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Ces femmes qui ont tant à perdre en Afghanistan


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"La voir si bouleversée me fait monter les larmes aux yeux - ça ne m'était jamais arrivé en reportage, où que ce soit, même dans les pires conditions. Derrière la caméra, Justine cesse de filmer. Adek pose son appareil. Le désespoir de Rada a pris possession de la pièce et donne corps à celui des Afghanes", écrit la journaliste de l'AFP Anne Chaon, tout juste rentrée d'Afghanistan, où elle a dressé le portrait de femmes qui craignent pour leurs libertés conquises depuis vingt ans, voire leur vie, alors que les Talibans gagnent chaque jour du terrain. Le reportage de la journaliste est à retrouver ci-dessous (Photo AFP)
"La voir si bouleversée me fait monter les larmes aux yeux - ça ne m'était jamais arrivé en reportage, où que ce soit, même dans les pires conditions. Derrière la caméra, Justine cesse de filmer. Adek pose son appareil. Le désespoir de Rada a pris possession de la pièce et donne corps à celui des Afghanes", écrit la journaliste de l'AFP Anne Chaon, tout juste rentrée d'Afghanistan, où elle a dressé le portrait de femmes qui craignent pour leurs libertés conquises depuis vingt ans, voire leur vie, alors que les Talibans gagnent chaque jour du terrain. Le reportage de la journaliste est à retrouver ci-dessous (Photo AFP)

J’ai  tout de suite pensé à elle. Quand il a été décidé de dresser une série de portraits de femmes qui avaient tout conquis par la force de leur combat, et tout à perdre d'un éventuel retour des talibans au pouvoir, Rada s'est imposée comme une évidence: forte personnalité, forte tête même, résolue au point d'en paraître parfois rugueuse, intransigeante, artiste libre, militante de la cause des femmes, sans jamais craindre de déranger.

Je l'avais vue remettre en place sans ménagement diplomates, confrères et pseudo-experts qui lui demandaient ingénument - et au nom de quoi? - si elle était “vraiment représentative des femmes afghanes”

“En quoi le serais-je moins?”, rétorquait-elle alors, le regard noir. Sous-entendu: quelle image avez-vous imprimé dans votre psyché, dans quelle case la rangez-vous, la femme afghane? Aussi, son hésitation à mon premier appel m'a prise de court. Elle m'a d'abord demandé de continuer via la messagerie cryptée Signal. Puis il a fallu cinq heures de discussion en tête à tête et l'intervention d'amies communes pour la convaincre de parler devant notre caméra. Rada avait peur.

Le retour à Kaboul après presque trois ans d'absence était une fête. Une émotion véritable quand l'avion, avant de se poser, survole longuement les pics acérés noyés de poussière, des drapés plissés beiges comme autant de vagues minérales qui enserrent la ville et l'aéroport.

Mais passée la joie fébrile des retrouvailles, c'est l'anxiété des uns et la détresse des autres qui a pris le dessus. Dans l'incertitude et la peur de ce qui allait advenir, chacun tentait d'imaginer l'avenir et d'échafauder des plans pour déjouer le pire, de plus en plus proche. Ceux qui fin mai doutaient encore de vouloir partir commençaient fin juin les préparatifs et les démarches en espérant pouvoir s'échapper à temps.

La suite de l'article à retrouver ici

   

1 Commentaire(s)

Jeanbon, Posté
Que tous nos bobos bienpensants aillent là bas dénoncer cette dictature de la pensée perpétrée par ces obscurantistes. Et s'ils reviennent chez nous, ils auront une autre vision de notre système, et de son égalitarisme exacerbé.