Le parti de Nelson Mandela est en difficulté :

Afrique du Sud : après 27 ans de règne, l'ANC risque de perdre les municipales


Publié / Actualisé
Le parti de Nelson Mandela va-t-il subir un recul historique ? L'Afrique du Sud attendait mardi soir les résultats d'élections municipales où l'ANC au pouvoir depuis la fin de l'apartheid risque de passer pour la première fois sous la barre des 50%.
Le parti de Nelson Mandela va-t-il subir un recul historique ? L'Afrique du Sud attendait mardi soir les résultats d'élections municipales où l'ANC au pouvoir depuis la fin de l'apartheid risque de passer pour la première fois sous la barre des 50%.

Avec le dépouillement de plus de la moitié des bureaux de vote en fin de journée, le Congrès national africain (ANC) n'engrangeait provisoirement que 46% des voix, laissant présager le pire score pour le parti depuis les premières élections démocratiques en 1994. Les résultats définitifs seront officiellement annoncés jeudi. "Etre sous les 50% n'est évidemment pas idéal mais on survivra quelque soit le résultat", a déclaré à l'AFP la secrétaire générale de l'ANC, Jessie Duarte.

Depuis des années, le parti de la libération est face à la désillusion d'une population confrontée à un chômage record (34,4%) et écœurée par les multiples scandales de corruption impliquant des hauts responsables du parti, dont l'ex-président Jacob Zuma (2009-2018).

Des années de mauvaise gestion et de corruption généralisée ont aussi laissé des services publics à l'abandon en Afrique du Sud, où le quotidien est miné par les coupures d'électricité et d'eau. Dans la journée, la compagnie publique d'électricité, Eskom, a annoncé une nouvelle vague de délestages.

La veille, les électeurs se sont présentés au compte-gouttes pour choisir les représentants de quelque 250 municipalités, avec un taux de participation en baisse à seulement 48% contre 57% aux précédentes élections locales.

Le scrutin où 26,2 millions d'inscrits étaient appelés à voter s'est déroulé sans incident majeur, selon la commission électorale. Une quarantaine de bureaux sur quelque 23.000 n'ont pas pu ouvrir à l'heure à cause d'incidents sans gravité, des bureaux ont manqué temporairement de bulletins. Le scrutin a finalement fermé dans le calme à 19H00 GMT.

- L'armée en renfort -

L'armée avait été appelée en renfort de la police pour les élections. En juillet, le pays a connu une vague d'émeutes et de pillages à Johannesburg et dans la province du Kwazulu-Natal (est), qui ont fait plus de 350 morts. Au départ déclenchée par l'incarcération de Jacob Zuma, condamné pour outrage à la justice, les violences ont également été le signe d'un climat social et économique tendu.

Ces 27 dernières années, l'ANC a remporté toutes les élections à la majorité absolue. Le parti centenaire, fondé en 1912, a pu compter sur des voix redonnées à chaque scrutin par loyauté au mouvement de libération.

Mais depuis plusieurs années, de plus en plus de supporters de toujours cessent de clamer qu'il coule dans leurs veines "un sang noir doré et vert", aux couleurs du parti.

"Ils ne votent plus ANC mais ne votent pas non plus pour un autre parti", explique le président du groupe de réflexion Democracy Works, William Gumede. Parallèlement, le sentiment de loyauté s'érode avec la nouvelle génération d'électeurs, qui "a grandi avec l'ANC comme seule alternative, mais aussi avec la corruption et Zuma", poursuit le politologue.

Le score de l'ANC chuterait de 54,1% à 46,8%, selon les pronostics du Conseil pour la recherche scientifique et industrielle (CSIR), un institut de recherche gouvernemental.

Le premier parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA) passerait de 29,9% à 22,7%. Le mouvement qui souffre toujours d'être perçu comme un parti de Blancs a toutefois remporté, pour la première fois, une municipalité dans le Kwazulu-Natal (est), fief de l'ANC. A l'autre bout de l'échiquier, le parti radical des Combattants pour la liberté économique (EFF) progresserait de 7,1% à 10,6%.

Aux municipales de 2016, l'ANC avait enregistré son plus mauvais score (54%) et perdu des villes clés dont Pretoria et la capitale économique Johannesburg. Dans ces deux villes, l'ANC perdrait encore du terrain à ce scrutin test avant la présidentielle de 2024.

AFP

   

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