Il est accusé de "poursuite irrégulière de ses fonctions par un élu" :

Cyrille Hamilcaro, itinéraire d'un garçon terrible


Publié / Actualisé
C'est ce jeudi 31 mars 2022 que comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre Cyrille Hamilcaro et Patrick Malet. Les deux hommes sont principalement poursuivis pour avoir installé une gouvernance à deux têtes à la Mairie de Saint-Louis, Patrick Malet ayant été le maire officiel et Cyrille Hamilcaro, frappé d'inéligibilité, qui semblait tirer toutes les ficelles dans l'ombre, notamment pour favoriser l'embauche de son épouse, Nathalie Latchoumy. Le parquet a requis 18 mois de prison et 10 ans inéligibilité contre Cyrille Hamilcaro. Il n'est pas pas exagéré d'affirmer que Cyrille Hamilcaro a l'habitude de défrayer la chronique. On ne compte plus les affaires et polémiques dans lesquelles il est cité. Le parquet a requis ce jeudi 18 mois de prison et 10 ans inéligibilité à son encontre. Pourtant, l'homme semblait voué à un destin prometteur. Retour sur l'itinéraire d'un garçon terrible de la politique locale (Photo rb/www.ipreunion.com)
C'est ce jeudi 31 mars 2022 que comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre Cyrille Hamilcaro et Patrick Malet. Les deux hommes sont principalement poursuivis pour avoir installé une gouvernance à deux têtes à la Mairie de Saint-Louis, Patrick Malet ayant été le maire officiel et Cyrille Hamilcaro, frappé d'inéligibilité, qui semblait tirer toutes les ficelles dans l'ombre, notamment pour favoriser l'embauche de son épouse, Nathalie Latchoumy. Le parquet a requis 18 mois de prison et 10 ans inéligibilité contre Cyrille Hamilcaro. Il n'est pas pas exagéré d'affirmer que Cyrille Hamilcaro a l'habitude de défrayer la chronique. On ne compte plus les affaires et polémiques dans lesquelles il est cité. Le parquet a requis ce jeudi 18 mois de prison et 10 ans inéligibilité à son encontre. Pourtant, l'homme semblait voué à un destin prometteur. Retour sur l'itinéraire d'un garçon terrible de la politique locale (Photo rb/www.ipreunion.com)

Lire aussi : Affaire de la gestion de la mairie de Saint-Louis : 18 mois de prison et 10 ans inéligibilité contre Cyrille Hamilcaro

L’histoire politique de Cyrille Hamilcaro débute en 1984, lorsqu’il apparaît sur une liste aux élections municipales. Il ne sera pas élu mais dès lors entamera son engagement politique qui l’amènera à être élu dans l’opposition municipale en 1995, conseiller régional en 1998, et conseiller général en 2001.

C’est cette même année que Cyrille  Hamilcaro marque définitivement l’histoire politique de La Réunion en battant le maire sortant Guy Ethève (PCR) avec 50,61% des voix aux élections municipales. Il incarne très justement à l’époque "La Relève" fondée et voulue par Jean-Paul Virapoullé pour former et faire monter la jeune garde de droite. A ses côtés, on retrouve un autre Cyrille, nommé Melchior, l’actuel président du Département.

Rien alors ne semble arrêter l’ascension du jeune homme. En 2004, il est réélu au Conseil général, battant son meilleur ennemi, Claude Hoarau, et devenant 3ème vice-président de la Collectivité sous le mandat de Nassimah Dindar.

Première alerte en avril 2007. Cyrille Hamilcaro est alors mis en examen dans l’affaire dite des terrains fictifs.   Il était soupçonné d'avoir bénéficié d'un financement frauduleux de sa campagne électorale lors d'une cantonale partielle en 2004. Des terrains fictifs auraient été vendus à des particuliers par son ancienne maîtresse et ex-employée de la Civis, Surgine Fontaine, qui avait été incarcérée début 2007. La jeune femme prétendait à ses victimes, une vingtaine de personnes, que des terrains bien situés prétendus communaux étaient sur le point d'être déclassés et donc vendus. Elle leur proposait d'être les premiers à bénéficier de la "bonne affaire". Les faits se seraient produits entre 2002 et 2004.

Battu aux municipales mais vainqueur des cantonales de mars 2008, Cyrille Hamilcaro est concerné par une nouvelle affaire 3 mois plus tard. En juin 2008, l’étoile montante de la droite locale est placé en garde à vue. Cette fois, il est entendu par les enquêteurs à propos des conditions d’attribution d’un marché pour des chemins communaux à Saint-Louis. Il ressortira finalement libre, après 33 heures de garde à vue.

Toujours en 2008, Cyrille Hamilcaro parvient à faire annuler les résultats des élections municipales à Saint-Louis qui avaient vu la victoire de Claude Hoareau. Le communiste parviendra malgré tout à être réélu maire en octobre 2009 lors des municipales partielles.

En 2011, l’ancien maire de Saint-Louis remporte à nouveau les élections cantonales et brigue la présidence du Département face à Nassimah Dindar qui parviendra à conserver son siège.

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Quelques mois plus tard, l’affaire dite des terrains fictifs réapparaît sur le devant de la scène judiciaire avec un coup retentissant. Cyrille Hamilcaro est condamné à deux ans de prison avec sursis, 40 000 euros d’amende, et 5 ans de privation de droits civiques, civils et familiaux, entraînant de fait son inéligibilité.  L’élu départementale interjette immédiatement appel de cette décision, suspendant de fait la décision de justice et donc son inéligibilité.

- 2011, une année judiciaire chargée -

En septembre 2011, retour au tribunal pour Cyrille Hamilcaro dans le cadre de l’affaire dite des pépinières municipales. L’affaire remonte en 2002. Cyrille Hamilcaro, alors maire de Saint-Louis, avait alors loué, au cours de sa mandature, un terrain à un couple d’exploitants agricoles afin d’y installer une pépinière. Un terrain, dont le montant de la location, soit plus de 1 300 euros par mois, était bien supérieur à la valeur estimée. Les services du domaine l’évaluant à 90 euros.

Il est condamné à 3 ans d’inéligibilité et 10 mois de prison avec sursis pour détournement de fonds publics, 6 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour délit de favoritisme, 5 000 euros d’amende pour prise illégale d’intérêts.

2011 est décidément une année judiciaire chargée pour Cyrille Hamilcaro puisqu’en fin d’année il comparait devant le tribunal correctionnel pour harcèlement moral à l’encontre de l’ancien directeur du SDIS, Jean-Marc Loubry. Il est condamné en févier 2012 à 6 mois de prison avec sursis, 10 000 euros d’amende et 10 000 euros de dommages intérêts.


En janvier 2013, le couperet tombe à nouveau dans l’affaire des terrains fictifs. La Cour d’appel le condamne à 40 000 euros d’amende, deux ans de prison avec sursis et 5 ans d’inéligibilité. Ce que conteste toujours Cyrille Hamilcaro qui décide de se pourvoir en cassation.

En novembre 2013, c’est dans l’affaire des pépinières municipales que la Cour d’appel se prononce. L’ancien maire est condamné à 3 ans d’inéligibilité, 10 mois de prison avec sursis et 85 000 euros de dommages intérêts. Là encore, il décide de se pourvoir en cassation afin de suspendre l’exécution de la peine et pouvoir se présenter aux municipales de 2014.

Malgré toutes ses affaires, Cyrille Hamilcaro parviendra à se faire réélire maire en mars 2014 avec 43,67% des voix, confirmant la réputation de Saint-Louis d’être une commune sulfureuse. 

La joie est néanmoins de courte durée puisqu’en juin 2014, la Cour de cassation rejette son pourvoi dans l’affaire des terrains fictifs, mettant fin au mandat de maire à peine entamé.  Ayant certainement anticipé ce rejet, Cyrille Hamilcaro avait pris soin de démissionner la veille de la décision.

- Turbulences à la tête de l'AMDR -

Jamais à cours de ressources, l’ancien maire lorgnait déjà sur une nouvelle fonction, celui de directeur de l’AMDR (Association des maires de La Réunion), histoire de rester dans le giron municipal. Après un pèlerinage à Notre Dame de Fatima, les vœux de Cyrille Hamilcaro sont exaucés. Il accède début août 2014 au poste tant convoité, devenant un ancien maire condamné en charge de piloter l’association qui coordonne le dialogue et l’action entre les mairies… de quoi faire enfler la polémique

En septembre 2014, une nouvelle décision de justice vient enfoncer un peu plus le clou. Le pourvoir de Cyrille Hamilcaro dans l’affaire dite des pépinières est rejeté, confirmant sa condamnation en appel.  En parallèle, la polémique autour de la nomination de l’ancien élu à la tête de l’AMDR continue d’enfler, au point que le CRAN (Collectif représentatif des associations noires) monte au créneau, déplaçant le débat sur le terrain racial, allant jusqu’à affirmer que " La Réunion n’aime pas les Noirs ambitieux, surtout ceux qui réussissent ", mettant de côté tous les arguments relatifs à la probité.

Malgré une levée de bouclier de bon nombre de maires de l’île, Cyrille Hamilcaro refuse de démissionner de sa fonction ce qu’il fait savoir dans un courrier adressé à l’ensemble des maires fin septembre 2014. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique se saisie quant à elle du dossier suite à un signalement du maire des Avirons à l’époque, Michel Dennemont.  Quant aux tumultes qui agitaient l’AMDR, tout semble s’être calmé un an après, comme le constatait Imaz Pres Reunion en juillet 2015, avec un Cyrille Hamilcaro conservant pleinement et paisiblement ses fonctions à la tête de l’association.

En mars 2016, Cyrille Hamilcaro, toujours directeur de l’AMDR, annonce son retour en mairie de Saint-Louis en qualité de " conseiller et référent politique bénévole " auprès du maire de l’époque, Patrick Malet.  Une annonce qui va faire grincer des dents et surtout faire tiquer la Chambre régionale des comptes qui demandera en juillet 2016 l’ouverture d’une enquête pour gestion de fait, suite aux comportements jugés trop interventionnistes de l’ex édile.

Le 19 juillet 2016, une perquisition a lieu a la mairie de Saint-Louis pour déterminer la nature des fonctions exercées par Cyrille Hamilcaro ainsi que faire la lumière sur les missions de son épouse, Nathalie Latchoumy, qui occupait le poste de directeur de cabinet du CCAS, " un poste qui n’existe pas dans la plupart des grandes communes ".

- Garde à vue -

Ce qui conduira à son placement en garde à vue le 9 décembre 2016, puis sous contrôle judiciaire et sa mise en examen pour " poursuite irrégulière de ses fonctions par un élu " et pour complicité de prise illégale d'intérêt par un élu public (peines principales encourues 5 ans d'emprisonnement et 500 000 euros d'amende), s'agissant de l'emploi consenti à son épouse comme directrice de cabinet du CCAS de Saint-Louis ". Il se voit également signifier l’interdiction de se rendre " dans les bâtiments de la mairie de Saint-Louis et d'entrer en relation avec certains élus et employés municipaux de la commune de Saint-Louis ". Le maire de Saint-Louis, Patrick Malet était quant à lui mis en examen le 7 juin 2017 pour complicité dans l'affaire de " poursuite irrégulière de fonction par un élu public ".  C’est dans le cadre de cette affaire que les deux hommes comparaissaient ce jeudi 31 mars 2022.

L’année 2016 n’était pas terminée que Cyrille Hamilcaro faisait à nouveau parler de lui, cette fois pour son poste de directeur de l’AMDR. Stéphane Fouassin président de l’association à l’époque, et l’ancien maire de Saint-Louis, étaient entendus le 27 décembre 2016 en qualité de mis en cause respectivement des chefs de abus de confiance (au préjudice de l'association des maires de La Réunion) et recel d'abus de confiance contre Cyrille Hamilcaro.

Lire aussi : Stéphane Fouassin et Cyrille Hamilcaro "entendus en qualité de mis en cause"

Cyrille Hamilcaro parviendra ensuite à se faire (enfin) oublier un peu jusqu’en octobre 2018 où il est recruté en qualité de chargé de mission à Mayotte au sein du Syndicat intercommunal d'élimination et de valorisation des déchets de Mayotte (SIDEVAM). Le recrutement passe mal sur l’île aux parfums où la population pointe du doigt le CV judiciaire conséquent de l’intéressé.

Cyrille Hamilcaro sera de retour aux " affaires " le 5 février 2020, cette fois concernant le détournement d’un fichier du personnel de la mairie de Saint-Louis. L’ancien maire, candidat aux municipales de 2020 dans sa commune, est entendu par les gendarmes en qualité de témoin. Il a été question d’un courrier à connotation clairement politique adressé par l’ex élu aux 2500 agents de la collectivité saint-louisienne. Cela n’empêchera pas Cyrille Hamilcaro d’être sèchement battu aux élections municipales à Saint-Louis, remportées par Juliana M’Doihoma.

Cyrille Hamilcaro aura même réussi à se créer une place dans l’actualité en pleine crise Covid puisqu’en mai 2020, son embauche en qualité de collaborateur de cabinet à la mairie de Saint-Paul fait polémique.

Lire aussi : Cyrille Hamilcaro (re) fait parler de lui

www.ipreunion.com / [email protected]

   

3 Commentaire(s)

Il est temps que cet individu quitte , Posté
la scène publique, il a fait assez de mal à St louis !N'oublions pas qu'il est aidé qu'il a été aidé par ces copains maire ou ex maire en terme d'emplois fictifs!
Quota de pêche et y change de camp, Posté
Il aurait dû se lancer dans la pêche. Il s'est spécialisé dans les affaires judiciaires.
Levallois Perret st louis , Posté
Levallois perret à Balkany. St louis à Hamilcaro.