Reconversion :

De l'encyclique du pape aux carottes, un curé devenu maraîcher en Beauce


Publié / Actualisé
Il a troqué le bénitier et le goupillon pour la pelle et la bêche: le père Jean-Marie Lioult a lâché sa paroisse de Dreux pour se lancer dans le maraîchage avec la volonté de "prendre soin du vivant", planète comme être humains.
Il a troqué le bénitier et le goupillon pour la pelle et la bêche: le père Jean-Marie Lioult a lâché sa paroisse de Dreux pour se lancer dans le maraîchage avec la volonté de "prendre soin du vivant", planète comme être humains.

Dans ce champ de sept hectares près de Chartres, rien n'arrête encore le vent qui balaye l'immense plaine de Beauce. Mais, dans quelques années, Tremblay-les-Villages (Eure-et-Loir) accueillera une exploitation maraîchère et une forêt comestible.

Bonnet vissé sur la tête et col romain sous le blouson, celui qui est prêtre depuis trente ans s'anime dès qu'il évoque le "maraîchage en sol vivant" (proche de la permaculture), "l'incroyable richesse de la Création", les vers de terre et la biologie des plantes.

Ces yeux bleus pétillent quand il détaille son projet, réparti en quatre espaces. Il y aura d'abord un jardin expérimental et sa forêt comestible, en collaboration avec un lycée agricole de Châteaudun (Eure-et-Loir).

Un "jardin de proximité" sera exploité par des bénévoles au bénéfice des Restos du Coeur et du Relais Logement, un foyer pour jeunes adultes. Un hectare sera mis à disposition d'un jeune maraîcher pour se lancer dans la profession. Enfin, un chantier d'insertion pourra former une dizaine de personnes. "J'ai toujours été sensible à l'agriculture. J'ai fait des études agricoles avant d'entrer au séminaire", lance l'homme d'église chaussé de bottes en caoutchouc.

Alors qu'une dizaine de bénévoles plantent des arbres, le prêtre raconte sa prise de conscience, déclenchée notamment par le documentaire "Demain" de Cyril Dion et Mélanie Laurent en 2016.

Puis le Covid-19 est arrivé. Pendant que la France se confinait au printemps 2020, le curé a "retravaillé" le "Laudato Si" du pape François Ier. L'encyclique diffusée en 2015 appelle à une "conversion écologique" et dénonce l'exploitation des hommes et de la nature. "Vraiment, je me suis dit: il ne faut pas qu'on reste les bras croisés. Il faut créer quelque chose dans le sens de la transition écologique, de prendre soin du vivant", se rappelle-t-il entre deux rafales de vent. "On est vraiment en train d'abîmer notre planète et les gens aussi. L'écologie intégrale, c'est prendre soin de tout le vivant", justifie-t-il.

-"La beauté de la Création"-

Aidé par un collectif d'une douzaine de personnes, épaulé par quelques voisins agriculteurs voisins, soutenus par des mécènes et les collectivités locales, le père a fait aboutir son projet: 2.500 arbres poussent depuis septembre 2021. "Emballée", Patricia Loyer a été l'une des premières à s'impliquer. "Il s'agit de nouvelles façons de cultiver, d'insertion", s'enthousiasme-t-elle. "Quand j'étais dentiste, j'aimais soigner globalement. Et là, c'est un projet global, qui parle d'écologie, de respect des hommes, de la Terre." "Aujourd'hui, j'ai montré comment on plantait des arbres à ceux qui étaient là", sourit la grand-mère drouaise, qui espère aussi montrer une autre image de l'église.

D'autres jardiniers n'ont pas cette intention. S'il est venu pour le côté "social" du projet, Bertrand Jallerat y trouve aussi un intérêt professionnel. Notamment dans la forêt, qui accueillera à terme 300 essences comestibles. "C'est doublement passionnant parce que ça peut être aussi un centre de recherche pour notre restaurant gastronomique", indique ce patron d'un hôtel-restaurant étoilé de Chartres. "Trouver de nouveaux goûts, de nouveaux produits, tout ça de manière plus que bio (...), pour nous c'est passionnant", apprécie le dirigeant, venu planter avec une dizaine d'employés.

Si l'hôtelier n'espère pas proposer de nouvelles saveurs avant quelques années, le temps que la forêt pousse, la production de légumes, elle, devrait commencer en 2022.
Grâce à un financement de France Relance, Jean-Marie Lioult va en effet pouvoir installer des serres dès le printemps. "Cela fait partie de notre foi de travailler à la beauté de la Création, de créer ici de la biodiversité et de permettre à des gens d'y être heureux", savoure le curé jardinier. "Manger de bons légumes et être en meilleure santé, ça c'est précieux."

AFP

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !