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Le fait que la Terre atteigne le point de son orbite le plus éloigné du Soleil n'impacte ni la température terrestre, ni la santé humaine


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De mi-juin jusqu'à fin août 2022, il ferait "plus froid que les années précédentes" sur Terre à cause du "phénomène d'aphélion" - l'aphélie désignant le jour où notre planète est la plus éloignée du Soleil -, ce qui aurait un "impact" sur la santé humaine, selon des publications partagées une centaine de fois depuis début juin sur Facebook en Afrique. C'est faux, selon deux astronomes contactées par l'AFP: ce phénomène bien réel, dont la plus récente occurrence date du 4 juillet, n'a aucun impact ni sur la température terrestre, ni sur la santé humaine.
De mi-juin jusqu'à fin août 2022, il ferait "plus froid que les années précédentes" sur Terre à cause du "phénomène d'aphélion" - l'aphélie désignant le jour où notre planète est la plus éloignée du Soleil -, ce qui aurait un "impact" sur la santé humaine, selon des publications partagées une centaine de fois depuis début juin sur Facebook en Afrique. C'est faux, selon deux astronomes contactées par l'AFP: ce phénomène bien réel, dont la plus récente occurrence date du 4 juillet, n'a aucun impact ni sur la température terrestre, ni sur la santé humaine.
   

"À partir de demain à 05h27, nous ferons l'expérience du PHÉNOMÈNE APHELION, où la Terre sera très éloignée du Soleil.  Nous ne pouvons pas voir le phénomène, mais nous pouvons sentir son impact", affirment plusieurs publications circulant sur Facebook dans des pays d'Afrique francophone. 

Et quel serait cet impact? "Il fera plus FROID que d'habitude (...), ce FROID pourrait donc avoir un impact sur notre SANTE" et provoquer une "fièvre", une "grippe" ou un "manque de souffle", assurent les personnes qui partagent ce texte. Nombre d'entre elles citent l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme leur source pour ces informations. 

Capture d'écran d'une publication Facebook, réalisée le 30 juin 2022

Ces publications (1, 2, 3...) ont été partagées plus d'une centaine de fois depuis début juin sur les réseaux sociaux en Afrique - elles avaient précédemment circulé en anglais, en espagnol et en portugais.

L'aphélie - "aphelion" en anglais - est un phénomène astronomique qui se répète tous les ans, au cours duquel la Terre atteint le point de son orbite le plus éloigné du Soleil.

Selon ce document publié par Patrick Rocher, astronome de l'Observatoire de Paris, l'aphélie est atteint chaque année autour du 4 juillet. 

En 2022, ce point a été précisément atteint le 4 juillet à 7 heures et dix minutes (UTC); la distance qui séparait alors la Terre du Soleil était précisément de 152.098.455,102 km, tandis que la distance moyenne séparant les deux corps célestes - aussi appelée unité astronomique, UA -  s'établit à 149.597.870,700 km. 

Capture d'écran d'un dossier publié sur le site de l'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides, réalisée le 1er juillet 2022

L'aphélie et le périhélie (son antonyme, c'est-à-dire le point de l'orbite terrestre situé le plus près du Soleil) existent car "l'orbite de la Terre autour du Soleil n'est pas un cercle, mais une ellipse - un cercle légèrement allongé, dont le Soleil est le foyer et pas le centre, donc un peu décalé par rapport à ce dernier", a expliqué à l'AFP Geneviève Soucail, astronome à l'Observatoire Midi-Pyrénées (Toulouse, France) le 1er juillet. 

"Rien à voir" avec la température ou la santé humaine 

Attention cependant: ce phénomène n'a "rien à voir" ni avec la température, ni avec la santé humaine; l'aphélie ne provoque ni changement de climat, ni conséquence néfaste sur la santé, selon Geneviève Soucail et Andrea Sánchez, docteure en astronomie à l'université de la République à Montevideo (Uruguay), également sollicitée par l'AFP.

De plus, si la distance entre notre planète et le Soleil change, elle ne "varie que très peu" et la différence entre la périhélie et l'aphélie ne dépasse pas 3%, a expliqué cette dernière. 

L'écart entre ces deux points est de l'ordre de cinq millions de kilomètres, une "petite excentricité" par rapport à d'autres planètes comme Neptune ou Mercure, confirme Geneviève Soucail. En 2022, la Terre est passée au périhélie, situé à 147.105.052,497 km le 4 janvier à 6 heures et 54 minutes secondes (UTC). 

Contactée par l'AFP le 1er juillet, l'OMS a confirmé n'avoir rien publié au sujet de l'aphélie et d'éventuelles conséquences sanitaires, contrairement aux informations relayées par les internautes. Des recherches sur le site de l'organisation en français, anglais et espagnol avec le terme "aphélie" décliné dans ces trois langues n'ont donné aucun résultat.

Le passage à l'aphélie ou au périhélie "génère une petite différence des flux lumineux [reçus par la Terre], mais cela est très peu sensible et n'est pas du tout lié aux  différences saisonnières", assure Geneviève Soucail, de l'Observatoire Midi-Pyrénées. 

"Tous les ans, nous passons par l'aphélie", rappelle Andrea Sánchez, et "une confusion subsiste toujours: [les gens] croient que les saisons dépendent de la distance entre la Terre et le Soleil, mais ce n'est pas le cas".

Reflet du soleil matinal sur le golfe de Mexico et l'océan Atlantique vu de la navette spatiale Apollo VII lors de sa 134e révolution autour de la Terre, le 20 octobre 1968. ( NASA / )

Selon les deux expertes, le changement de températures au cours des saisons est dû à l'inclinaison de l'axe de rotation de la Terre. Celle-ci "détermine que pendant une saison précise, [la planète] reçoive plus de radiations solaires dans son hémisphère Sud, et que pendant une autre, [le même phénomène s'applique] à l'hémisphère Nord", reprend la scientifique de l'université de la République (Montevideo).

Par ailleurs, "la température moyenne en été dans l'hémisphère Nord est plus élevée que dans l'hémisphère Sud", note Geneviève Soucail, "alors que la Terre est plus éloignée du Soleil quand c'est l'été dans l'hémisphère Nord et que le périhélie est atteint lorsque c'est l'été dans l'hémisphère Sud".

Une réalité qui peut sembler "contradictoire", mais qui s'explique par le fait que l'hémisphère Nord compte plus de terres émergées que celui du Sud. Celles-ci "se réchauffent beaucoup plus que les grandes masses d'eaux océaniques qui sont dominantes dans l'autre hémisphère", détaille l'astronome.

Interrogée sur les effets du passage de la Terre à l'aphélie, Geneviève Soucail note simplement que la vitesse orbitale de notre planète est un "tout petit peu moins" rapide lors de son arrivée à ce point, car c'est là qu'elle est le plus loin de son foyer, le Soleil - toujours sans que cela ne soit ni perceptible au quotidien, ni que cela ait un quelconque impact sur la température ou notre santé. 



Manuela SILVA, AFP Uruguay
   

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1 Commentaire(s)

Cédric , Posté
C vraiment super cet éclaircissement