Retour des fonctionnaires ultramarins dans leurs départements d'origine :

Des policiers réunionnais : "nous vivons en exil"


Publié / Actualisé
Les fonctionnaires ultramarins travaillant en métropole en ont ras le bol et ont décidé de le faire savoir. Beaucoup d'entre eux estiment en effet vivre "un exil" et aimeraient retourner s'installer dans leur région natale, mais leurs demandes de mutation sont souvent rejetées. Résultat : ils sont bien souvent condamnés à l'exil pendant une bonne dizaine d'années. Pour changer cette situation, ils ont décidé de se mobiliser, et demandent la réforme du système de mutation, qui les défavorisent. Ils envisagent par ailleurs d'organiser des rassemblements, en métropole comme à La Réunion, pour sensibiliser les élus sur leur situation.
Les fonctionnaires ultramarins travaillant en métropole en ont ras le bol et ont décidé de le faire savoir. Beaucoup d'entre eux estiment en effet vivre "un exil" et aimeraient retourner s'installer dans leur région natale, mais leurs demandes de mutation sont souvent rejetées. Résultat : ils sont bien souvent condamnés à l'exil pendant une bonne dizaine d'années. Pour changer cette situation, ils ont décidé de se mobiliser, et demandent la réforme du système de mutation, qui les défavorisent. Ils envisagent par ailleurs d'organiser des rassemblements, en métropole comme à La Réunion, pour sensibiliser les élus sur leur situation.

Idriss est gardien de la paix en région parisienne depuis neuf ans. Réunionnais d'origine, il fait partie de ces ultramarins qui espèrent, chaque année, faire leur retour dans leur région d'origine, mais dont les demandes de mutation sont sans cesse rejetées. "On est plusieurs à être installé en métropole depuis une dizaine d'années et on ne parvient pas à se faire muter à La Réunion", explique Idriss. "Le problème, c'est que le système se base sur l'ancienneté administrative au lieu de se baser sur l'ancienneté sur la demande. C'est comme ça qu'on voit des collègues métropolitains, souvent proches de la retraite, se faire muter à La Réunion, tandis que nous, on ne peut pas rentrer chez nous", poursuit-il.

"On vient en métropole en connaissance de cause", précise-t-il tout de même. "On sait qu'on part pour un certain temps. Mais on ne s'attend pas à rester là pendant dix ans, voire douze ou treize ans pour certains", continue Idriss. Il souligne que l'éloignement est souvent difficile à vivre : "On est à 10 000 km de notre île, l'ambiance est différente, les mentalités sont différentes, le climat est différent. Pour quelqu'un qui a vécu toute sa vie à La Réunion et qui n'a pas de proches en métropole, la situation n'est pas évidente".

Installé en région parisienne depuis bientôt dix ans, Idriss ajoute que, comme lui, "beaucoup de Réunionnais vivent mal leur exil". "On se sent détaché par rapport à sa famille. De nombreux événements se passent à La Réunion alors qu'on est absent. Parmi les plus heureux, on a les baptêmes, anniversaires, mariages, cérémonies religieuses...Parmi les plus malheureux, il y a les maladies et décès de personnes qui nous sont proches", souligne Idriss. "Ça fait mal de rater tout ça", confie-t-il. "Et c'est pas comme si on pouvait être chez nous en moins de trois heures, grâce au train. Non, nous, on doit prendre un billet d'avion et faire onze heures de vol avant d'atterrir à La Réunion", poursuit Idriss.

Le policier explique par ailleurs que l'éloignement génère aussi des désagréments dans la vie de couple. "Dans le cas où les compagnes sont aussi originaires de La Réunion, il arrive forcément un moment où les elles ressentent elles aussi le besoin de revenir sur l'île. Certains couples finissent par se séparer à cause de ça", indique-t-il. A cela s'ajoute d'autres problèmes. "J'ai des collègues qui enchaînent dépression sur dépression", annonce Idriss.

Lui, comme de nombreux fonctionnaires de police ultramarins, souhaite une réforme du système de mutation, et espère une réaction de la part des élus. "On nous parle sans cesse de continuité territoriale. Alors, certes, c'est bien de partir, mais quand il s'agit de revenir, y a plus personne pour nous aider", déclare Idriss, qui estime que "la mobilité devrait se faire dans les deux sens".

A La Réunion, une réunion a eu lieu ce lundi 30 juillet 2012 à Saint-Paul, en présence de la députée-maire Huguette Bello et du syndicat Unité SGP Police. Pour l'un des fonctionnaires présents à cette réunion, c'est l'occasion de "tirer la sonnette d'alarme" sur les problèmes de mutation. "C'est une petite avancée", dit-il. "On a un nouveau gouvernement, j'espère que les choses vont changer pour nous", ajoute ce policier qui aimerait rejoindre femme et enfants à La Réunion pour raison médicale. "On a parfois l'impression qu'il n'y a plus de côté humain", déplore-t-il.

Il émet par ailleurs quelques réserves sur les syndicats. "Je n'ai plus confiance en eux, ils sont censés nous défendre, mais ne font rien pour nous. On est toujours victime de discrimination", regrette ce fonctionnaire, actuellement en vacances dans l'île. "Ce qu'on leur demande, c'est de la transparence dans les recrutements", souligne-t-il.

Pour sensibiliser tout un chacun sur leur situation, les fonctionnaires ultramarins se mobilisent depuis un certain temps via la création de groupes sur les réseaux sociaux, tels que GPX 974 sur Facebook. Ils ont également décidé d'organiser des rassemblements. Le premier aura lieu dès ce week-end, le dimanche 5 août 2012, au parc de Vincennes en métropole. A La Réunion, un rassemblement du même genre devrait aussi avoir lieu un dimanche après-midi au mois d'août. Il s'agira de réunir tous les fonctionnaires rencontrant des difficultés dans leurs mutations, ainsi que leur famille, leurs amis, mais aussi les élus et les médias.
 

   

5 Commentaire(s)

Papillon974, Posté
Moi je suis réunionnaise et fonctionnaire travaillant en métropole. J'avais toujours vécue à la Réunion jusqu'au jour où j'ai été muté. J'ai choisi le métier que je fais mais j'ai passé le concours avant tout parce que je ne trouvais pas de boulot à La Réunion. Certes on a choisit d'être professeur ou policier mais c'est surtout parce que dans le privé pour beaucoup d'entre nous nous n'avions pas trouvé de travail.
Aujourd'hui mon travail me permet tout juste de vivre. En effet, avec le loyer excessif en région parisienne et il m'est difficile de prendre un billet pour rentrer voir ma famille. Aujourd'hui, combien de jeunes sont dans mon cas? Combien de jeunes ont eu des diplômes sans trouver de travail à La Réunion? Combien de jeunes ont donc été obligé de passer un concours pour avoir enfin un travail? combien de jeunes ont donc été obligé de partir, de quitter toutes leurs familles pour travailler? Combien de jeunes esperent aujourd'hui que les choses changent, que les politiques mettent en place des mesures pour enfin nous faire rentrer à La Réunion. Des jeunes qui sont partis dans un seul but pouvoir travailler et ne pas faire partie des nombreux chômeurs à la réunion. S'il n'y avait pas de poste à La Réunion je pourrais comprendre que l'on soit obligé de rester en métropole, mais quand j'entends qu'une grande partie des policiers mutés à la Réunion cette année sont non originaires, je me dis qu'il est tant que les politiques fassent leur travail pour que, ceux qui galèrent depuis des années en métropole, loin de leur famille, rentrent enfin chez eux.
Gpx, Posté
En comparaison d'un Policier originaire du sud de la France au Policier réunionnais, ce dernier doit prévoir un budget conséquent pour un déplacement à destination de son île en vue de rejoindre sa famille, ses amis, ses attaches, en vacances ! soit, en moyenne 1000 € A/R et ainsi perdre 11 heures de vol, à concurrence d'une centaine d'euros et de quelques heures de voyage, pour le métropolitain.
Le voyage est donc plus long, plus cher pour le Réunionais, et donc plus rare, que pour le métropolitain.
Il est normal de vouloir se rapprocher de sa famille, ses racines, et de se battre pour y arriver.
De plus, si on estime que beaucoup de cas d'avis favorable à la mutation sur la Réunion est attribué grace à des appuis divers, demandons-nous pourquoi arrivons-nous au piston ? le principe qui prévaut l'ancienneté administrative du demandeur est-il favorable ?
La question à se poser dans l'ypothèse où la prime de vie chère serait supprimée n'est pas de savoir si le réunionais demanderait toujours à retrouver son île, mais plutôt si le métropolitain, ayant plus d'ancienneté administrative que le réunionais, demanderait sa mutation sur l'île ?
D'un point de vu effectif, est-il toujours judicieux de proposer une majoration de salaire, retraite, sachant que celà attire beaucoup de postulants en fin de carrière (effectif vieillissant) ? En conclusion, il serait plus judicieux de revenir aux anciens critères dont l'ancienneté de la demande et non l'ancienneté adminsitrative. Là, on pourra se faire une idée du bien fondé de la demande. S'agirait-il de vouloir être muté pour retrouver ses origines, pour l'argent ou le bon fonctionnement de la Police ?
Supplice, Posté
Il ne faut surtout pas hesitez à dire qu'il est beaucoup plus facile pour un policier réunionnais muté en métropole à revenir chez lui qu'un policier de Marseille ou Perpignan muter à Paris de revenir chez dans sa ville d'origine.
Il faut également savoir que grace à l'appui de syndicats locaux de Police, beaucoup de jeunes policiers réunionnais se font pistonner pour revenir au bout de 7 à 8 ans alors que d'autres policiers réunionnais attendent depuis plus de 12 ans.
Une solution serait de supprimer la prime de vie chère ainsi que la retraite majorée que touchent les reunionnais, et on verrait beaucoup mieux s'il souhaiteraient toujours revenir au pays rapidement.
Gpx, Posté
Chacun est libre de se battre pour sa cause !
Quand on est fonctionnaire d'Etat, en locurence, Policier, le seul moyen de pouvoir travailler dans le métier, dans un autre département, c'est de poser sa candidature, lors d'ouverture de poste, qui est soumise à la décision d'une commission.
Il y a une nuance entre un travailleur du secteur privé, qui n'a qu'à postuler en direct, à tout moment, et un fonctionnaire, qui lui est soumis à des obligations administratives !
Il est plus facile pour un travailleur du secteur privé, de retourner vivre à la Réunion, que pour un Policier.
Chacun est libre de se battre pour sa cause !
Cadre du secteur privé, Posté
Et pourquoi encore un privilège de plus aux fonctionnaires?
Il n'y a pas qu'eux qui ont quitté La Réunion et qui vivent une situation d'exil avec exactement les mêmes problèmes que ceux cités dans l'article.
Nous aussi, salariés du privé, souhaiterions non pas un "privilège" de plus mais que les pouvoir publique favorisent les conditions du retour des "exilés" qui ont réussis hors du département et qui seraient prêts à faire profiter leur île de leur savoir faire acquis ailleurs dans le monde.
Cela peut se faire :
- en faisant la promotion des entreprises du secteur privé qui privilégient l'embauche "d'exilés" souhaitant revenir,
- en mettant en place un fichier "officiel" des compétences des réunionnais de l'extérieur,
- ...