Ski alpin :

"Plus jeune c'était difficile de trouver ma place", raconte Pinturault


Publié / Actualisé
"Plus jeune c'était difficile de trouver ma place": Alexis Pinturault, vainqueur du classement général de la Coupe du monde de ski alpin, est revenu mercredi auprès de l'AFP sur les longues années d'attente qui ont précédé son sacre, intervenu un an avant les Jeux olympiques de Pékin, où il entend "s'amuser".
"Plus jeune c'était difficile de trouver ma place": Alexis Pinturault, vainqueur du classement général de la Coupe du monde de ski alpin, est revenu mercredi auprès de l'AFP sur les longues années d'attente qui ont précédé son sacre, intervenu un an avant les Jeux olympiques de Pékin, où il entend "s'amuser".

QUESTION: Combien de fois avez-vous entendu les mots "gros globe" dans votre vie?

REPONSE: (Sourire) "Je ne sais pas, même moi je les ai beaucoup répétés. J'ai dit très jeune dans ma carrière que je voulais remporter ce gros globe, ça faisait partie de mes objectifs. Pour ma part, c'était devenir champion du monde de ski (réussi en 2019 sur le combiné), gagner le gros globe, et le 3e, c'est possiblement être champion olympique. Ca fait partie de ces rêves d'enfant."

Q: Quand est-ce que cet objectif intègre votre esprit?

R: "J'étais déjà skieur et avancé dans le circuit. Quand on est plus jeune on veut devenir un champion, rentrer parmi les meilleurs, mais on a pas du tout la perspective de dire +je gagnerai le gros globe+. C'est venu avec les années où je me rendais compte que j'arrivais à faire des résultats dans plusieurs disciplines, des podiums en géant, des podiums en super-G, en combiné, en slalom."

Q: Depuis des années les suiveurs vous promettent ce trophée. Comment vivez-vous avec les attentes extérieures ?

R: "J'ai beaucoup appris à vivre avec, ça ne me dérange plus du tout au contraire. Je comprends l'intérêt de tout ça. Au début j'étais le petit nouveau, il fallait appréhender mon milieu. Puis une fois que c'était fait, commencer à être acteur et décideur de ce que je faisais, ça vient avec le temps. Il a fallu mettre des choses en place pas forcément naturelles au sein de la fédération française de ski (sa structure semi-privée, depuis 2017). Ils m'ont beaucoup écouté, on a travaillé ensemble, ils ont fait des efforts remarquables, voilà aujourd'hui où ça nous a mené tous ensemble."

Q: Aux Jeux olympiques aurez-vous encore plus de pression en tant que détenteur du gros globe?

R: "On attendra automatiquement énormément de moi. On a tous envie d'y gagner en tant que sportif, mais il faudra ramener ça à l'essentiel et surtout s'amuser sur cet évènement. Jusqu'à maintenant ça m'a plutôt souri, je me suis toujours régalé aux Jeux olympiques, où on découvre le Disneyland des sports d'hiver. Comme des enfants on arrive avec la banane là-bas, on arrive avec des grands yeux et on se régale. C'est la perception des Jeux que je n'ai pas envie de la perdre."

Q: Malgré les attentes, avez-vous toujours le sentiment de skier pour vous?

R: "Plus jeune c'était difficile de trouver ma place, j'étais parfois embringué dans un système, dans de situations qui me déplaisaient, où je ne me sentais pas confortable. On m'obligeait à certaines choses. Aujourd'hui, j'ai mûri et je suis plus à même de dire non. Ça m'a permis de me réapproprier mes performances, ce qui m'entourait, mes entraînements, ma manière de fonctionner."

Q: Vous décririez-vous comme quelqu'un de sensible?

R: "A la base, je ne suis pas comme ça. Sauf que les années passent et j'essaie de changer, de m'ouvrir un peu plus, d'être plus sensible à ce qui m'entoure, avec les gens qui m'entourent, mais à la base je ne le suis pas du tout, je suis relativement pudique, assez montagnard (...). Mais j'ai toujours été quelqu'un de très honnête vis-à-vis de moi-même et des gens autour de moi, ça fait partie de mon éducation. On m'a appris à ne pas mentir, donc je ne sais pas mentir."

Q: Vous avez vécu deux semaines fortes en émotions...

R: "Dans le sport on partage des émotions. Le moment lors des finales où je me mets le plus à pleurer c'est quand Fabien Saguez (le DTN) sanglote dans mes bras et dans mon oreille, je le sens grelottant, qu'il pleure sur mon épaule. C'est ça qui fait vivre des émotions qui nous traversent, nous transpercent, ce qui nous fait vivre des moments uniques. On parle des moments de joie, mais il y a eu aussi des moments difficiles, où on était tous la mâchoire bien serrée. C'est la beauté du sport avec des moments très durs qui donnent une telle satisfaction, derrière ça en devient magnifique."

Propos recueillis par Robin GREMMEL - AFP

   

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