Partenariat entre le pôle espoirs et les centres spécialisés de l'ASFA :

Handicap : le judo fait tomber aussi les barrières


Publié / Actualisé
Chaque mercredi, le dojo dionysien de Champ-Fleuri accueille des séances de judo destinées aux jeunes porteurs de handicap des différents centres gérés par l'ASFA (Association Saint-François d'Assise), qui évoluent aux côtés des futurs sportifs de haut niveau du pôle espoirs de La Réunion. Un moment de sport et de partage où le handicap s'efface derrière le kimono.
Chaque mercredi, le dojo dionysien de Champ-Fleuri accueille des séances de judo destinées aux jeunes porteurs de handicap des différents centres gérés par l'ASFA (Association Saint-François d'Assise), qui évoluent aux côtés des futurs sportifs de haut niveau du pôle espoirs de La Réunion. Un moment de sport et de partage où le handicap s'efface derrière le kimono.

Sur le tatami, on ne fait pas tout de suite la différence. Sous la houlette de Thierry Grimaud, entraîneur du pôle espoirs, la séance se déroule comme toute séance d’entraînement. Le professeur montre un exercice, donne ses consignes, avant que les judokas en herbe ne tentent de reproduire les mouvements.

Mais l’application est un peu plus turbulente que lors d’une séance "classique". Et en y regardant de plus près, on remarque que certains jeunes jouent également un rôle d’encadrant auprès de leurs camarades. Ce sont les élèves du pôle espoirs qui assistent, conseillent, rigolent avec les jeunes de l’institut médico-éducatif (IME) de La Montagne, du centre d’éducation motrice (CEM) de Sainte-Suzanne ou encore du service d’éducation spécialisée et de soins à domicile (SESSAD).

Chaque mercredi, une quinzaine d’enfants déficients issus de ces centres gérés par l’ASFA participent ainsi à ces entraînements d’une heure aux côtés de sportifs valides. Un moment précieux pour ces jeunes porteurs de handicap, physique ou mental, qui profitent un maximum de ces séances de judo pas tout à fait comme les autres.

"Former les citoyens de demain"

"Les déficients intellectuels n’ont pas de problèmes moteurs, mais ils ont des problèmes dans la compréhension des consignes et du vivre avec l’autre. Pour la déficience motrice, c’est très variable : soit ce sont des enfants en fauteuil, soit ils ont des difficultés à marcher, soit ils peuvent très peu se déplacer au sol", détaille Julien Jaubert, éducateur sportif spécialisé au CEM de Sainte-Suzanne. "Le tout c’est de coupler toutes ces populations et d’arriver à faire une séance de judo qui soit plus ou moins homogène, en traitant la particularité de chacun", souligne-t-il.

Le rôle des jeunes du pôle espoirs est en ce sens primordial. "Le gros avantage, c’est qu’ils ont quasiment le même âge que nos jeunes et ils ont la connaissance du judo. Donc ils épaulent Thierry dans la séance et sans eux ce serait délicat", confie l’éducateur.

Pour les futurs sportifs de haut niveau, ces séances entrent dans le cadre de leur apprentissage. "À côté de leur entraînement, ils doivent aussi se former pour être de futurs éducateurs, dirigeants d’associations. Ils suivent des cours pédagogiques et cette action est venue en support de leur formation", explique Thierry Grimaud. "On veut former des champions de judo, mais aussi les citoyens de demain", insiste-t-il.

Des judokas à part entière

Porteur de valeurs d’entraide et de respect, le judo était la discipline tout indiquée pour rapprocher ces deux univers, dans ce partenariat existant depuis cinq ans maintenant et initié par le club du Dojo Huang JCA. Un club dont les enfants venus des centres spécialisés sont désormais membres à part entière. "Ils font vraiment partie du club, ils ne sont pas dans une section handisport ou sport adapté, ou avec leur prof de sport de l’institut. Ils sont vraiment inclus, ils sont licenciés du club et participent aux manifestations et aux rassemblements", confirme Sophie Ibert, éducatrice sportive spécialisée à l’IME de La Montagne.

Comme tout judoka, ils apprennent les prises debout et au sol, prennent soin à ce que leur kimono soit toujours bien en place. Et comme tout judoka, ils ont droit chaque année à une évaluation pour passer leur ceinture. Certes, les mouvements sont parfois plus désordonnés et la concentration plus aléatoire. Mais l’énergie déployée et les sourires affichés ne trompent pas.

"Au niveau judo, il y a pas mal d’exercices de motricité, ça leur permet d’évoluer dans leur déficience et aussi au niveau du comportement entre eux, car ils n’ont pas trop l’habitude de se côtoyer, de se toucher physiquement et d’évoluer dans un groupe. Là ils sont moins individualistes, car il y a un vrai groupe qui se forme", reprend Thierry Grimaud.

"On ne se rend plus compte de leur déficience"

Un groupe hétéroclite composé de déficients intellectuels, de déficients moteurs et de jeunes valides, mais où tout le monde se retrouve (presque) à égalité sur le tatami. "Pour les jeunes du pôle, ça change leur regard sur le monde du handicap, et pour nos jeunes, c’est très important car ils ont d’autres jeunes qui sont là pour les épauler, pour discuter avec eux, qui ont leur âge. Il y a une connivence et une amitié qui se créent. Ça a vraiment apporté à tout le monde", apprécie Julien Jaubert.

Le temps d’une heure par semaine, les jeunes dont il s’occupe ne sont plus ces enfants en fauteuil, agités, différents, que la société a parfois du mal à regarder en face. Le temps d’une heure par semaine, ils sont simplement des judokas. Car comme le confie l’éducateur, assistant à la séance au bord des tapis, "quand on les regarde comme ça, on ne se rend plus compte de leur déficience..."

Guilhem George pour www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Citoyen du monde, Posté
Sujet intéressant
Bravo cette coopération du Pôle Espoir de Judo dont l'entraîneur est un gars formidable