Présidentielle :

Aux Antilles, Mélenchon prend le large sur les remous de la gauche


Publié / Actualisé
Quand le décalage horaire redouble un décalage d'atmosphère: Jean-Luc Mélenchon "mène campagne" et déroule sa stratégie en Guadeloupe et en Martinique au moment où le reste de la gauche est en ébullition autour des appels à l'union.
Quand le décalage horaire redouble un décalage d'atmosphère: Jean-Luc Mélenchon "mène campagne" et déroule sa stratégie en Guadeloupe et en Martinique au moment où le reste de la gauche est en ébullition autour des appels à l'union.

Christiane Taubira et lui ? "On n'est pas du même monde". En faisant mine de se désintéresser de l'hypothèse d'une candidature de l'ancienne ministre socialiste, mercredi soir après son meeting au Gosier en Guadeloupe, le candidat Insoumis entendait marquer une différence avec une "ancienne gauche" qui "se ridiculise".

Et c'est à contre-coeur qu'il a dû s'interrompre vendredi, lors de la visite d'un moulin hydraulique en plein coeur de la Martinique pour répondre aux questions des journalistes, après l'adresse de Mme Taubira annonçant qu'elle "envisageait d'être candidate". "Ne sont concernés par l'entonnoir (des discussions à gauche) que ceux qui veulent y rentrer, pas moi. Total respect pour tout le monde, mais battez-vous entre vous et laissez-moi tranquille", a-t-il balayé, avant d'entamer la dégustation de mets locaux.

L'Insoumis affecte depuis le début de son voyage aux Antilles, mardi, un profond détachement vis-à-vis des interrogations qui taraudent une partie de la gauche, ces derniers jours: face au morcellement des candidatures, faut-il comme la socialiste Anne Hidalgo prôner une primaire, ou parier sur une figure sur le retour comme Christiane Taubira?

L'embarras de l'écologiste Yannick Jadot, le seul à même pour l'instant de rivaliser dans les sondages avec lui à gauche, mais qui n'en finit plus de justifier son refus d'une primaire, amuse en tout cas M. Mélenchon: "En ce moment pas mal de monde est encalminé, je ne vais pas vous dire que ça me rend triste".

Le voyage aux Antilles tombe bien pour lui. Il peut rester dans son couloir et dérouler sa stratégie à l'abri de l'agitation. D'autant que les outremers occupent une place importante dans son soutien tous azimuts aux luttes sociales.

Mais aussi sur les valeurs. Le concept de "créolisation", repris au poète martiniquais Edouard Glissant et signifiant une nouvelle forme d'universalisme basé sur le métissage de fait des cultures, est devenu central dans sa campagne.

- Leurre -

"Je m'ennuie si je ne me mets pas des objets théoriques sur la table", a-t-il expliqué. "La créolisation, je m'en veux de ne pas y avoir pensé plus tôt. Que faire de l'universalisme abstrait? J'en avais marre de n'en traiter que ce qui ne marche pas. Même si pour moi c'est dur" de s'en éloigner.

Que ce soit en Guadeloupe ou en Martinique, le député des Bouches-du-Rhône a mis un point d'honneur à faire ressentir à leurs habitants que ces territoires sont non pas "ultra-périphériques" mais des "loupes" sur la situation de la France entière, comme il l'a dit en meeting. Les Insoumis se targuent d'ailleurs de faire les meetings les plus courus à gauche: après celui de La Défense (près de 5.000 personnes) il y a deux semaines, ils ont rassemblé plusieurs centaines de soutiens en Guadeloupe.

Selon l'eurodéputé Manuel Bompard, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, "Jadot a eu tort de ne pas mieux penser son meeting de lancement à Laon", le weekend dernier, un événement de petit calibre et assumé comme tel.

Le stratège insoumis utilise aussi un autre "signal", la plateforme de soutien numérique à la candidature de Jean-Luc Mélenchon, qui affiche désormais 266.000 signatures avec un rythme d'inscriptions plus élevé ces dernières semaines.

Reste que les sondages créditent le candidat d'entre 7 et 13% des voix, un score encore largement insuffisant pour espérer rallier le second tour. "J'ai un moral de vainqueur, je me vois à l'Elysée dans quatre mois", a-t-il lancé malgré tout.

Jean-Luc Mélenchon ne peut cependant se repaître des difficultés à trouver l'union entre les autres candidats. "Cela désespère et démobilise les électeurs", y compris ceux qui pourraient voter pour lui, confie un de ses proches.

Le risque est aussi pour le candidat de se laisser leurrer par le terrain du moment, qui lui est favorable: en 2017, il avait obtenu 24% des voix en Guadeloupe et 27% en Martinique.

AFP

   

1 Commentaire(s)

Union, Posté
Si il n'y a pas d'union on votera Pecresse pae défaut.