Exposition :

Des jardiniers inattendus au Chelsea Flower Show à Londres


Publié / Actualisé
Enfant, Tayshan, se rêvait footballeur. Il y a peu, Jason luttait contre la dépression dans son appartement de Manchester. Tous deux exposent cette semaine au très prestigieux Chelsea Flower show de Londres, jardiniers passionnés avec un clair message.
Enfant, Tayshan, se rêvait footballeur. Il y a peu, Jason luttait contre la dépression dans son appartement de Manchester. Tous deux exposent cette semaine au très prestigieux Chelsea Flower show de Londres, jardiniers passionnés avec un clair message.

C'est la première fois depuis le début de la pandémie de Covid-19 que le célèbre show, qui s'ouvre mardi et attend 140.000 personnes jusqu'à dimanche, retrouve son créneau de mai.

Jubilé de platine oblige, la reine Elizabeth, qui y a fait une apparition lundi soir en voiturette de golf, y est à l'honneur pour ses 70 ans de règne : une nouvelle rose, "Rosa Elizabeth" est en lice pour un prix, et plusieurs créations lui rendent hommage, dont une immense structure d'acier violet qui dessine son profil avec 70 pots de muguet - sa fleur préférée - et du romarin entrelacé avec force feuillages.

- Santé mentale -

L'avenir de la planète, le retour à des jardins plus naturels, le bien-être, sont cette année des thèmes récurrents de l'exposition, organisée depuis plus de 100 ans par la Société Royale Horticole (RHS).

Dans un des 39 jardins spectaculaires créés pour l'occasion, John Warland a installé un énorme bloc de glace de 15 tonnes, à partir d'eau de pluie, entouré d'arbres et de plantes. Il va fondre lentement ces prochains jours.

Il s'agit de "se souvenir de la fonte et du dégel du pergélisol des régions arctiques" dit-il à l'AFP. Mais tout n'est pas négatif selon lui, car ces glaces contiennent parfois des "trésors" en matière de graines. "Il y a dix ans, des scientifiques ont trouvé des graines vieilles de 32.000 ans, dont certaines étaient viables et ont pu germer" dit-il, voyant dans la glace "une clé pour la survie de l'humanité".

Un autre jardin ne passe pas inaperçu, avec sa cabane rustique entourée de fleurs sauvages, et un petit ruisseau bloqué par un barrage de castors. "Les zones humides de castors sont absolument incroyables, et en apporter une petite partie ici (...) pour que les gens puissent expérimenter et entendre le paysage sonore est absolument incroyable", commente Sara King, qui dirige le réseau "Rewilding Britain" (retour à la nature en Grande Bretagne).

Dans le jardin de Tayshan Hayden-Smith, pas de castors mais un message fort. Il a 25 ans, a grandi dans le quartier de la tour Grenfell, dont l'incendie à Londres en juin 2017 avait fait plus de 70 morts.

C'est à dix minutes du Chelsea Flower show, organisé sur les terres de l'hôpital royal de Chelsea. Tayshan était à l'époque jeune footballeur en Autriche. Il est immédiatement revenu à Londres et a commencé à jardiner.

"C'était ma réponse à l'incendie, et cela m'a montré à quel point la nature pouvait apaiser et unir" une communauté, dit-il. "Ce n'est pas un luxe, cela peut sauver des vies". Il se définit comme un "activiste" plus que comme un concepteur de jardins. "Ma mission est de créer plus d'accès à la nature, et de faire en sorte que la jardinage devienne plus inclusif", ajoute-t-il.

"Il n'y a pas de barrières et de limites pour jardiner et apprécier la nature", ajoute-t-il, refusant le cliché d'un passe-temps pour blancs d'un certain âge.

Son jardin "Hands off Mangrove" entend être aussi un hommage aux "Mangrove Nine", neuf militants noirs britanniques accusés d'incitation à l'émeute en 1970 et acquittés après 55 jours de procès.

Jason Williams, 35 ans, était lui manager d'un restaurant à Manchester. Durant les confinements dus au Covid-19, déprimé, isolé chez lui, il achète un jour un petit oeillet d'Inde. Puis petit à petit transforme son balcon au 18e étage en jardin. Il tâtonne, il apprend. Son balcon compte aujourd'hui plus d'une centaine de plantes. Il en possède aussi près de 250 dans son appartement.

"L'une des choses les plus importantes, c'est l'impact que le jardinage a eu sur ma santé mentale", dit-il. En prenant soin de ses plantes, il réalise qu'il doit "prendre soin" de lui-même afin de "rebondir". Il espère que sa présence au Chelsea Flower Show incitera "plus de gens à jardiner". Et "qu'ils commenceront à en ressentir les effets bénéfiques" sur leur santé mentale.

AFP

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !