Covid-19 :

Un marathon budgétaire hors normes s'achève au Parlement


Publié / Actualisé
Le Parlement doit définitivement adopter jeudi le projet de budget 2021 et ses vertigineuses dépenses d'urgence et de relance face à la crise sanitaire, avec des inquiétudes des différents bords politiques sur l'aggravation de la précarité et le remboursement de la "dette Covid".
Le Parlement doit définitivement adopter jeudi le projet de budget 2021 et ses vertigineuses dépenses d'urgence et de relance face à la crise sanitaire, avec des inquiétudes des différents bords politiques sur l'aggravation de la précarité et le remboursement de la "dette Covid".

L'Assemblée nationale va s'emparer une dernière fois de ce projet de loi de finances pour un ultime vote. La crise sanitaire a parasité à plusieurs reprises l'examen de ce texte, poussant le gouvernement à réajuster à la baisse ses prévisions macroéconomiques pour 2021 et à prolonger les aides d'urgence pour les secteurs sinistrés comme la restauration ou l'événementiel.

Dans la dernière ligne droite, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a annoncé la mobilisation de 20 milliards d'euros d'aides en 2021, dédiés notamment au chômage partiel et au fonds de solidarité pour les entreprises encore fermées ou au ralenti en début d'année. Après une récession attendue à 11% du PIB en 2020, le gouvernement table sur un rebond économique de 6% du PIB en 2021, un déficit de 8,5% et une dette qui s'envole à 122,4% du PIB, dans un contexte de grande incertitude. "Nous sommes à un moment charnière" et "délicat" entre "la fin des mesures d'urgence" et "la mise sur les rails du plan de relance", souligne le rapporteur général Laurent Saint-Martin (LREM).

La majorité a voulu faire du plan de relance l'axe central de ce budget, insistant sur l'enveloppe globale de 100 milliards d'euros jusqu'en 2022.
Pour 2021, la mission "plan de relance" compte 22 milliards d'euros de crédits, dont trois milliards pour la rénovation énergétique des bâtiments ou 4 milliards fléchés vers les "jeunes" et leur entrée dans la vie professionnelle.

L'enjeu sera de déployer les crédits efficacement. "Il n'y a pas une minute à perdre", insiste Bruno Le Maire. La droite, qui va voter contre le budget, a apporté son soutien à la mission "relance" même si elle trouve le plan insuffisamment ciblé et certaines dépenses "sans lien avec la crise".

La gauche juge en revanche cette relance très en deçà des besoins, et insuffisamment tournée vers la "demande". Précaires et jeunes sont les "grands oubliés", selon la cheffe du groupe PS Valérie Rabault, qui réclame le rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune ou une "contribution des plus aisés".

- "Quelqu'un va payer" -

Chez LFI, Eric Coquerel redoute "l'aggravation d'une nouvelle épidémie, sévère, celle de la pauvreté". Gauche et écologistes ont ferraillé contre la baisse programmée de 10 milliards d'euros des impôts de production des entreprises, une mesure de compétitivité profitable selon eux aux plus grandes sociétés, "sans contrepartie sociale ou écologique".

Ce débat sur les contreparties a aussi eu lieu dans la majorité, qui s'est accordée pour demander aux entreprises de plus de 50 salariés d'améliorer leur "performance" en matière "écologique, de parité et de gouvernance", avec divers indicateurs. Et l'objectif de la baisse des impôts de production est "la souveraineté et la relocalisation des emplois industriels", a insisté Laurent Saint-Martin (LREM).

En matière écologique, ce budget renforce aussi le malus auto pour l'achat des véhicules les plus émetteurs de CO2. Le durcissement de cette taxe est un peu moins rapide que prévu, car le gouvernement a dans le même temps mis en place pour 2022 un malus au poids pour les véhicules les plus lourds, à partir d'1,8 tonne comme les SUV. Un seuil jugé trop élevé par les écologistes, alors que la Convention citoyenne pour le climat le réclamait dès 1,4 tonne. La droite a combattu ce malus "punitif".

De différents camps, se sont aussi fait entendre des inquiétudes quant au niveau de la dette, qui "obère le futur des jeunes générations" pour la sénatrice Vanina Paoli-Gagin (Indépendants) et "qui à terme pèsera sur les dépenses sociales", selon sa collègue écologiste Sophie Taillé-Polian.

A l'Assemblée, le président de la commission des Finances Eric Woerth (LR) en a fait son cheval de bataille. "Quelqu'un va payer un jour", prévient-il, réclamant des "réformes structurelles".

Le gouvernement assure que toute hausse d'impôt est exclue et attend les conclusions d'ici fin février d'une commission sur le sujet, présidée par l'ancien ministre Jean Arthuis.

AFP

   

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