Dans les mines de saphirs d'Ambobdromifehy (Madagascar) :

À la recherche du "bleu royal"


Publié / Actualisé
Ambobdromifehy, littéralement le village "au-dessus des roseaux entrelacés" en plein pays Ankarana, à quelques dizaines de kilomètres de Diégo Suarez (Antsirana) à l'extrême Nord de Madagascar. Comme les villages du Far West, Ambobdromifehy a poussé en quelques semaines. En 1997. Lorsque la fièvre du saphir s'est abattue sur la région.
Ambobdromifehy, littéralement le village "au-dessus des roseaux entrelacés" en plein pays Ankarana, à quelques dizaines de kilomètres de Diégo Suarez (Antsirana) à l'extrême Nord de Madagascar. Comme les villages du Far West, Ambobdromifehy a poussé en quelques semaines. En 1997. Lorsque la fièvre du saphir s'est abattue sur la région.

Ce qui n'était même pas un hameau, une cinquantaine d'habitants à peine y vivaient, a démesurément enflé. Un millier de personnes, puis deux puis quinze mille - vingt mille disent certains -, sont venues s'y installer. La plupart seulement riches d'un immense espoir et de quelques billets. Vite dépensés chez les épiciers - bazardiers "les seuls qui s'enrichissent vraiment. Ils vendent de tout, des bougies au riz en passant par les piles et les pelles" commente Stéphane, un Français "collecteur de saphirs et revendeur", selon sa propre définition.

Finalement personne, ni les mineurs venus tenter leur chance avec femmes et enfants, ni les grosses sociétés occidentales venues creuser avec des engins de travaux publics, n'a vraiment fait fortune. Nul n'a trouvé de gros gisements de "bleu royal", la couleur transparente la plus recherchée sur le marché de la joaillerie. Car au fond des mines il y a certes des saphirs, de toutes les tailles et de toutes les couleurs, mais leur qualité et donc leur valeur marchande est loin d'être rentable.

Trous béants

Alors, les sociétés occidentales sont reparties. Les mineurs locaux sont restés. Ils continuent à creuser. Toujours avec le même espoir chevillé au corps. Les hommes - les femmes et les enfants ne descendent pas dans les mines -, creusent sans relâche d'avril à décembre, seule la saison des pluies arrêtant leur titanesque travail de fourmi. "Je suis sûr qu'il y a de gros "bleu royal" ici. Un jour j'en trouverai un" affirme Relaza, 24 ans. Il est originaire d'Andranonnakoho, un village situé à quelques kilomètres d'Ambobdromifehy, en surplomb de la rivière Besaboba. La mine où il travaille est située à une demi-heure de marche.

Dire que son travail et celui de ses compagnons est harassant est un euphémisme. Mais personne ne se plaint. Seules les callosités et les blessures de leurs mains, de leurs pieds disent la dureté de leur tâche.

À coups de pioches et de pelles, les mines sont percées à la verticale sur une profondeur d'environ 10 mètres. Les trous ne sont pas étayés, même si de fragiles bouts de bois sont parfois disposés à l'entrée de la galerie.

Morts étouffés

À partir de la bouche principale, des galeries sont creusées à l'horizontale et descendent en forte pente. Ces boyaux secondaires peuvent ainsi atteindre 80 ou 100 mètres de profondeur. Les mineurs y évoluent souvent à 4 pattes à la lumière tremblotante d'une mauvaise bougie. Agacée par ces intrusions la terre se venge parfois asphyxiant ou engloutissant les "intrus". Relaza et ses compagnons mineurs savent tout cela. Ils préfèrent ne pas y penser. Ils sont tout à leur travail. Ils extraient des masses énormes de terre. De lourds sacs passent du fond des mine à la surface.

À dos d'hommes, ces sacs sont transportés jusqu'à la Besaboba, à 500 mètres ou à 5 kilomètres de là selon l'emplacement des trous. Accroupis dans une eau boueuse et infestée de parasites, les femmes et les enfants des mineurs tamisent la terre. Encore et encore jusqu'à trouver les fameux saphirs. Le plus souvent de la poussière de saphirs. Les pierres sont minuscules, si petites que pour les stocker en sécurité, les femmes les mettent dans leur bouche. Elles sont souvent sans grande valeur marchande.

Des collecteurs, des Malgaches en général, viennent acheter les pierres au bord de l'eau. Ils les payent moins cher que les collecteurs d'Ambobdromifehy "mais cela évite aux hommes de descendre jusque là-bas" explique Stéphane. Il ajoute que ces petits collecteurs ne travaillent pas pour leur compte mais pour celui de collecteurs plus importants. Thaïlandais en particulier. Ils ont toujours été présents à Ambobdromifehy.

25 fois le prix d'achat

Normal Bangkok est la plateforme mondiale pour le négoce des pierres de couleurs et elle a le quasi monopole pour l'achat des saphirs à chauffer (opération consistant à chauffer jusqu'à la transparence les pierres opaques - ndlr)" remarque Stéphane. Selon la qualité des saphirs, le mineur reçoit des collecteurs quelques dizaines ou centaines de milliers de francs malgaches (FMG), parfois 100 000 FMG (8 euros), encore moins souvent 500 000 FMG (40 euros), exceptionnellement un million de FMG (80 euros) ou plus. Une fortune colossale dans ce pays où 100 000 FMG sont déjà considérés comme une somme rondelette.

D'intermédiaires en intermédiaires, les pierres vont considérablement augmenter. "Une petite bague avec un saphir chauffé se vend facilement 300 ou 350 euros à Paris. La pierre aura été payée entre 10 et 30 euros" affirme Stéphane,

Les mineurs ne le savent pas vraiment ou ils s'en fichent. Qu'importe si un bijoutier parisien s'enrichit grâce à eux. Seul compte leur espoir de trouver la pierre miraculeuse.

   

2 Commentaire(s)

Enne, Posté
Pauvres malgaches ! Ils sont volés en permanence
Geogenie, Posté
Sans parler de l'intérêt du reportage, qui est sans doute difficile à couvrir, le photographe a fait quelques superbes photos qui illustrent très bien le sujet. Il fallait le dire