L'opposant de Poutine est malade et en grève de la faim :

L'UE se penche sur le cas Navalny


Publié / Actualisé
Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne vont échanger lundi en visioconférence sur le sort d'Alexeï Navalny, malade et en grève de la faim dans son pénitencier, et pour lequel Washington a déjà averti Moscou qu'il y aurait des "conséquences" si l'opposant russe mourait.
Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne vont échanger lundi en visioconférence sur le sort d'Alexeï Navalny, malade et en grève de la faim dans son pénitencier, et pour lequel Washington a déjà averti Moscou qu'il y aurait des "conséquences" si l'opposant russe mourait.

Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas, qui a précisé dimanche l'ordre du jour de cette réunion au quotidien Bild, a demandé de manière "urgente" aux autorités russes de fournir un "traitement médical adéquat" au détracteur du Kremlin, compte tenu de la dégradation "très préoccupante" de son état de santé. Il a également exigé qu'Alexeï Navalny "ait accès à des médecins ayant sa confiance".

Le même jour, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a tenu des propos similaires, se disant "extrêmement préoccupé" par l'état de santé de l'opposant et évoquant la "responsabilité majeure" du président Vladimir Poutine. Il a aussi laissé planer la menace de nouvelles sanctions européennes, et dit souhaiter que des "mesures soient prises pour assurer l'intégrité physique de M. Navalny mais aussi sa libération". Américains et Européens avaient sanctionné la Russie pour l'empoisonnement de M. Navalny en août dernier.

L'Union européenne s'est déclarée dimanche "profondément inquiète" pour la santé de M. Navalny. Le chef de la diplomatie de l'UE Josep Borrell a appelé la Russie à lui accorder un accès immédiat "à des médecins en qui il a confiance" et a réclamé sa libération "immédiate et sans conditions". La pression sur Moscou s'est intensifiée ces derniers jours, notamment de la part de Washington. Dès samedi, le président Joe Biden avait jugé "totalement injuste" le sort de l'opposant de 44 ans. Il "y aura des conséquences si M. Navalny meurt", a lancé dimanche son conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden, Jake Sullivan, sur CNN.

- Potassium dans le sang -

Des médecins proches de l'opposant ont dit samedi craindre qu'il ne fasse un arrêt cardiaque "d'une minute à l'autre" en raison d'un niveau "critique" de concentration de potassium dans le sang. Ils ont appelé à le placer immédiatement en soins intensifs. Alexeï Navalny a arrêté de s'alimenter le 31 mars pour protester contre ses mauvaises conditions de détention, accusant l'administration pénitentiaire de lui refuser l'accès à un médecin et des médicaments alors qu'il souffre d'une double hernie discale, selon ses avocats. Ses médecins ont indiqué dimanche qu'ils avaient été empêchés de lui rendre visite.

Il est détenu dans le camp de Pokrov (à 100 kilomètres à l'est de Moscou), réputé comme l'un des plus durs de Russie. Sa femme Ioulia, qui lui a rendu visite en début de semaine dernière, a affirmé qu'il avait perdu neuf kilos depuis le début de sa grève de la faim. "Le monde entier parle d'Alexeï. Et seulement (Vladimir) Poutine et les médecins de la prison font comme s'il ne se passait rien', a tweeté la porte-parole de l'opposant, Kira Iarmych.

L'ambassadeur russe à Londres, Andreï Kéline, a lui affirmé que Moscou ne le laisserait pas "mourir en prison", tout en l'accusant, sur la BBC dimanche, de "vouloir attirer l'attention".

- Appel à manifester -

Les alliés de M. Navalny ont appelé les Russes à sortir dans la rue mercredi à 19H00 (16H00 GMT) pour ce qu'ils espèrent être "la plus grande manifestation de l'histoire moderne" de la Russie. Cette manifestation est organisée le même jour que le discours annuel du président Vladimir Poutine devant les deux chambres du Parlement, lors duquel il évoquera les "objectifs" pour développer la Russie et les élections législatives de l'automne prochain.

"Poutine interdit explicitement toute activité d'opposition en Russie. Cela signifie que ce rassemblement pourrait devenir le dernier du pays pour les années à venir. Mais il est en notre pouvoir de changer cela", a écrit sur Facebook le bras droit de l'opposant, Léonid Volkov.

Un site internet créé par l'opposition quelques semaines plus tôt pour enregistrer les Russes désireux de manifester affichait près de 460.000 personnes dimanche. Fin janvier et début février, plusieurs manifestations de soutien avaient rassemblé des dizaines de milliers de personnes en Russie. Elles avaient été réprimées avec notamment plus de 11.000 interpellations.

Le Parquet russe a pour sa part demandé vendredi que plusieurs organisations liées à M. Navalny soient déclarées "extrémistes" et donc interdites en Russie. Une telle mesure ferait encourir de lourdes peines de prison aux collaborateurs de l'opposant et à ses soutiens.

Revenu en janvier après cinq mois de convalescence en Allemagne, à la suite d'un empoisonnement dont il accuse le Kremlin, l'opposant avait été immédiatement arrêté et condamné à deux ans et demi de prison dans une ancienne affaire de fraude qu'il dénonce comme politique. Lors de leur visioconférence de lundi, les ministres des Affaires étrangères de l'UE doivent par ailleurs discuter de l'Ethiopie et de l'Ukraine.

AFP

   

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