Tribune libre de Jean-Pierre Marchau :

Importation de biommasse, une clarification est nécessaire


Publié / Actualisé
Le 25 novembre 2020, en assemblée plénière, la majorité régionale a approuvé une Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE) qui prévoit de remplacer l'importation de fioul et de charbon par l'importation de biomasse.
Le 25 novembre 2020, en assemblée plénière, la majorité régionale a approuvé une Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE) qui prévoit de remplacer l'importation de fioul et de charbon par l'importation de biomasse.

L’entreprise privée Albioma veut en effet convertir ses deux centrales à charbon de Bois Rouge et du Gol en centrales à biomasse solide, en l’occurrence des résidus du bois importés des États Unis. Présentée comme un projet vertueux, sans émissions de CO2, cette PPE est censée permettre à La Réunion d’atteindre l’objectif d’autonomie
énergétique. Ce jour-là, l’opposition régionale, à une seule exception près, n’a rien trouvé à redire et s’est contentée de s’abstenir sans débattre du fond du problème.

Or, pour approvisionner les centrales d’Albioma, il va falloir déforester, aux États-Unis ou en Afrique, puis transporter le bois par route et par mer avec un important bilan carbone que les porteurs du projet préfèrent minimiser. Le plus gros producteur mondial de biomasse, l’américain Enviva, partenaire d’Albioma, est d’ailleurs au coeur d’une intense polémique pour son activité de déforestation aux États-Unis.

Mais il y a pire, car contrairement à ce qu’affirment les Industriels de la biomasse, la combustion du bois n’est pas neutre. Plus de 500 scientifiques ont alerté la Commission Européenne sur les risques associés à la combustion de la biomasse forestière affirmant que la production d'électricité́à partir de la biomasse solide émet plus de CO2 que l production à partir du charbon.

Depuis des semaines, plusieurs ONG environnementales internationales sont vent debout contre le projet réunionnais et demandent aux investisseurs publics et privés de le suspendre en l’absence d’étude d’impact environnemental. Le projet réunionnais est un projet qui va à contre-sens des objectifs climatiques mais qui va aussi à contre-courant de l’objectif d’autonomie énergétique, il reste dans une logique de dépendance à l’importation, La Réunion ne sera pas autonome en 2030. Ce que vient de confirmer ces jours-ci un avis de l’Autorité Environnementale très critique sur cette PPE.

Les deux partis qui constituent l’actuelle opposition régionale, présentent chacun une liste à l’élection de juin. Leur surprenante abstention le 25 novembre dernier lors de ce vote crucial pour l’avenir énergétique de La Réunion, interpelle légitimement les électeurs : comment se positionnent-ils sur ce projet d’importation massive de biomasse qu’ils n’ont pas rejeté il y a quelques mois ?

La position des écologistes est claire, la souveraineté énergétique suppose que la Région Réunion se dote d’outils locaux de production reposant sur les énergies renouvelables locales créatrices d’emplois locaux : énergie thermique marine, énergie houlomotrice, amélioration de la production hydraulique, stations de transfert d'énergie par pompage, géothermie, photovoltaïque, etc.

Cette PPE qui a fait l’objet d’une sorte de consensus entre la majorité et l’opposition régionales aurait surtout comme conséquence de créer des emplois chez les bûcherons américains, or, pour nous écologistes, c’est ici à La Réunion qu’il faut créer des emplois locaux et durables au sein d’une filière énergétique réunionnaise.

Une clarification de tous les candidats est aujourd’hui nécessaire.

Jean-Pierre Marchau
Pour la liste Naturellement écologistes
 

   

1 Commentaire(s)

Mékoué, Posté
Y a la possibilité pour disposer d'une bonne partie d'indépendance énergétique, de développer et utiliser dans ce département par : la géothermie (volcan, océan), le photovoltaïque; l'éolien, la marée motrice (éventuellement positionné sous la NRL endroit propice aux fortes vagues) et la biomasse produite localement en supplément occasionnel pour compenser tout manque, ( ne déverse-t-on pas quotidiennement dans les décharges publiques des tonnes de déchets verts' ). Face à ces possibilités, on préfère de nouveau privilégier et mettre l'accent sur la dépendance énergétique venant de l'extérieur, tout en oubliant de surcroit les pénuries de 39/45, liées pour l'essentiel à cette même dépendance. Avec des bourses d'études savamment ciblées et orientées, dans le cadre de perspective sensée, il y a ici forcément moyen de s'en sortir mieux...