Présence militaire :

Macron met la junte malienne sous pression et le Sahel face à ses responsabilités


Publié / Actualisé
Le nouveau président malien, le colonel Assimi Goïta, se retrouve sous forte pression après l'annonce par Emmanuel Macron d'une réduction prochaine de la présence militaire française au Sahel et ses vives critiques sur la légitimité de celui qu'il a qualifié de "putschiste".
Le nouveau président malien, le colonel Assimi Goïta, se retrouve sous forte pression après l'annonce par Emmanuel Macron d'une réduction prochaine de la présence militaire française au Sahel et ses vives critiques sur la légitimité de celui qu'il a qualifié de "putschiste".

C'est toute une partie du Sahel que le président français a mise jeudi face à ses responsabilités en annonçant la fin de l'opération française antijihadiste Barkhane, présente au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad, au profit d'une coalition internationale dont les contours restent à préciser.

"Barkhane s'en va, inutile de pleurnicher ou de distiller des diatribes contre la France. Sahéliens, préparez-vous", lance dans son éditorial le quotidien privé burkinabè "Aujourd'hui au Faso", alors que le pays est lui aussi confronté à une forte poussée jihadiste.

Mais c'est bien le colonel Goïta, investi lundi président de la transition au Mali, deux semaines après son deuxième coup d'Etat en neuf mois, qui est directement visé.

A la mi-journée, ni lui, ni son tout nouveau Premier ministre civil, Choguel Kokalla Maïga, qui continue ses consultations pour la formation d'un gouvernement, n'avaient encore réagi aux propos du président français.

"Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Assimi Goïta et ses frères d'armes vont devoir attacher solidement les lacets de leurs godasses", estime un autre journal burkinabé, Le Pays.

Assimi Goïta pensait sans doute avoir fait le plus dur en assurant aux partenaires du Mali lors de son investiture que le retour au pouvoir des civils aurait bien lieu début 2022. Il s'était aussi engagé au respecter d'un accord de paix crucial pour la stabilité au Sahel.

- "No man's land" -

Emmanuel Macron a néanmoins durci le ton jeudi, en déplorant que de vastes territoires restent privés de services de base "parce que les Etats décident de ne pas prendre leurs responsabilités".

"C'est clairement un défi lancé aux autorités maliennes actuelles sur cette question du retour de l'Etat dans les zones qui sont largement restées des no man's land", estime Ornella Moderan, cheffe du programme Sahel de l'Institut d'études de sécurité (ISS).

Emmanuel Macron a aussi reproché aux Etats ouest-africains d'avoir "reconnu" comme président de transition un "putschiste militaire six mois après lui avoir refusé ce droit".

"Les relations entre Bamako et Paris sont clairement tendues et cela ne va pas faciliter les choses", souligne à cet égard Mme Moderan, en soulignant toutefois que la reconfiguration annoncée n'est "pas un retrait" et que le "dialogue n'est pas rompu" entre Paris et Bamako.

Pour le consultant en sécurité Mohamed Coulibaly, les derniers soubresauts au Mali sont un "prétexte" saisi par Paris pour annoncer une "voie de sortie honorable" face à "la crainte de l'enlisement".

Le retrait programmé des troupes françaises de certains "postes et bases avancés" dans le Nord du Mali va "créer un grand vide", regrette un militaire malien à la retraite, Alpha Sow.

La ministre française des Armées, Florence Parly, a pourtant assuré vendredi que les force des pays concernés étaient "plus en mesure de faire face à leurs ennemis" après avoir mené de vastes opérations conjointes ces derniers mois avec les troupes françaises.

Elle a aussi dit que "l'engagement militaire restera très significatif", alors que Paris déploie actuellement dans le Sahel quelque 5.100 soldats contre les jihadistes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ou au groupe Etat islamique (EI).

- "Pas d'importance" -

"Il ne s'agit pas de chasser la France pour faire venir X ou Y. Pendant huit ans, nous n'avons pas su construire une armée digne de ce nom, tout cela n'est pas la faute de la France", estime l'imam Oumarou Diarra, figure du Mouvement du 5-Juin, dont est issu le nouveau Premier ministre de transition.

Aboubacar Siddick Fomba, membre du Conseil national de transition (CNT), qui fait office d'organe législatif, et réputé proche de la junte, estime pour sa part que la "conduite unilatérale et incohérente du président Macron" va se retourner contre lui.

Il est temps "d'adresser des demandes de coopération militaires à la Russie, à la Chine, à la Turquie", dit-il. Pour Yaya Koulibaly, un maçon qui discutait politique vendredi dans les rues de Bamako, "la présence française n'a pas d'importance". "Chaque jour, ce sont des morts et des morts, elle peut partir sans problème. Nous allons travailler et nous défendre", dit-il.

AFP

   

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