Pékin :

Le sport est dans la rue


Publié / Actualisé
Ouvrir à Pékin une salle de fitness et de musculation avec piscine chauffée dans l'espoir de faire fortune, serait un bien mauvais calcul économique. Ici le sport, du très traditionnel taï chi au très moderne aérobic en passant par la musculation, se pratique gratuitement. On entretien son rythme cardio vasculaire dans les parcs et jardins publics, on se muscle au long des rues et l'on nage dans les lacs artificiels de la ville
Ouvrir à Pékin une salle de fitness et de musculation avec piscine chauffée dans l'espoir de faire fortune, serait un bien mauvais calcul économique. Ici le sport, du très traditionnel taï chi au très moderne aérobic en passant par la musculation, se pratique gratuitement. On entretien son rythme cardio vasculaire dans les parcs et jardins publics, on se muscle au long des rues et l'on nage dans les lacs artificiels de la ville
En mocassins, pantalon de toile épaisse et veste de laine, Monsieur Zhou fait travailler ses biceps sur un appareil de musculation jaune vif. C'est le milieu de l'après-midi et il vient d'entamer son parcours de "muscu". Il n'habite pas loin. Pour s'entraîner il a juste quelques centaines de mètres à parcourir, ce qui lui sert d'échauffement, et à s'installer sur l'un des appareils solidement fixés sur le trottoir. Dans cette rue des vieux quartiers de Pékin, un parcours de musculation a été implanté sur la voie publique. Il y a des steppers pour les cuisses et les fessiers, des barres à poulies pour les biceps, des tourniquets pour les hanches, des bancs pour les abdominaux et même des rouleaux pour se masser le dos. L'accès à ces appareils, soigneusement entretenus, est gratuit; Il existe des dizaines de parcours similaires dans la capitale chinoise (qui accueillera les Jeux Olympiques en 2008).

Bon pour la santé

Pour le plus grand bonheur de Monsieur Zhou, 55 ans, car dit-il "le sport est bon pour la santé. Je viens ici tous les jours depuis un an et je suis en pleine forme. Avant cela j'étais toujours malade". Il parle tout en continuant à s'entraîner. Pas du tout essoufflé. Un couple d'une quarantaine d'année le rejoint sur le parcours de musculation. Il salue Monsieur Zhou qui commente: "on se voit souvent. On est devenus amis". De l'autre côté de la rue sur la berge du lac Shisha de dimension très respectable trois hommes sont en train d'ôter leurs vêtements et se retrouvent rapidement en maillot de bain. L'air est vif, le mercure atteint péniblement les 20 degrés, mais cela ne refroidit visiblement pas les nageurs. "On nage en plein hiver alors qu'il fait - 11 degrés à l'extérieur et que l'eau est à - 2 degrés. Aujourd'hui c'est plutôt une belle journée. Il fait bon. Regardez, il y a du soleil" sourit Monsieur Zhang, 65 ans. Il dit nager tous les jours depuis 7 ans. Son ami Monsieur Wang confirme et souligne "nous allons à l'eau même lorsqu'elle commence à geler. C'est pour cela que nous sommes en forme. C'est lorsque l'on ne nage pas que l'on tombe malade". Son père et son grand père étaient eux aussi des adeptes de la pratique de la natation quelle que soit la saison. "Les Chinois se sont toujours soignés grâce aux plantes et au sport" souligne-t-il.

Marche lunaire

En attendant le retour sur la berge d'un troisième nageur, les deux hommes font quelques mouvements d'assouplissement. L'air est toujours aussi vif et ils ont toujours l'air de ne pas en souffrir. Aucune chair de poule intempestive ne vient chatouiller leur peau. Le troisième nageur est de retour. Monsieur Zhang descend dans le lac par l'échelle spécialement aménagée pour ces nageurs téméraires. C'est à peine s'il prend le temps de "tâter" l'eau. Il plonge immédiatement vers un aller-retour, en brasses énergiques, d'une berge à l'autre.
En face, Monsieur Zhou a quasiment fini son parcours de musculation. Ils sont maintenant plusieurs à s'entraîner sur les différents appareils. Monsieur Zhou procède en souplesse à quelques exercices d'étirement. "Le sport fait vivre l'âme, mais aujourd'hui les jeunes veulent de moins en moins en faire. Ils disent qu'ils n'ont pas le temps" déplore-t-il. "Pourtant il devrait en faire, cela permet de rester jeune beaucoup plus longtemps" remarque-t-il en esquissant le fameux pas "lunaire" (marche à l'envers) rendu célèbre par les chorégraphies de Mickael Jackson.

Dans les jardins

Mais Monsieur Zhou est peut-être un peu trop sévère. C'est par centaines que jeunes et moins jeunes suivent quotidiennement les cours de fitness, d'aérobic, de taï chi (gymnastique traditionnelle chinoise) dispensés gratuitement dans les parcs et jardins publics. Très tôt le matin, au rythme des derniers succès de la "dance music", des profs de gym donnent leurs cours et montent même des chorégraphies. Plus loin et plus au calme des maîtres de taï chi font respirer et se déplacer leurs "disciples" en harmonie avec l'espace et le temps.
Les "élèves" iront au bureau ou à l'usine directement après le cours. On vous le répète à nouveau: ouvrir une salle payante de sport à Pékin est un mauvais plan.
   

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