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Une "augmentation historique" de "1788%" des troubles menstruels et de "732%" des AVC dus aux vaccins anti-Covid ? Ces calculs sont trompeurs


Publié / Actualisé
Les AVC auraient augmenté de "732%" et les "troubles du cycle menstruel" de "1788%" en 2021 à cause des vaccins anti-Covid, assure une "citoyenne" "membre du conseil scientifique indépendant" dans une vidéo virale sur les réseaux sociaux. Ce raisonnement est trompeur : les pourcentages avancés s'appuient sur des données de la base de pharmacovigilance américaine, appelée VAERS, qui recense tous les effets secondaires signalés après des injections aux Etats-Unis, sans qu'un lien de causalité avec le vaccin n'ait nécessairement été établi, précisent les autorités sanitaires américaines, qui gèrent cette plateforme.
Les AVC auraient augmenté de "732%" et les "troubles du cycle menstruel" de "1788%" en 2021 à cause des vaccins anti-Covid, assure une "citoyenne" "membre du conseil scientifique indépendant" dans une vidéo virale sur les réseaux sociaux. Ce raisonnement est trompeur : les pourcentages avancés s'appuient sur des données de la base de pharmacovigilance américaine, appelée VAERS, qui recense tous les effets secondaires signalés après des injections aux Etats-Unis, sans qu'un lien de causalité avec le vaccin n'ait nécessairement été établi, précisent les autorités sanitaires américaines, qui gèrent cette plateforme.

"Message important d'Emmanuelle Darles, membre du conseil scientifique indépendant entendu au Sénat lors de la commission d'enquête #effetsindésirables", indique la description d'un tweet partagé plus de 1.600 fois depuis le 22 mai, relayant une vidéo dans laquelle une femme s'exprime, face à la caméra.

La même vidéo, ou des extraits légèrement plus longs ou courts de l'intervention, ont totalisé d'autres milliers de partages sur Twitter (ici, ), des dizaines de milliers de vues sur Facebook (ici, ) et Telegram, et circule sur des plateformes de partages de vidéos comme Crowdbunker ou Odysee.

Capture d'écran Twitter, prise le 25/05/2022
Capture d'écran Facebook, prise le 15/05/2022

 

 

La personne qui s'exprime se présente comme "Emmanuelle Darles", "membre du conseil scientifique indépendant" et "citoyenne". Elle indique avoir été "auditionnée par quelques membres de la commission d'enquête sur les effets indésirables du vaccin Covid-19 diligentée par le Sénat" début avril.

"Nous avons alerté d'augmentations historiques et inédites de certaines pathologies, notamment une augmentation de 1788% concernant les troubles du cycle menstruel, 732% d'AVC en plus en 2021, dus aux, ou qui pouvaient être causés par ces injections", affirme-t-elle encore.

Une interprétation trompeuse de la base de pharmacovigilance américaine

Les chiffres que cite Emmanuelle Darles, qui est chercheuse en informatique, proviennent d'un rapport qu'elle a elle-même corédigé avec Vincent Pavan, un chercheur en mathématiques, intitulé "calcul d'indicateurs statistiques sur les effets indésirables liés aux injections ARNm depuis les bases de données de pharmacovigilance européenne (EudraVigilance) et américaine (VAERS)".

Ce document de 43 pages (sans compter les annexes) a été présenté, selon Emmanuelle Darles, dans le cadre d'une étude sur les effets indésirables liés aux vaccins menée par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), un organe composé de députés et de sénateurs dédié à l'étude de questions scientifiques.

Les pourcentages cités, une hausse de "1788%" des troubles menstruels, et de "732%" des AVC sur la période 2021-2022, par rapport à 1990-2020, apparaissent dans la quatrième partie du document, dédiée à une étude comparative des déclarations de pharmacovigilance américaines entre les périodes 1990-2020 et 2021-2022.

Pour réaliser leurs calculs, Vincent Pavan et Emmanuelle Darles se sont fondés sur des données du Vaccine Adverse Events Reporting System (VAERS), le programme américain de surveillance des vaccins géré conjointement par les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) et l'Agence de santé publique américaine (FDA).

Capture d'écran du site du VAERS

Ils ont constaté que le nombre d'accidents vasculaires cérébraux (AVC) signalés dans le VAERS entre 1990 et 2000 s'élevait à 377, contre 3.139 en 2021-2022, et que le nombre de signalements liés à des troubles du cycle menstruel signalés entre 1990 et 2020 était de 190, tandis qu'il y en a eu 3.588 en 2021-2022, et en ont tiré les impressionnants pourcentages de hausse cités.

Cependant, ces données ne peuvent établir des risques causés par le vaccin, comme le suggère le rapport :le VAERS recense des signalements d'effets secondaires, sans établir leur lien de causalité avec le vaccin, et l'ampleur de la pandémie de Covid-19 et le large déploiement de la vaccination ont pu permettre un nombre de signalements particulièrement élevés.

Comment fonctionne le VAERS ?

Le VAERS recense tous les signalements d'effets secondaires survenus après la vaccination, effectués par des tiers sur le site de la plateforme. Ces données brutes peuvent ainsi "contenir des informations incomplètes, inexactes, fortuites, ou invérifiables", prévient le VAERS dans un guide d'utilisation, que tout internaute doit indiquer avoir lu et compris avant de se servir de la plateforme.

La plupart des signalements sont transmis de manière volontaire, "ce qui signifie qu'ils sont sujets à des biais", explicite le VAERS. En d'autres termes, n'importe qui peut soumettre un rapport établissant des effets secondaires liés à un vaccin.

En Virginie, le VAERS a par exemple déjà été utilisé pour signaler la mort d'une fillette de deux ans, moins d'une semaine après avoir reçu une dose du vaccin de Pfizer-BioNTech, l'information devenant rapidement virale sur les réseaux sociaux. Pourtant, les CDC, contactés par l'AFP avaient expliqué que le signalement était "complètement falsifié" et avait donc fini par être retiré du VAERS.

Capture d'écran du site du VAERS

Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), qui forment la principale agence fédérale des États-Unis en matière de protection de la santé publique, expliquent que "les fournisseurs de vaccins sont encouragés à signaler tout problème de santé cliniquement significatif survenu après une vaccination, qu'ils pensent ou non que le vaccin en est la cause".

Pour cette raison,les CDC rappellent que certains événements indésirables signalés "peuvent être causés par la vaccination et d'autres peuvent être fortuits et non liés à la vaccination" mais que "ce n'est pas parce qu'un événement indésirable s'est produit après qu'une personne a reçu un vaccin que le vaccin a causé l'événement indésirable".

Les CDC concluent que "le nombre de rapports ne peut à lui seul être interprété ou utilisé pour tirer des conclusions sur l'existence, la gravité, la fréquence ou les taux de problèmes associés aux vaccins. Les données du VAERS ne représentent pas toutes les informations connues sur la sécurité d'un vaccin et doivent être interprétées dans le contexte d'autres informations scientifiques".

C'est pourquoi le calcul réalisé par Emmanuel Darles et Vincent Pavan ne permet pas de démontrer un nombre "inédit" d'AVC causés par le vaccin, mais pourrait plutôt illustrer hausse de signalements, jusqu'ici invérifiés, d'effets indésirables, enregistrés par le VAERS.

Depuis le lancement de la vaccination anti-Covid, les données du VAERS ont régulièrement été utilisées de façon trompeuses dans le but d'"alerter" sur la dangerosité du vaccin, comme l'avait déjà détaillé l'AFP ici ou .

Une perturbation du cycle menstruel liée au vaccin ?

De nombreux témoignages, recensés en partie par le collectif "Où est mon cycle" font état d'effets secondaires "qui pourraient être dus" à la vaccination anti-Covid, selon le compte Twitter du groupe, comme le détaillait cet article de l'AFP.

Olivier Picone, gynécologue-obstétricien et président du Groupe de Recherche sur les Infections pendant la Grossesse (GRIG), expliquait auprès de l'AFP le 17 mai que "les règles sont un mécanisme hormonal très complexe, et il suffit d'avoir parfois une inflammation ou une infection" pour le perturber.

"Quand on a le Covid ou le vaccin, on a une réaction inflammatoire qui peut avoir un impact sur les règles. Mais cela a l'air d'être, selon les études, assez rare et sans conséquence sur la fertilité, même s'il y a des patientes qui se sont plaintes et qu'il faut écouter", soulignait aussi Joëlle Belaisch-Allart, présidente du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens français (CNGOF) le 19 mai à l'AFP.

Une pancarte pour illustrer le cycle menstruel présenté à des écolières de Soweto, à Johannesburg, le 21 février 2015 ( AFP / Stefan HEUNIS)

"Les grandes études semblent montrer une perturbation d'un jour des cycles menstruels", ajoutait-elle, s'appuyant notamment sur une étude américaine, qui a observé que la vaccination contre le Covid-19 pouvait provoquer un "petit changement de la durée du cycle, mais pas de la durée des règles". Juste après avoir reçu un vaccin contre le Covid-19, le cycle menstruel des femmes est rallongé de moins d'une journée en moyenne, un effet non grave et qui apparaît comme temporaire.

Des résultats qu'Alison Edelman, auteure principale de ces recherches et professeure d'obstétrique et de gynécologie à l'Oregon Health & Science University, qualifiait de "très rassurants" auprès de l'AFP en janvier dernier.

Dans son dernier point de surveillance des vaccins anti-Covid datant du 5 mai 2022, l'ANSM notait aussi que "les troubles menstruels déclarés après la vaccination par un vaccin à ARNm font l'objet d'une surveillance attentive", précisant que "les cas rapportés se manifestent principalement de deux manières : par des saignements anormaux (métrorragies, ménorragies) et par des retards de règles et aménorrhées".

Les cas signalés en France sont, toujours selon le rapport de l'ANSM, "majoritairement de courte durée et spontanément résolutifs. A ce jour, les données disponibles ne permettent pas de caractériser le lien entre le vaccin et la survenue de ces troubles du cycle menstruel. Ces évènements restent sous surveillance", estime le rapport du 5 mai.

Emmanuelle Darles et le "conseil scientifique indépendant"

Dans sa vidéo, Emmanuelle Darles se présente comme "membre du conseil scientifique indépendant". Ce dernier, autoproclamé, vise à proposer "une autre grille de lecture sur la crise Covid", en diffusant, sur plusieurs plateformes de partages de vidéo, des interventions publiques de "mathématicien, médecins, psychiatres, biologistes, universitaires, praticiens, philosophes, sociologues", selon la description de sa chaîne YouTube.

S'y sont notamment exprimés Christian Perronne, Louis Fouché ou Laurent Muchielli, dont les assertions trompeuses sur la pandémie ont déjà fait l'objet de vérifications de l'AFP (1, 2, 3, 4).

Emmanuelle Darles, maîtresse de conférences en informatique, était aussi apparue dans le film "Hold On", suite d'"Hold Up", une production audiovisuelle truffée de nombreuses fausses affirmations qui entendait dénoncer "une manipulation globale" autour de la pandémie en déroulant un argumentaire complotiste. Elle y présentait une expérience qui aurait démontré que les personnes vaccinées émettent des ondes "semblables au Bluetooth".

Un manifestant portant un gilet jaune sur la Place d'Italie, le 12 février 2022 ( AFP / Sameer Al-DOUMY)

Quel lien avec le Sénat ?

Le rapport rédigé par Emmanuelle Darles et Vincent Pavan dont la chercheuse tire ses chiffres "inédits" et "historiques", a été remis le 29 avril aux rapporteurs d'un groupe d'étude de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST).

Ce dernier, composé de députés et de sénateurs, est présidé par le député de l'Essonne Cédric Villani. L'OPECST a pour but de "jouer un rôle d'interface entre le monde politique et le monde de la recherche". Concrètement, l'organe peut être saisi pour réaliser des "études" sur des sujets scientifiques et technologiques, composées notamment d'auditions de personnes en lien avec les thèmes abordés, afin de recueillir des informations visant à "éclairer" les débats des parlementaires, selon son site.

C'est ce qui s'est passé le 9 février 2022. L'OPECST a été saisi par la commission d'affaires sociales du Sénat, faisant suite à une pétition demandant la "création d'une commission d'enquête sénatoriale sur les effets secondaires des vaccins contre le Covid-19" qui avait alors récolté plus de 33.000 signatures, ce qui avait été considéré comme une "forte dynamique" par la Conférence des présidents du Sénat.

Le Sénat à Paris, le 23 février 2022 ( AFP / Alain JOCARD)

Ainsi, depuis fin mars, les rapporteurs de l'OPECST ont entendu dans le cadre d'auditions privées de nombreux intervenants au sujet des "effets indésirables des vaccins contre le Covid-19", dont des représentants des agences publiques de santé, des chercheurs indépendants ou encore des membres de collectifs questionnant les effets du vaccin anti-Covid, et des personnalités porte-voix des critiques des mesures sanitaires liées au Covid-19 comme la biostatisticienne Christine Cotton ou Amine Umlil, un pharmacien hospitalier de Cholet dont les propos sur les vaccins avaient déjà fait l'objet d'une vérification de l'AFP.

C'est dans ce cadre -qui ne correspond donc pas tout à fait à une "commission d'enquête (...) diligentée par le Sénat" comme le mentionne Emmanuelle Darles, puisque les modalités, de saisie notamment, diffèrent - que cette dernière a été entendue.

Les travaux de l'OPECST sur "les effets indésirables des vaccins contre la Covid-19 et le système de pharmacovigilance français" sont toujours en cours, et une première audition publique organisée par les rapporteurs de l'étude, rassemblant certains intervenants précédemment entendus s'est tenue le 24 mai.



AFP France
   

1 Commentaire(s)

CHABAN, Posté
L'agent français de propagande a contrôlé et réfute les propos de scientifique.''