Incendie dans les hauts du sud-ouest :

"Des pompiers ont vu la mort"


Publié / Actualisé
La catastrophe commencée ce mardi 25 octobre 2011 dans le massif du Maïdo a viré au cauchemar dans la nuit du samedi 29 au dimanche 30 octobre. Exténués par des longues journées de lutte acharnée contre les flammes et les vents contraires, les pompiers ont été débordés à l'ouest par l'incendie. Ce qu'ils voulaient éviter à tout prix s'est produit : le feu a traversé la route forestière des Tamarins à plusieurs reprises. Dès lors, le combat déjà très dur est devenu titanesque. Pour la première fois depuis le début de l'incendie, les flammes ont foncé vers une zone habitée. Elles ont directement menacé des fermes de la Chaloupe Saint-Leu. Des familles ont dû évacuer les lieux (voir aussi article par ailleurs). Les pompiers ont une nouvelle fois lutté pied à pied "et certains d'entre eux ont vu la mort" disait ce dimanche matin le préfet Michel Lalande. La surface parcourue par le feu affiche maintenant le chiffre tristement record de 2 677 hectares.
La catastrophe commencée ce mardi 25 octobre 2011 dans le massif du Maïdo a viré au cauchemar dans la nuit du samedi 29 au dimanche 30 octobre. Exténués par des longues journées de lutte acharnée contre les flammes et les vents contraires, les pompiers ont été débordés à l'ouest par l'incendie. Ce qu'ils voulaient éviter à tout prix s'est produit : le feu a traversé la route forestière des Tamarins à plusieurs reprises. Dès lors, le combat déjà très dur est devenu titanesque. Pour la première fois depuis le début de l'incendie, les flammes ont foncé vers une zone habitée. Elles ont directement menacé des fermes de la Chaloupe Saint-Leu. Des familles ont dû évacuer les lieux (voir aussi article par ailleurs). Les pompiers ont une nouvelle fois lutté pied à pied "et certains d'entre eux ont vu la mort" disait ce dimanche matin le préfet Michel Lalande. La surface parcourue par le feu affiche maintenant le chiffre tristement record de 2 677 hectares.

Les fronts sud et est du sinistre sont pour le moment relativement sous contrôle. Le feu a par contre repris dans le rempart de Mafate. L'officier commandant les pompiers arrivés en renfort de métropole dit "ne pas être optimiste" quant à la mise sous contrôle total du sinistre dans les prochains jours.

"La seule bonne nouvelle de la nuit dernière (du samedi 29 au dimanche 30 octobre 2011 - ndlr) est qu'il n'y a pas eu de victime" a lancé le préfet dans le point presse tenue ce dimanche matin au PC du Maïdo. Une nuit de cauchemar venait de s'achever. Attisé par le vent, le feu a enfoncé dans la nuit la ligne de défense des pompiers le long de la route forestière des Tamarins. Il a traversé la voie de circulation en sept points différents, projetant des braises et des flammèches toujours plus loin devant lui. Ce qui avait pour effet de multiplier à l'infinie les départs secondaires de brasier.

"Il y a eu des scènes apocalyptiques" raconte le major Técher, pourtant aguerri à la lutte contre les sinistres dans des conditions difficiles. "Le feu enflammait les cryptomerias comme des brindilles. Les flammes montaient à plus de 15 mètres. Le bruit était énorme", raconte le sous officier. "Nous ne pouvions plus faire grand chose, c'était vraiment la lutte du pot de terre contre le pot de fer. C'est démoralisant", ne cache pas un sapeur pompier, "au feu" depuis près de 48 heures, entrecoupées de rares moments de repos.

À 3 heures de matin, les soldats du feu ont dû se rendre à l'évidence. Les flammes se rapprochaient beaucoup trop de leur PC installé à proximité du gîte des Tamarins. En urgence, ils évacuaient vers la Petite France, plus bas sur la route du Maïdo. Bien leur en a pris. Peu de temps après, le feu dévorait le gîte.

La même scène a failli se produire plus tôt dans la soirée chemin Vaudeville dans les hauts de la Chaloupe Saint-Leu. Avalant les tamarins, les cryptomerias et les pâturages, le feu menaçait directement plusieurs fermes, dont celle de Morille Maillot, dès la fin de l'après-midi. Occupés sur les autres fronts du sinistres, les pompiers ne pouvaient intervenir immédiatement.

A 21 heures 30, le maire saint-leusien, Thierry Robert, demandait à la population d'évacuer le secteur. La solidarité a alors joué à plein entre les éleveurs et les habitants du secteur. Ils se sont organisés pour réunir le bétail - des vaches et des chevaux principalement -, et le mettre à l'abri plus bas dans le village ou pour ouvrir les enclos afin que les animaux ne soient pas pris au piège du feu. Au total, dans les hauts de la Chaloupe Saint-Leu et de Trois Bassins, 43 personnes ont dû être évacuées (le centre équestre, trois fermes et un gîte) et selon la préfecture une habitation aurait en partie brûlé à Trois Bassins.

En larmes sur les ondes de radio Freedom, Morille Maillot, l'éleveur de la Chaloupe Saint-Leu annonçait qu'il allait perdre en une nuit le fruit de 30 ans de travail. Sa famille et ses proches tentaient de lutter contre les flammes avec de bien dérisoires moyens (des seaux et des tuyaux). Ils ont finalement dû évacuer les lieux rapidement, la fumée devenait toxique. Les pompiers arriveront finalement à sauver la ferme. Au grand soulagement des Maillot à qui le maire avait indiqué la destruction de leur ferme selon, dit-il "une déclaration du colonel Jacques Vandebeulque (directeur départemental des services d'incendie et de secours - ndlr)" (voir aussi article par ailleurs).

Ce dimanche matin, les Maillot comme les autres éleveurs sont revenus sur place pour voir si le bétail n'avait pas souffert. Aucun animal n'a été blessé ou tué, mais plusieurs dizaines d'hectares de pâturages sont partis en fumée. Les éleveurs ont continué d'abattre les enclos autour de leurs troupeaux afin de leur permettre de s'enfuir en cas de danger. Partout dans le secteur, des centaines de petits foyers demeurent actifs et souvent attisés par le vent. La zone qu'ils occupent est tellement étendue qu'il semble impossible de pouvoir en venir à bout. "Tous les moyens seront utilisés pour éviter des reprises de feu" disait le préfet. Ainsi les personnels arrivés en renfort de métropole ce dimanche matin ont immédiatement été affectés au secteur ouest du sinistre. Une surveillance constante des fermes a été organisée pour éviter leur embrasement.

Le préfet, soutenu par l'officier commandant les pompiers arrivés en renfort, a souligné une fois de plus que le recours à un Dash 8 (avion bombardier d'eau - ndlr) serait inefficace sur ce type de sinistre. Le même officier ne cachait pas par ailleurs que "le feu ne se propage pas vite, mais partout à la fois. Dans ces conditions je ne peux pas être optimiste" quant à la mise sous contrôle total du sinistre dans les prochains jours.

Le préfet a aussi rappelé que ce gigantesque incendie avait une origine criminelle. "Actuellement il y a quelqu'un chez lui qui regarde un spectacle effrayant pour l'environnement et par les frais qu'il engendre" tempêtait Michel Lalande. En six jours, le feu a parcouru la surface énorme de 2 677 hectares, soit près de 2 000 hectares de plus qu'en douze jours de sinistre en octobre 2010. Un triste record qui renforce encore le mécontentement de la députée-maire de Saint-Paul, Huguette Bello, qui depuis le départ du sinistre proteste contre "la non mise à disposition par l'État de moyens de lutte à la mesure de la catastrophe".
 

   

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