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Coupe d'Europe de rugby : Cardiff, la ville du premier amour continental de Toulouse


Publié / Actualisé
Toulouse remet son titre continental en jeu samedi à l'Arms Park de Cardiff, là où a commencé en 1996 son histoire d'amour avec la Coupe d'Europe grâce à sa victoire en finale de la toute première édition.
Toulouse remet son titre continental en jeu samedi à l'Arms Park de Cardiff, là où a commencé en 1996 son histoire d'amour avec la Coupe d'Europe grâce à sa victoire en finale de la toute première édition.

"Le départ d'une longue aventure". Les organisateurs du tournoi, soucieux d'en magnifier la dimension internationale, avaient cru bon de faire jouer des hymnes avant le coup d'envoi.

"Je crois que c'était l'hymne gallois pour Cardiff", se souvient le demi de mêlée toulousain de l'époque Jérôme Cazalbou. "Et de notre côté, une vieille chanson, La Toulousaine, que personne ne connaissait. On se demandait même si c'était bien pour nous".

Un impair protocolaire qui n'a pas empêché les Rouge et Noir de démarrer en trombe la finale, alors disputée en janvier, avec deux essais en dix minutes, par Thomas Castaignède et Cazalbou. "Puis on a oublié de continuer à jouer (...) dans une belle ambiance, à la fois hostile et respectueuse", détaille ce dernier, aujourd'hui manager du haut niveau au club haut-garonnais.

Devant leur public, les Gallois, grâce à leurs avants et à la botte d'Adrian Davies, ont arraché une prolongation, lors de laquelle l'ouvreur Christophe Deylaud, de deux pénalités, a finalement offert la victoire aux siens (21-18).

"On gagne à Cardiff, contre Cardiff, après prolongation. Tout est là pour donner à ce match une identité particulière", souligne l'emblématique entraîneur toulousain Guy Novès. "Nous avions une envie féroce de rentrer dans cette compétition par la meilleure porte possible".

- "Dans l'histoire" -

Le Stade toulousain, visionnaire, avait tenté de lancer en 1986 un tournoi international de clubs, le Matra Masters, sans que l'essai ne soit durablement transformé.

La première Coupe d'Europe de l'histoire lui a permis de satisfaire une dizaine d'années plus tard cette envie de se mesurer à ce qui se faisait de mieux ailleurs.

"C'était excitant, tout le monde sentait que c'était le départ d'une longue aventure", affirme l'ancien arrière Stéphane Ougier, qui avait à cœur avec ses coéquipiers de "ne pas galvauder" cette nouvelle compétition. "Il fallait, pour qu'elle perdure, lui donner très rapidement une crédibilité", explique-t-il. "Ça reste un souvenir merveilleux. On avait le sentiment de rentrer dans l'histoire".

La première épopée continentale des Toulousains avait démarré à Constanta, en Roumanie, dans des conditions rocambolesques. Emile Ntamack se rappelle des "pieds qui dépassaient du lit" à l'hôtel ou des "militaires qui balayaient les feuilles au stade".

"On ne voyait même pas l'herbe tellement il y en avait! On a vécu ça comme une aventure. Ça symbolisait bien les débuts de cette Coupe d'Europe", s'en amuse aujourd'hui le premier capitaine à l'avoir soulevée, quelques mois plus tard à Cardiff. "Il y avait un monde d'écart entre le premier match (en Roumanie) et la finale", poursuit-il. "Se retrouver à l'Arms Park, un temple du rugby, face à une équipe de ce calibre avec de nombreux internationaux, ce n'était plus du tout exotique".

- Le trophée démembré -

L'absence des clubs anglais et écossais, qui n'ont sauté que l'année suivante dans le wagon européen, atténue quelque peu le prestige de cette édition inaugurale. "On a toujours envie, quand on est compétiteur, de démontrer qu'on a le niveau face aux meilleurs. Mais ce n'était quand même pas notre faute si les Anglais avaient décliné l'invitation", relativise Novès.

Si la Coupe d'Europe est désormais bien installée dans le paysage rugbystique, son tout premier trophée - des poteaux posés sur une étoile - n'a physiquement pas fait long feu. "Il a fini en mille morceaux tellement il était fragile. On sait tous que fêter un titre, c'est mettre en danger le trophée", sourit l'ancien entraîneur, vainqueur de la compétition à quatre reprises (1996, 2003, 2005 et 2010).

Rentrés dans la foulée à Toulouse pour communier avec leurs supporters, les nouveaux champions d'Europe ont ensuite vite basculé sur le championnat, qu'ils ont également remporté cette année-là.

Leur premier sacre continental n'aura eu qu'un impact médiatique limité. "Une autre actualité a éclipsé notre victoire", relève Ougier. L'ancien président de la République François Mitterrand est mort le lendemain.

AFP

   

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