Océan Indien :

Madagascar : le pillage du bois de rose


Publié / Actualisé
Dominique Baillard, journaliste pour Radio France Internationale (RFI) en charge d'une émission intitulée Chronique des Matières Premières a réalisé un reportage sur le trafic malgache du bois de rose. Au début du mois d'octobre, un bateau bloqué à quai à Tamatave (Madagascar) a cristallisé les tensions autour de ce trafic. Retour sur les évenements.
Dominique Baillard, journaliste pour Radio France Internationale (RFI) en charge d'une émission intitulée Chronique des Matières Premières a réalisé un reportage sur le trafic malgache du bois de rose. Au début du mois d'octobre, un bateau bloqué à quai à Tamatave (Madagascar) a cristallisé les tensions autour de ce trafic. Retour sur les évenements.
À Madagascar, l'exportation du bois de rose est toujours une activité florissante, et cela malgré les engagements du pouvoir en place. En début de semaine, une cargaison devait quitter la Grande île, mais elle a été finalement bloquée. Mercredi (Ndlr : 7 octobre 2009) encore le bateau était arraisonné à Tamatave. Lundi (Ndlr : 5 octobre), dans des conditions rocambolesques, il avait quitté en douce le port de Vohémar, dans le nord de l'île, d'où part une bonne partie du bois de rose illégalement coupé à Madagascar. 10 000 tonnes auraient été exportées depuis le début de l'année selon des sources bien informées.

Ces chiffres sont officieux, officiellement la précédente équipe au pouvoir avait donné en janvier une dérogation exceptionnelle portant sur un volume maximal de 1 500 tonnes de bois soi-disant " cycloné ", c'est-à-dire d'arbres abattus par la tempête. Ce commerce illégal, dévastateur pour l'environnement devait ensuite enfin prendre fin mais avec le flottement provoqué par l'instabilité politique, une douzaine d'exportateurs sont passés à la vitesse supérieure. Sortir 20 tonnes de bois de rose de la forêt pour le charger dans un conteneur au port coûte 50 000 dollars. Le ticket de sortie qui permet d'exporter, c'est-à-dire le bakchich, a été négocié à 30 000 dollars d'une source proche du milieu du négoce.

Les principaux clients, les Chinois de Hong Kong, sont prêts à payer in fine 220 000 dollars le conteneur.
Comme les précédents, le gouvernement aujourd'hui sur le départ a tenté de mettre un terme à cette hémorragie. Dernière décision en date : une nouvelle dérogation exceptionnelle pour 335 conteneurs.

Moyennant le paiement d'un impôt extraordinaire de 72 millions d'ariarys, soit 35 000 dollars par boite. Pour les finances publiques exsangues, cette manne est la bienvenue. Ayant déjà acquitté de copieux pots-de-vins, des exportateurs ont cru s'affranchir de cet impôt. D'où le voyage rocambolesque du bateau affrété par CMA CGM et aujourd'hui arraisonné à Tamatave.

91 conteneurs de bois de rose ont été débarqués, une douzaine n'avait même pas été déclarée aux autorités portuaires. La course contre le montre pour ramener le bateau vers les côtes malgaches à coup d'ordre et de contre ordre des autorités locales aura duré trois jours. C'est maintenant au nouveau Premier ministre nommé cette semaine de gérer ce dossier et de mettre si possible un terme à un pillage bien rodé.

Reportage de Dominique Baillard, publié le 9 octobre 2009 pour RFI

http://www.rfi.fr/radiofr/editions/118/edition_157656.asp

   

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