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Cette vidéo ne montre pas le commandant du bataillon Azov arrêté à Marioupol


Publié / Actualisé
Des publications partagées plusieurs centaines de fois sur Facebook depuis fin mars affirment, vidéo à l'appui, que le commandant du bataillon ukrainien Azov a été arrêté par les Russes. Selon certains internautes, l'arrestation aurait eu lieu à Marioupol, ville portuaire assiégée par les troupes russes depuis le début de la guerre en Ukraine. En réalité, cette vidéo a été tournée à Donetsk en 2015 lors du conflit dans le Donbass et montre des soldats ukrainiens aux mains de séparatistes pro-russes. L'homme que l'on aperçoit dans la vidéo était alors lieutenant-colonel de l'armée ukrainienne. L'AFP n'a trouvé aucune trace d'un éventuel lien entre lui et le bataillon (devenu régiment) Azov.
Des publications partagées plusieurs centaines de fois sur Facebook depuis fin mars affirment, vidéo à l'appui, que le commandant du bataillon ukrainien Azov a été arrêté par les Russes. Selon certains internautes, l'arrestation aurait eu lieu à Marioupol, ville portuaire assiégée par les troupes russes depuis le début de la guerre en Ukraine. En réalité, cette vidéo a été tournée à Donetsk en 2015 lors du conflit dans le Donbass et montre des soldats ukrainiens aux mains de séparatistes pro-russes. L'homme que l'on aperçoit dans la vidéo était alors lieutenant-colonel de l'armée ukrainienne. L'AFP n'a trouvé aucune trace d'un éventuel lien entre lui et le bataillon (devenu régiment) Azov.

"LE COMMANDANT DU BATAILLON NAZI "AZOV" EST TOMBÉ ENTRE LES MAINS DES RUSSES ! LA FOULE A ESSAYÉ DE LE LYNCHER" , écrit l'auteur d'une publication, partagée 144 fois sur Facebook depuis le 31 mars 2022. Cette publication et d'autres similaires sont accompagnées d'une vidéo d'environ 2 minutes, dans laquelle on voit plusieurs hommes, apparemment blessés, emmenés au milieu d'une foule par des militaires. Une séquence montre un homme menotté, debout devant deux micros, se faire insulter par une foule de civils puis frapper à plusieurs reprises avant d'être poussé à l'intérieur d'une voiture.

"Les Forces russes ont réussi à le capturer vivant, et à le faire défiler dans le centre de la ville, avant de l'emmener pour un interrogatoire plus poussé. Pendant son transfert, une foule s'est rassemblée pour tenter de le lyncher, pour les atrocités causées par des dizaines de membres de son bataillon. Les habitants se sont rués sur lui avec des coups de poing et de pied dès qu'ils ont vu qu'il était maintenant prisonnier. Le Commandant adjoint du 503e régiment des marines ukrainiens, qui a tenté de s'échapper de Mariupol, a été capturé avec lui", poursuit l'auteur de la publication.

Capture d'écran réalisée le 20/04/2022 sur Facebook. Le visage de l'homme a été flouté par l'AFP conformément à la convention de Genève

Cette vidéo a été relayée sur Twitter. Partagée avec cette même affirmation des milliers de fois et dans plusieurs langues, elle a déjà fait l'objet de vérifications par l'AFP en Bulgarie, au Mexique ou encore en République Tchèque. Elle circule depuis au moins le 26 mars 2022 sur les réseaux sociaux.

Cependant, cette vidéo n'a pas été prise à Marioupol et l'AFP n'a trouvé aucun lien entre l'homme frappé par la foule dans cette vidéo, un lieutenant-colonel de l'armée ukrainienne, et le bataillon Azov.

Une vidéo tournée à Donetsk le 22 janvier 2015

En faisant une recherche de vidéo inversée grâce à l'outil Invid - voir ici comment faire - l'AFP a trouvé des captures d'écran et des vidéos similaires publiées dès 2015. Ainsi, dans cette vidéo publiée sur Youtube le 22 janvier 2015, qui contient des scènes de violence, on reconnaît à 0'03 minute le même homme que dans la vidéo relayée par les publications que nous vérifions. On identifie notamment sa veste, celle de l'homme casqué à côté de lui, ainsi que le micro de la chaîne de télévision russe Pervi Kanal.

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 21/04/2022, cercle et flèches rouges ajoutés par l'AFP
Capture d'écran réalisée sur Youtube le 20/02/2022, cercle et flèches rouges ajoutés par l'AFP

 

 

La légende de la vidéo indique en russe: "Capturé le 20 janvier, le lieutenant-colonel de l'armée ukrainienne Oleg Kuzminykh a été amené aujourd'hui devant les caméras des médias russes sur le lieu du décès de 13 personnes à Donetsk", une ville située à 100 kilomètres de Marioupol.

Dans cette autre vidéo, publiée le 24 janvier 2019 et intitulée "le commandant Oleg Kuzminykh en captivité", on reconnaît également la voiture dans laquelle l'homme menotté est poussé à 1'28 minute dans la vidéo relayée sur Facebook, ainsi que l'homme avec un manteau bleu et noir et une chapka. La description de la vidéo indique qu'elle a été tournée en janvier 2015.

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 20/04/2022, flèches rouges ajoutées par l'AFP
Capture d'écran réalisée sur Youtube le 20/04/2022, flèches rouges ajoutées par l'AFP

 

 

La ville de Donetsk est un lieu stratégique de la guerre du Donbass, qui a débuté en Ukraine en 2014, opposant des séparatistes soutenus par Moscou et le gouvernement ukrainien. Elle est la capitale des deux "républiques" séparatistes pro-russes, dont Vladimir Poutine a reconnu l'indépendance juste avant d'envahir l'Ukraine en février 2022.

Des évènements rapportés par l'AFP et d'autres médias

En tapant des mots-clés dans un moteur de recherche, on retrouve plusieurs articles mentionnant les événements apparaissant sur la vidéo que nous vérifions, notamment une dépêche de l'AFP datée du 22 janvier 2015. On y lit que les hommes apparaissant sur ces vidéos sont des soldats ukrainiens escortés par les rebelles pro-russes à l'endroit où treize civils ont été tués deux jours plus tôt dans un bombardement. Selon l'article, ces soldats ont été arrêtés au cours de combats ayant fait rage à l'aéroport de Donetsk.

Le lieutenant Oleg Kuzminykh, cité dans les vidéos citées ci-dessus, est également mentionné dans la dépêche dans une scène qui ressemble fortement à celle de la vidéo: "Menotté, le visage marqué par les coups, il est contraint de regarder les débris du trolleybus, d'où tous les corps n'ont pas encore été enlevés, entouré par de nombreuses caméras. 'Pourquoi restez-vous silencieux ?', a le temps de lui demander un journaliste russe avant que l'homme ne soit passé à tabac par quelques habitants, puis rapidement embarqué à bord d'un 4 x 4 immatriculé en Russie".

L'AFP a également réalisé un reportage vidéo montrant ces prisonniers de guerre.

On y aperçoit notamment la même femme au grand manteau gris qui apparaît à 0'03 minute dans la vidéo postée sur Facebook et à 0'18 minute dans le reportage de l'AFP.

Captures d'écran réalisées le 20/04/2022. En haut la vidéo relayée sur Facebook. En bas, le reportage de l'AFP. Cercles rouges ajoutés par l'AFP

Rien n'indique que Kuzminykh faisait partie du bataillon Azov

En tapant le nom "Oleg Kuzminykh" sur un moteur de recherche, on retrouve d'autres vidéos montrant le même événement, prises d'un autre angle. Dans celle-ci par exemple, publiée par le média Ukraine Today le 23 mai 2015, le journaliste annonce la libération du commandant Oleg Kuzminykh, décrit comme "légendaire défenseur de l'aéroport de Donetsk". Des images de son arrestation, similaires à celles partagées dans les publications Facebook que nous vérifions, sont utilisées pour illustrer le reportage.

La BBC avait également rapporté le 22 janvier 2015 le retrait de l'armée ukrainienne du principal terminal de l'aéroport de Donetsk, ainsi que le bombardement de la ville.

Oleg Kuzminykh a été libéré en mai 2015 des geôles des séparatistes pro-russes. L'ONG Ukraine crisis media center avait alors annoncé la libération du "lieutenant-colonel Oleg Kuzminykh, commandant de bataillon de la 81e brigade aéroportée".

Un autre article annonçant sa remise en liberté, publié par la radio RFE/Radio Liberty le 22 mai 2015, indique: "le lieutenant-colonel Oleg Kuzminykh, commandant du 90e bataillon de la 81e brigade, a participé à la défense de l'aéroport de Donetsk et a été capturé par les séparatistes le 20 janvier de cette année. Le 22 janvier, les séparatistes l'avaient conduit, ainsi que d'autres défenseurs ukrainiens de l'aéroport capturés, dans une marche humiliante à travers Donetsk".

Oleg Kuzminykh a reçu l'ordre du Courage, décerné par l'ancien président ukrainien Petro Porochenko en mai 2015.

Le bataillon Azov, devenu régiment Azov, alimente tous les fantasmes et s'est retrouvé, depuis le début de l'invasion russe en Ukraine, au coeur d'une guerre de propagande entre Moscou et Kiev. Il est régulièrement pointé du doigt par Moscou comme la preuve que l'armée ukrainienne serait gangrenée par le néonazisme, comme l'a expliqué l'AFP dans un précédent article de vérification.

Ce régiment tire son nom de la mer d'Azov baignant le port de Marioupol, où il a forgé sa légende en participant à la reconquête de cette cité portuaire stratégique face aux séparatistes en juin 2014. Il sert depuis de prétexte à Vladimir Poutine qui ne cesse de répéter qu'il souhaite "dénazifier" l'Ukraine.

Cependant, rien n'indique l'existence d'un quelconque lien entre Oleg Kuzminykh, qui apparaît sur les vidéos que nous vérifions, et le mouvement nationaliste Azov. Une recherche de ces deux termes en anglais, russe ou ukrainien, sur un moteur de recherche ne renvoie à aucune source fiable permettant d'établir une relation entre les deux, ni en 2015 ni en 2022.

Kuzminykh n'apparaît pas dans l'actuel commandement d'Azov

Le commandant actuel du régiment Azov est Denis Prokopenko, comme il l'a déclaré à plusieurs reprises sur la chaîne Telegram du régiment et dans des vidéos.

Son commandant adjoint, Svyatoslav Palamar, et l'officier du groupe de recrutement Yuri Mikhalchyshyn ont donné une interview à la station de radio militaire ukrainienne Army FM en janvier 2022. Svyatoslav Palamar apparaît dans des vidéos publiées sur la chaîne Telegram du régiment. Le chef d'état-major actuel est le capitaine Bogdan Krotevych, comme indiqué dans cette interview pour la chaîne ukrainienne Facts partagée sur le compte Twitter d'Azov.

Une recherche d'Oleg Kuzminykh sur la chaîne Telegram et le compte Twitter d'Azov n'a donné aucun résultat. L'unité dans laquelle Oleg Kuzminykh aurait servi en 2015, la 81e brigade, fait partie des forces armées ukrainiennes relevant du ministère de la Défense.

La capture et la libération de Kuzminykh ont été largement couvertes par les médias ukrainiens, mais ses apparitions sont devenues rares au fil des années. En 2021, il a accordé une interview à Army FM, dans laquelle il n'est pas fait mention de son appartenance à la direction d'Azov.

Un article publié en janvier 2022, sur des accusations de corruption contre son frère, affirme qu'il est, depuis sa libération, retourné dans sa ville natale, Zhytomyr. En 2016, le lieutenant-colonel expliquait à la BBC être resté dans l'armée ukrainienne, en tant que commandant adjoint du centre d'entraînement des parachutistes de Zhytomyr.

Pas d'éléments permettant d'affirmer que le commandant d'Azov a été arrêté par les Russes

Enfin, il n'y a aucune trace d'une déclaration des officiels russes selon laquelle le "leader d'Azov" aurait été capturé au cours des combats en cours dans la ville de Marioupol. L'AFP a passé au peigne fin toutes les publications disponibles de l'agence de presse étatique russe TASS depuis le 20 mars 2022, et n'a trouvé aucune annonce de ce type. Kadyrov a publié de nombreux messages concernant les combats à Marioupol sur sa chaîne officielle Telegram, mais aucun n'a pu être trouvé concernant la capture du "leader d'Azov".

L'auteur de l'une des publications que nous vérifions affirme que cette arrestation a eu lieu grâce "aux combattants Tchétchènes qui ont participé à l'opération aux côtés de la Russie, dirigée par son Président, Ramzan Kadyrov, un allié fidèle du Président Vladimir Poutine". Ramzan Kadyrov, ancien rebelle devenu proche du Kremlin, a apporté son soutien à l'attaque du président Vladimir Poutine contre l'Ukraine, en envoyant ses combattants dans le pays, notamment à Marioupol. Sur sa chaîne officielle Telegram, il a publié de nombreux messages concernant les combats à Marioupol, mais l'AFP n'a pas trouvé de message concernant une prétendue arrestation d'un commandant d'Azov.

Le 28 mars 2022, la Russie a affirmé avoir abattu des hélicoptères "se dirigeant vers l'évacuation des commandants d'Azov". Le commandant d'Azov, Denis Prokopenko, a répondu dans une vidéo publiée sur Telegram le 1er avril 2022, qualifiant cette affirmation de "fausse information".

Au 57e jour de l'invasion russe de l'Ukraine, la ville de Marioupol est passée sous contrôle russe, a affirmé Moscou le 21 avril 2022. Vladimir Poutine a jugé que ses forces avaient avec "succès" pris le contrôle de la ville et a ordonné d’assiéger les derniers combattants ukrainiens plutôt que de leur donner l’assaut.



Rossen BOSSEV, AFP Bulgarie, AFP Belgrade
   

1 Commentaire(s)

Janus, Posté
Bonjour,Sujet très brûlant et aussi très douloureux.Si vous cherchez les infos et les croisez sur internet, vous serez sidérés de voir à quel point la version officielle meanstream travestie la réalité, au point qu'elle présente son exact opposé. ça dépasse ce qu'on peut imaginer.Voir les site de reporters et analystes indépendants, dont entre autres :- DOMBASS INSIDER- STRATPOLVoir également sur la plateforme "odyssee" les témoignages de victimes du dombass du régiment AZOV.La stratégie Ukrainienne est simple:Comme l'Ukraine n'a presque pas ou plus d'armée digne de ce nom (contrairement à la version officielle), elle utilise le terrain de l'information à fond: Elle se déchaine sur la population civile en commettant des exactions qu'elle s'emploie à mettre en scène pour faire croire qu'elles sont comises par la Russie.Concrètement ça veut dire quoi' - Maintien des civils en ville en leur interdisant l'évacuation par les couloir humanitaires. Ils leur tirent dessus purement et simplement. - Positions de tir depuis les hôpitaux, écoles et zones d'habitation pour se protéger et/ou engeandrer les tirs de ripostes russes pour les rendre coupables de s'attaquer à ces bâtiments civils. - Transport de troupes dans des véhicules sanitaires (ambulances...).Tout ça donne l'impression que la terre entière soutient un régime nazi d'une monstruosité sans égale (c'est une réalité indéniable) et le présente comme un peuple victime de l'ours Russe. Un peu comme si à Nuremberg en 1945 les Eichmann, Goebbles, Göring, Himmler étaient des victimes.Pire encore! Tous nos dirigeants européens le savent et sont parfaitement conscients que c'est l'une des plus sinistres et sanglantes mascarade de notre siècle qui se joue avec notre soutien actif.Je vous laisse deviner qui tire les ficelles dans cette situation et à qui elle profite (économiquement).