Cigarres :

Cuba: la récolte de tabac en baisse pour la confection des célèbres havanes


Publié / Actualisé
Arrière-petit-fils de planteur de tabac installé à Viñales, dans l'ouest de Cuba, Yurisniel Cabrera sait que cette année la qualité de la récolte ne sera pas aussi bonne et abondante qu'à l'accoutumée et incrimine le "manque d'engrais et de pesticides".
Arrière-petit-fils de planteur de tabac installé à Viñales, dans l'ouest de Cuba, Yurisniel Cabrera sait que cette année la qualité de la récolte ne sera pas aussi bonne et abondante qu'à l'accoutumée et incrimine le "manque d'engrais et de pesticides".

La feuille "n'est pas d'assez bonne qualité" pour la confection des célèbres havanes, peste Yurisniel, 35 ans, en récoltant les larges feuilles de tabac vert vif qu'il amasse habilement par paires sur son avant bras avant de les glisser sur un "cuje", le bâton de bois utilisé pour leur séchage.

A San Juan et Martinez, dans la même province de Pinar del Rio, Livan Aguiar, tabaculteur de 49 ans, déplore, lui aussi, le manque d'intrants qui affecte la couleur et la taille de la feuille. "Cette année, le nitrate n'est pas rentré, il n'y a pas eu de nitrate pour travailler" la plante, regrette-t-il.

Livan Aguiar explique avoir planté 50.000 plants de tabac sur des terres que l'Etat lui laisse en usufruit: "Je dois leur acheter tous les produits, les engrais, les pesticides (...) je les paye à la fin de la récolte", explique-t-il tout en coupant les larges feuilles à leur base.

Les tabaculteurs de l'île vendront 95% de leur production à l'entreprise publique Tabacuba, les 5% restants étant destinés à l'autoconsommation. Tabacuba déterminera le prix en fonction de la qualité de la feuille, les meilleures étant destinées à la cape extérieure du cigare.

"Tant l'acquisition des produits (engrais) que leur acheminement à Cuba ont été difficiles" au cours de cette saison, qui va des semis en octobre jusqu'à la fin de la récolte en mai, a déclaré vendredi lors d'une conférence de presse le chef du département agricole de Tabacuba, Pavel Noe Caseres. Il a pointé "les difficultés logistiques durant la pandémie et l'intensification de l'embargo américain contre l'île".

- Goyave, miel, rhum -

Avec une chute de 11% de l'économie en 2020 et une légère reprise de 2% en 2021, l'île caribéenne est confrontée à sa pire crise économique depuis près de 30 ans et les produits importés tels qu'engrais et pesticides, achetés par l'Etat puis distribués aux agriculteurs, se font rares. Et le volume de récolte de feuilles de tabac ne cesse de chuter: de 32.000 tonnes en 2017 à 25.800 tonnes en 2020, il devrait atteindre seulement 22.000 tonnes cette année, selon Tabacuba.

Mais selon M. Caseres, la raréfaction du havane ne touchera que les consommateurs locaux, le pays disposant d'un stock de tabac pour produire des cigares d'exportation pendant deux ans.

A Viñales et ses célèbres monts rocheux où est produit 65% du tabac cubain, Yurisniel a planté 25.000 plants de tabac mais estime qu'il parviendra tout au plus à récolter une demi-tonne de feuilles de tabac, soit beaucoup moins que les 900 kg de l'an passé. Le reste de l'année il cultive du maïs et d'autres légumineuses pour subvenir aux besoins de sa famille.

Après la récolte des feuilles le travail des producteurs de tabac n'est pas terminé. Les cujes où sont suspendues les feuilles sont entreposés dans un local de séchage dans une orientation bien précise pour favoriser un mélange adéquat de soleil, d'air et d'humidité.

Puis viendra ensuite, avant l'ultime étape du roulage du havane, la fermentation des feuilles. Pour Yurisniel ce sera un mélange de goyave, de miel, de rhum et d'eau dans lequel vont tremper les feuilles séchées avant un stockage en paquets pendant six mois.

Récupérées par Tabacuba, les feuilles passeront ensuite dans les mains expertes des "torcedors" pour être roulées et vendues, tel un produit de luxe, sous le sceau de l'Etat.

 AFP

   

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