Violences en hausse à Saint-Benoît :

Patrice Selly : "est-ce que Bras Fusil est devenu une zone de non droit ?"


Publié / Actualisé
Après les violences nocturnes qui ont secoué le quartier de Bras Fusil à Saint-Benoît, le maire Patrice Selly appelle l'Etat et la gendarmerie à l'aide. Deux personnes ont été gravement blessées ce week-end : un homme de 70 ans a dû se faire opérer de la mâchoire, un jeune a été hospitalisé avec les poumons perforés. Des violences "gratuites" qui restent à ce stade impunies, dénonce le maire, alors que les sept personnes interpellées ont été relâchées ce lundi. (Photo rb/www.ipreunion.com)
Après les violences nocturnes qui ont secoué le quartier de Bras Fusil à Saint-Benoît, le maire Patrice Selly appelle l'Etat et la gendarmerie à l'aide. Deux personnes ont été gravement blessées ce week-end : un homme de 70 ans a dû se faire opérer de la mâchoire, un jeune a été hospitalisé avec les poumons perforés. Des violences "gratuites" qui restent à ce stade impunies, dénonce le maire, alors que les sept personnes interpellées ont été relâchées ce lundi. (Photo rb/www.ipreunion.com)

Les violences durent depuis le 18 janvier dans ce quartier de Bras Fusil. Les habitants ne cachent pas leur inquiétude. "Cela fait six jours que des groupes de jeunes s'affrontent" témoigne l'un d'eux sur les réseaux sociaux, "les habitants subissent les conséquences de ces règlements de comptes".

"J'ai honte pour vous" ajoute un autre, vidéo de l'homme de 70 ans blessé à l'appui. Attaqué "gratuitement" selon des témoins, l'homme a fini le bas du visage en sang et a dû être hospitalisé au GHER dès ce samedi soir. Aujourd'hui son état est stable selon le maire Patrice Selly. "J'espère que la justice va faire son travail" ajoute l'internaute.

Lire aussi - Saint-Benoît : encore une nuit de violences à Bras Fusil

C'est bien ce que dénonce l'édile bénédictin. Alors que sept personnes – six mineurs et un majeur – ont été interpellées, toutes ont été relâchées ce lundi. "Quel est le message que la justice envoie à la population ? C'est l'impunité ?" se désole Patrice Selly qui dit ne pas comprendre cette décision de justice, alors qu'il estime que des preuves permettaient de ne pas relâcher ces jeunes de suite. "J'ai l'impression qu'on nous abandonne. On attend quoi ? Que quelqu'un soit tué ? Parce que c'est ce qui va arriver. Est-ce que Bras Fusil est devenu une zone de non droit ?" s'interroge le maire, originaire du quartier.

Il faut dire que ces tensions dans le quartier de Bras Fusil ne datent pas d'hier et le problème perdure. Selon la gendarmerie cependant, les gangs impliqués changent et ne sont pas les mêmes que ceux qui sévissaient il y a de ça plusieurs années.

- Affrontements entre bandes rivales -

Selon l'élu, les jeunes en question ne viennent pas uniquement de Saint-Benoît mais aussi de Saint-André ou de Saint-Denis. Les violences seraient liées en partie à des règlements de compte entre bandes rivales selon les premiers éléments d'une enquête en cours.

Interrogée, la gendarmerie de Saint-Benoît estime cependant que les jeunes sont principalement issus du quartier de Bras Fusil. "Deux d'entre eux venaient effectivement de Saint-André mais nous n'avons vu personne de Saint-Denis" nous dit le capitaine Bruno Perchicot, de la compagnie de Saint-Benoît.

Des affrontements qui virent cependant à la violence gratuite, quand elle impacte de simples passants comme ce fut le cas durant le week-end. "On parle de meutes de jeunes comme on parle de meutes de chiens, qui attaquent sans raison", dénonce Patrice Selly. "Ils frappent pour le plaisir de frapper."

Deux personnes ont été gravement blessées dont l'homme de 70 ans attaqué à la mâchoire et hospitalisé au CHU. Le deuxième est un jeune homme dont l'agression a fait le tour des réseaux sociaux. Sur une vidéo amplement relayée et d'une violence extrême, un groupe entier s'attaque à lui alors qu'il est assis sur un muret. Traîné au sol, la victime est laissée pour morte, inanimée, après avoir reçu notamment des coups de pied dans le thorax. Selon Patrice Selly, le bilan est grave : poumons perforés et traumatisme crânien. Hospitalisé au CHU, le jeune homme présente cependant un état de santé qui s'améliore.

Le capitaine Bruno Perchicot confirme que ces agressions n'ont a priori rien à voir avec les règlements de compte entre bandes. "Les deux victimes vont être auditionnées" indique-t-il par ailleurs.

- Le maire "appelle à l'aide" -

Face à cette violence qui frappe Bras Fusil, et qui est à l'origine de près d'une soixantaine de jeunes, le maire Patrice Selly pointe du doigt une ghettoïsation du quartier, liée en partie selon lui à "une communauté mahoraise qui souffre sans doute de problèmes plus profonds". Pour autant, celui qui affirme ne pas vouloir être langue de bois envisage des sanctions lourdes à l'encontre des jeunes concernés.

Il propose ainsi "une interdiction du territoire de Saint-Benoît en cas de condamnation". Si le quartier est "pris en otage", il estime aussi que les bailleurs sociaux "prennent leur part" en se réservant le droit d'engager une procédure en justice en vue "d'expulser" les familles identifiées. Déplorant la présence de jeunes mineurs dans la rue en pleine nuit, le maire bénédictin veut mettre fin à la "démission parentale" qui pousse certains parents à laisser leurs enfants "livrés à eux-mêmes" : "des jeunes de 12 ans dehors à 2h du matin, comment est-ce que c'est possible ? Ils font du mal au vivre ensemble réunionnais" ajoute le maire.

Patrice Selly propose également "la mise en œuvre de la possibilité de saisir la CAF (Caisse d'allocations familiales, ndlr) pour obtenir une enquête en cas de suspicion de fraude aux allocations familiales".

Mais les mesures seules ne suffiront pas, estime l'élu qui "appelle à l'aide" et réclame des renforts supplémentaires pour sécuriser le quartier. A ce sujet, les 25 agents sur le terrain "restent mobilisés le temps que ça se calme", explique le capitaine Bruno Perchicot. Des effectifs inchangés à ce stade. La brigade exceptionnelle de la police municipale, déjà intervenue ces dernières nuits, reste également mobilisable au besoin, informe le maire de la commune.

La mairie qui de son côté prévoit aussi le déploiement de huit médiateurs de nuit, pour échanger avec ces jeunes et l'extension de la vidéo-surveillance à Bras Fusil.

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

   

2 Commentaire(s)

Tati, depuis son mobile , Posté
Quand il était avocat il a participé a minimiser les faits reprochés aux délinquants ,ça lui retourne en pleine figure c est comme l arroseur arrosé .
Titi45 , Posté
Moins mi propose du 0/2'