À la recherche de ses racines en Chine :

La quête récompensée de Charline


Publié / Actualisé
En 1977, la Réunionnaise Charline Allane s'est lancée à la recherche de ses racines chinoises. Le 18 juin 2005, elle a fini par retrouver la tombe de son arrière-grand-père, dans un petit village du Sud-Est de la Chine.
En 1977, la Réunionnaise Charline Allane s'est lancée à la recherche de ses racines chinoises. Le 18 juin 2005, elle a fini par retrouver la tombe de son arrière-grand-père, dans un petit village du Sud-Est de la Chine.
Sur les joues de Charline Allane, l'eau de pluie se même aux larmes. Ce samedi 18 juin, devant la tombe de son arrière-grand-père, les nerfs de la Réunionnaise lâchent. Près de trente ans de quête, d'inquiétudes et d'espoirs, de découragements et de sursauts, s'arrêtent ici, dans un petit village appartenant à la vaste ville de Meizhou (5 millions d'habitants, également appelée Meixian). Enfin.
La trace de cet ancêtre, Charline la cherche depuis le 30 novembre 1977, date de la mort de son père, à La Réunion. "Pour moi, ce fut le déclic. Papa nous avait toujours raconté comment était la maison familiale de Meixian. Il me fallait la retrouver et, si possible, renouer contact avec la famille restée en Chine", raconte-t-elle.

Fuir la guerre et la misère

L'histoire de Charline Cheung-Chun-Wah (Allane étant son nom d'épouse) est emblématique de celle des quelque 25 000 Réunionnais qui, aujourd'hui, sont descendants de Chinois. Elle n'a jamais pu déterminer avec exactitude la date d'arrivée de son grand-père à la Réunion. C'était dans les années 20 ou 30. Comme des milliers d'autres Chinois, il fuyait la misère de cette région rurale de la province du Guangdong, aggravée par la guerre que se livraient Chine et Japon. Nombre d'entre eux se sont installés dans l'océan Indien, dans l'intention de retourner au pays par la suite. Mais l'histoire en a décidé autrement : ils ont fondé une famille sur leur terre d'adoption et ne l'ont plus quittée. La majorité de la communauté chinoise de La Réunion est issue de "Namshun" (originaires de la région de Canton) ou de "Hakkas" (originaires de Meizhou).
Le sang "hakka" coule donc dans les veines de Charline, qui se souvient parfaitement de ce que lui racontait son père. "C'est une histoire assez incroyable : à l'âge de 15 ans, papa a quitté Meixian pour aller à la recherche de mon grand-père, qu'il savait quelque part dans les Mascareignes. Il a fini par le trouver au bout de cinq ans, dans l'endroit le plus reculé de La Réunion, Cilaos". Impossible de le convaincre de retourner au pays. Le grand-père de Charline finira sa vie à La Réunion.

Pas de réponse positive

Munie des photos de son père de son grand-père, Charline a tout tenté pour remonter à la source. Ne pouvant effectuer elle-même le voyage, elle a missionné, plus d'une fois, des amis réunionnais en partance pour Meixian. Mais aucune nouvelle positive ne lui est jamais parvenue.
Ce 18 juin, enfin, elle foule en personne la terre chinoise. À ses côtés, Maxime Chane-Woon-Ming, cardiologue à Saint-Paul. Vieil ami de Charline, il lui sert de guide car il connaît bien cette terre des Hakkas : sa maison familiale se trouve à quelques kilomètres de là, à Baigong. Il doit y retrouver, dans l'après-midi, des cousins. Dans cette bâtisse, une pièce lui est réservée, celle qu'occupait sa grand-mère. Comme tant d'autres Réunionnais, il songe à la réaménager, pour garder le lien entre La Réunion et la Chine originelle. Dans quelques heures, Maxime se recueillera devant l'autel dédié à ses ancêtres puis dégustera le repas traditionnel.

Pour l'éternité

Mais pour l'instant, l'accueil est froid, devant la maison qui se dresse devant Charline. Peut-être est-ce l'ancienne demeure familiale des Cheung-Chun-Wah. Pourtant, les occupants assurent que personne, ici, n'est de sa famille. Et ils craignent que la Réunionnaise ne soit seulement venue mettre la main sur la propriété. "Je ne suis pas là pour réclamer quoi que ce soit", sanglote Charline, qui perd espoir. En fin de matinée, elle demande à ramasser un peu de terre du jardin, en souvenir.
Ne pouvant se résoudre à abandonner sa quête, Charline retourne sur les lieux dans l'après-midi et découvre que l'ambiance a radicalement changé. La méfiance s'est dissipée et la maîtresse de maison conduit Charline sur un petit chemin, derrière la bâtisse, jusqu'à une tombe traditionnelle hakka. À cet endroit reposent les Cheung-Chun-Wah pour l'éternité. Et Charline s'abandonne au soulagement.
   

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