Viol conjugal :

Quand le prince charmant se transforme en monstre


Publié / Actualisé
Pour la première fois en France, une campagne de lutte contre le viol conjugal est lancée par le CFCV (collectif féministe contre le viol). L'objectif est clair : faire comprendre à tous, victimes et bourreaux, qu'il s'agit bien d'un crime, aider les femmes à sortir de leur silence et de leur calvaire, et dire stop au parallèle entre viol conjugal et devoir conjugal.
Pour la première fois en France, une campagne de lutte contre le viol conjugal est lancée par le CFCV (collectif féministe contre le viol). L'objectif est clair : faire comprendre à tous, victimes et bourreaux, qu'il s'agit bien d'un crime, aider les femmes à sortir de leur silence et de leur calvaire, et dire stop au parallèle entre viol conjugal et devoir conjugal.
Derrière le terme barbare de viol conjugal se cache une réalité bien présente, où un homme impose à sa partenaire des rapports sexuels. Depuis 1992 cet acte est qualifié de crime par la loi. À ce titre, l'auteur des faits est passible d'un procès en cour d'assises. "Et depuis 2006, le viol d'une femme par son conjoint est plus sévèrement puni que celui commis par une personne inconnue. Le coupable encourt jusqu'à vingt années de réclusion, contre quinze pour un violeur X. Le fait qu'il existe une relation affective entre les deux individus vient aggraver la faute", signale Geneviève Payet, présidente de l'Ariv (antenne réunionnaise de l'institut de victimologie).

Pour les victimes, c'est un sujet extrêmement sensible et difficile à évoquer. "Ce n'est vraiment pas évident pour une femme de se confier, en raison de la proximité et de l'intimité qu'elle entretient avec son agresseur", explique Thérèse Baillif, présidente du Cevif (Collectif pour l'élimination des violences intrafamiliales). "L'une des victimes que j'ai reçues récemment ne comprenait pas comment l'homme qu'elle a aimé, le père de ses enfants, était capable de faire une telle chose. Dans son discours, il y avait des sentiments de colère, d'incompréhension, mais aussi de trahison et d'humiliation", avoue Geneviève Payet.

Les femmes qui osent parler de viol conjugal aux associations ne sont pas nombreuses. "Généralement, elles se sentent honteuses. Les rares femmes qui parlent ne représentent que la partie immergée de l'iceberg. En réalité, il doit certainement y avoir plus de victimes, mais comme le sujet est tabou, peu de témoignages nous parviennent", estime la présidente du Cevif. Sandra Gence, vice-présidente du comité local de l'association Ni putes, ni soumises confirme : "on reçoit quelques femmes qui viennent parler de violences conjugales, mais le viol conjugal, lui, est très rarement abordé. Pourtant, on se doute bien que dans un couple, s'il y a coups et blessures à l'encontre de la femme, rien n'exclut que l'homme contraigne sa compagne à des relations sexuelles forcées".

En revanche, le viol conjugal n'implique pas forcément la violence physique, comme l'explique Geneviève Payet : "Face à l'absence de désir sexuel chez sa partenaire habituelle, l'homme peut user de nombreuses stratégies pour la convaincre, allant du jeu amoureux au "forçage". Cela ne se traduit pas toujours par un acte violent, imprévisible. Parfois, la femme laisse faire son agresseur juste pour avoir la paix, parce qu'elle subit de fortes pressions mentales et la dimension abusive n'est pas toujours consciemment perçue par les victimes". La présidente de l'Ariv ajoute "elles peuvent subir des violences physiques, mais elles sont surtout marquées par des chocs psychologiques".

Les conséquences peuvent être très dures pour les femmes. Thérèse Baillif raconte : "l'une des victimes dont je me suis occupée s'est comparée à un bout de bois mort, elle disait ne plus rien ressentir. En général, elles sont perdues, elles se remettent en question, et surtout elles ignorent si elles doivent dénoncer ou non leur compagnon". Selon Sandra Gence, "c'est difficile pour une femme de considérer l'homme avec lequel elle a certainement partagé de bons moments dans le passé, comme un agresseur, un violeur. Et malheureusement, beaucoup font encore la confusion entre viol conjugal et devoir conjugal".

Pourtant, cette notion de devoir conjugal a été abolie de la législation française depuis 1990. Si on l'utilise encore dans le langage courant et religieux, elle ne signifie en aucun cas que l'on peut disposer du corps de l'autre. Selon le père François Glénac, curé de Sainte-Marie, "l'Eglise considère le devoir conjugal comme une assistance, un soutien, un compréhension et une écoute de l'autre. C'est un devoir qui s'exerce dans le respect de l'autre, physiquement et moralement". Il ajoute, indigné : "on en parle peu, mais le viol conjugal est condamnable, il n'a rien à voir avec le devoir conjugal, l'homme ne doit pas considérer la femme comme un objet de plaisir". Houssen Amode, président du conseil régional du culte musulman, indique pour sa part que "dans un couple, il y a des obligations, mais on ne doit jamais faire usage de la force ou de la violence". Thérèse Baillif abonde en ce sens : "c'est le respect mutuel qui prime dans le couple. L'acte sexuel doit être voulu par les deux personnes, il ne peut pas et ne doit pas être imposé. Ce n'est pas parce qu'on est dans une relation à deux qu'on dispose du corps de son partenaire".

Depuis le mardi 14 juin 2011, un spot pour lutter contre les viols conjugaux est diffusé à la télévision et sur Internet. Pour Thérèse Baillif, "cette campagne n'est qu'un commencement, car le chemin pour faire comprendre à ces femmes qu'elles sont des victimes est encore long". Elle espère tout de même que "communiquer sur le sujet va aider à faire avancer les mentalités, et servir à informer les générations futures sur un sujet grave. Car, au sein d'un couple, forcer l'autre à des relations sexuelles n'est absolument pas normal". Et le bonheur du foyer peut rapidement se transformer en enfer sur terre.

Samia Omarjee pour
   

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