[VIDEO] Même si La Réunion reste épargnée :

Crise sanitaire : jugée "non essentielle" par l'Etat, la culture se meurt


Publié / Actualisé
La Réunion peut encore se réjouir d'avoir une vie culturelle. Celle-ci se fait à jauge réduite, aux horaires décalés et au rythme des différentes restrictions préfectorales, mais elle existe toujours. Pour autant, l'avenir reste incertain pour les acteurs du secteur. Certains ont d'ailleurs décidé d'investir les locaux de la Fabrik, à Saint-Denis, pour alerter, à La Réunion comme en Métropole, sur la mort à petit feu de la culture jugée "non essentielle" par l'Etat (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
La Réunion peut encore se réjouir d'avoir une vie culturelle. Celle-ci se fait à jauge réduite, aux horaires décalés et au rythme des différentes restrictions préfectorales, mais elle existe toujours. Pour autant, l'avenir reste incertain pour les acteurs du secteur. Certains ont d'ailleurs décidé d'investir les locaux de la Fabrik, à Saint-Denis, pour alerter, à La Réunion comme en Métropole, sur la mort à petit feu de la culture jugée "non essentielle" par l'Etat (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Depuis le samedi 13 mars 2021, la CGTR Spektak a investi la Fabrik. Un acte de revendication, alors que les artistes sont en grande difficulté depuis plus d'un an maintenant. Un "appel à la révolution culturelle", né en Métropole, où la culture est à l'arrêt total contrairement à La Réunion. Un collectif a été créé, pour s'adresser à tous les acteurs du milieu.

"On a eu beaucoup de chance, le couvre-feu a été installé il y a seulement quelques temps à La Réunion, mais en Métropole, tout est fermé depuis un an" regrette Mishko M'Ba, musicien, intermittent du spetacle, et membre de la CGTR Spektat. Une fermeture qui ne fait pas sens selon lui. "Des études ont montré qu'une salle de spectacle n'était pas plus dangereuse qu'une rame de métro" argumente-t-il.



Si l'Etat s'est engagé à venir en aide aux intermittents du spectacle, notamment à travers une année blanche qui s'étend jusqu'à août 2021, les artistes restent en grande difficulté. "Nous avons reçu le soutien du Conseil départemental et de la Région, mais beaucoup ne qualifient pas pour ces aides" détaille Mishko M'Ba.

- Un an d'adaptation aux restrictions -

En dehors de la Fabrik, les acteurs du monde de la culture sont partagés entre inquiétude, colère et soulagement de pouvoir rester ouvert. "C'est un an d'adaptation, de réaménagement, de changements d'horaires, mais au moins nous pouvons accueillir notre public" explique Pascal Saint-Pierre, directeur du Bisik à Saint-Benoît. "C'est un sentiment particulier aujourd'hui : nous faisons salle pleine pour nos concerts, mais nos capacités d'accueil ont été réduites de moitié, et nous devons refuser du monde pour chaque événement" détaille-t-il.

"Nous avons fêté le triste anniversaire de notre dernier concert debout le 13 mars dernier, et depuis nous avons pu nous réinventer, mais il y a deux faces de la pièce : le soulagement de continuer notre activité, et les grandes pertes que nous subissons au fur et à mesure des décisions préfectorales. C'est très difficile d'avoir des perspectives d'avenir dans ce contexte" confie Pascal Saint-Pierre.

 "Je comprends la mobilisation de la Fabrik, c'est normal que les acteurs de la culture se mobilisent pour échanger et s'exprimer sur la situation. Trouver des solutions paraît cependant compliqué quand nous n'avons aucune visibilité" continue-t-il.

"Les artistes sont en colère, et c'est normal, je le suis aussi" lance Nathalie Soler, directrice du Kabardock au Port. "Ils ne sont plus missionnés, ils ont besoin d'un lieu pour se retrouver et tenter de trouver des solutions pour travaille" continue-t-elle.

Depuis le déconfinement, la salle du Kabardock a dû effectuer plusieurs changements pour accueillir du public. "Nous avons fait installer des gradins dans la grande salle, qui était normalement une salle de concert debout" explique Nathalie Soler. Les horaires ne cessent de s'adapter aux différents couvre-feux.
"Il faut qu'on s'adapte, car les artistes ont besoin de vivre : s'adapter, c'est le permettre de vivre" confie-t-elle. Partagée entre la tristesse et la colère, la directrice du Kabardock n'accepte pas que la culture soit considérée comme "non-essentielle". "Qu'est-ce que c'est d'être essentiel ? Il n'y a pas que manger et dormir qui sont essentiels, la culture l'est aussi, elle nous entoure tous les jours, durant toute notre vie" argumente-t-elle.

"Je comprends les décisions du gouvernement, mais elles ne sont pas justes. Vous imaginez à quel point ça peut être difficile d'entendre depuis un an que nous ne sommes pas essentiels ?" s'indigne-t-elle.

"Je ne me permettrai pas de juger les décisions du gouvernement, mais je pense qu'il bénéficierait de s'inspirer de La Réunion" confie Pascal Montrouge, directeur général des théâtres départementaux : Téat Champ Fleuri - Téat Plein air. "On a prouvé qu'aucun cluster n'avait été créé lors d'événements culturels grâce aux protocoles sanitaires, le gouvernement pourrait peut-être s'en inspirer pour la Métropole" propose-t-il.

Un point de vue que partage Nathalie Soler. "Nous sommes tous consciencieux, car nous voulons rester ouverts. Et ça marche ! Nous avons un meilleur protocole sanitaire que d'autres, on a parfois l'impression que le bon sens s'est perdu : on peut faire la queue pendant des heures dans des hypermarchés, mais pas pour s'acheter un verre au bar de la salle de concert" s'étonne-t-elle.

Les acteurs de la culture restent cependant reconnaissants envers les autorités réunionnaises. "C'est grâce à la direction des affaires culturelles que nous pouvons rester ouverts depuis si longtemps, nous avons un vrai dialogue avec les autorités" confie Nathalie Soler.

Un soutien qui n'est toutefois pas suffisant pour la survie des artistes, notamment pour cette année 2021, que beaucoup espéraient débarrassée du Covid-19. "On est tous sur le même bateau, la culture est essentielle" termine Mishko M'Ba.

La mobilisation continue en tout cas à la Fabrik. Un événement est d'ailleurs prévu ce samedi à midi

as/vs/www.ipreunion.com / [email protected]

   

4 Commentaire(s)

Strop, Posté
Heureusement que dans l'article se cache un peu de gratitude pour la gestion gouvernementale française. A ceux qui sont en désaccord, dans quel autre pays avez-vous une meilleure aide? J'aimerai bien le savoir.
Mékoué, Posté
Avec ce discours d'accompagnement larmoyant concernant les directives officielles, directives reposant que sur du probable, comme d'ailleurs cela se passe à chaque instant et en toute situation de la vie, ( ne plus prendre sa voiture par peur de l'accident...??), pas étonnant que les gouvernants en rajoutent une couche... On peut mourir du COVID, comme du cancer..., d'un accident, ou tranquillement assis dans un fauteuil, comme cela vient de se passer pour notre regretté Loulou Pev.,excellent musicien des années 60. Sans véritable prise en main de la situation, c a d en ne cautionnant plus ses mesures fantaisistes et discriminatoires, eh ben on aura encore à dire longtemps : "siouplé messié,dam' excus' mon pardon, mé fé in p'ti manir"
Le parrain, Posté
En même temps si c po entendre le tapage nocturne orchestré par le gros parrain de saint pierre. Laisse tomber c un cauchemar
Missouk, Posté
Pour ce gouvernement, la culture n'est pas essentielle, et c'est une volonté politique (dans d'autres pays, théâtres et salles de spectacles sont ouverts, avec des règles strictes). En tuant la culture, on tue aussi la liberté de penser, de s'étonner, de juger, de critiquer. Le couvre-feu et le confinement tuent eux les relations sociales. L'épisode gilets jaunes a parfaitement été compris par ce gouvernement cynique, ils vont tout faire pour éviter que la solidarité et les luttes sociales puissent à nouveau de développer. Quoi de mieux que museler les relations sociales et la culture ?