plus long terme, des pays producteurs de gaz, comme la Tanzanie ou le Nigeria, ou futurs producteurs, comme le Sénégal, pourraient bénéficier de la baisse des importations européennes de gaz russe, affirme Danielle Resnick, de la Brookings Institution. "Malgré ces possibilités, à court terme, l'invasion de l'Ukraine pourrait poser des difficultés aux ménages africains, au secteur agricole et à la sécurité alimentaire", a-t-elle insisté.

Emilie Beraud, AFP France

   

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