Quotidien en temps de guerre :

Ukraine: la difficile reprise de la vie quotidienne à Kharkiv


Publié / Actualisé
Trois femmes plantent des fleurs pour une composition sur un rond-point du centre de Kharkiv. A quelques kilomètres de là, à la sortie nord de la ville, des hommes remplissent des sacs de sable pour mettre en place un barrage.
Trois femmes plantent des fleurs pour une composition sur un rond-point du centre de Kharkiv. A quelques kilomètres de là, à la sortie nord de la ville, des hommes remplissent des sacs de sable pour mettre en place un barrage.

Cette double-image illustre la vie de Kharkiv, qui essaie de reprendre un quotidien normal. La capitale régionale a été une des villes ukrainiennes les plus affectées par la guerre, subissant un assaut de plusieurs jours et des combats dans sa banlieue, fin février et début mars, puis subissant un pilonnage régulier.

L'étau autour de la ville s'est desserré depuis quelques jours, mais la guerre continue. Des dégâts importants ont été infligés à toutes les infrastructures, et de nombreux habitants ne sont pas encore revenus. "Nous essayons de maintenir la ville en vie", affirme à l'AFP une porte-parole de la mairie, commentant la reprise de certaines lignes de bus public lundi. La ville de 1,5 millions d'habitants en temps de paix "est immense, et certains ne peuvent pas se déplacer ou aller au travail sans bus".

Selon cette porte-parole, le maire s'abstient pour le moment d'appeler au retour des habitants, tout comme de l'interdire. "Les réalités sont différentes selon les quartiers", précise-t-elle. A la gare de Kharkiv de nombreuses personnes, qui avaient pris la fuite en février, reviennent toutefois.

Certaines zones ont pourtant été durement touchées. Au 40 de la rue Boutchmy, dans le quartier Saltivka (nord-est), les grands barres d'habitations ont subi, notamment dans les tous premiers jours de la guerre, le pilonnage des troupes russes venues de Belgorod, ville russe située à proximité de la frontière distante de quelques dizaines de kilomètres seulement.

- "Etat de choc" -

Caissière de 49 ans, Iana échange avec son mari au 5e étage de son immeuble. L'appartement donne sur le vide, la façade est entièrement tombée. Son mari a accédé à l'appartement en passant par le toit, puis en se laissant descendre par une corde.

"Pour être honnête, mon mari était en état de choc quand il a vu ça. C'était horrible (...) Les sauveteurs nous ont dit qu'il ne serait plus possible de vivre ici, les murs et les sols tremblent. L'immeuble va être détruit. On a demandé un relogement aux services sociaux", raconte-t-elle.

"Je ne veux pas quitter Kharkiv, je suis née et j'ai grandi ici. Mes parents avaient eu cet appartement en 1975, il y a plus de 40 ans... A l'évidence, on ne pourra pas le léguer à nos enfants. Il nous faut surmonter cette épreuve et continuer à vivre. Que pouvons nous faire d'autre ?"

Dans la même barre, Olexandre Vendland, veuf de 45 ans, déménageur, visite son appartement ravagé, notamment la chambre de ses deux filles de huit et 14 ans: un sac rose, une grande peluche, des petits dessins, c'est tout ce qui émerge des gravats.

Il a envoyé ses filles en Allemagne, chez leur oncle: "C'est impossible de vivre ici pour des enfants. Ils ont besoin de nourriture, d'éducation. Il n'y a rien ici. Des bénévoles nous aident avec de l'eau et de la nourriture pour qu'on puisse survivre", dit-il.

- "Symbole de Kharkiv" -

"Je ne sais pas si le gouvernement nous aide. Je ne vois que des bénévoles. Qui a dit que +les choses vont mieux+ ? Les gens ont besoin de travailler", ajoute l'homme, amer, soulignant que "les gens ont peur" à cause de tirs sporadiques qui continuent de toucher la zone.

Dans le quartier, l'eau s'échappe de certaines canalisations touchées par les bombardements, créant des petites inondations alors que les services d'électricité, de gaz et d'eau sont à pied d'oeuvre sept jours sur sept. "En temps de guerre, pas de vacances", lance Serguiï Olechko, du service d'électricité, en travaillant sur des ligne tombées au sol. "Nous ne sommes pas des soldats mais nous sommes là! On a un peu peur avec les tir d'obus qui continuent".

Dans le centre-ville, architectes et experts, casques de guerre sur la tête et vêtus de gilets pare-balles, parcourent déjà l'emblématique siège de l'administration régionale, plans et marteaux la main.

Située sur la place de la Liberté, la place centrale de la ville, l'immeuble monumental des années 1950 a été touché par un missile le 1er mars. La vidéo de la frappe surpuissante avait fait le tour du monde. L'intérieur est en miettes. "On avait été évacué avant, Dieu merci", rappelle Konstantin Issaïev, 46 ans, contrôleur de gestion venu visiter son ancien bureau. "On a déjà repris le travail ailleurs mais j'espère pouvoir retravailler ici rapidement".

Ce ne sera pas le cas, même si des ouvriers ont commencé à évacuer les gravats. "Pour le moment, on fait des évaluations", explique Anatoliï Boutenko: "Il y a beaucoup de dégâts, on ne pourra pas le faire dans l'année. Cela prendra deux ans au moins mais il faut le faire (...) C'est le symbole de Kharkiv".

En début de soirée, avant le couvre-feu, un concert a été organisé dans un centre culturel. Le premier depuis des mois. On boit, on discute, on danse. "On veut danser tous les jours", dit Ievgen, guitariste du groupe de ska Zhadan i Sobaky, une institution de la ville. "On veut revenir aux slows, pas à la guerre".

AFP

   

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