Environnement :

Greenpeace et les coulisses de la pêche illicite


Publié / Actualisé
Par communiqué, de Paris, Greenpeace vient d'annoncer la prochaine escale de L'Esperanza à La Réunion, en provenance de l'Ile Maurice. Le bateau sera à quai au Port Ouest, poste 8, en face du magasin 80, à coté du club nautique, les 8 et 9 mai. Comme de bien entendu, cette croisière de Greenpeace n'est en rien vouée à la plaisance, il s'agit en fait de la campagne nationale "Océan" consacrée à la protection du thon tropical dans l'océan Indien, contre la surpêche, la pêcherie illégale, les sur-quotas de pêche, pour reprendre les termes utilisés par l'ONG écologique dans la présentation de son programme, en métropole.
Par communiqué, de Paris, Greenpeace vient d'annoncer la prochaine escale de L'Esperanza à La Réunion, en provenance de l'Ile Maurice. Le bateau sera à quai au Port Ouest, poste 8, en face du magasin 80, à coté du club nautique, les 8 et 9 mai. Comme de bien entendu, cette croisière de Greenpeace n'est en rien vouée à la plaisance, il s'agit en fait de la campagne nationale "Océan" consacrée à la protection du thon tropical dans l'océan Indien, contre la surpêche, la pêcherie illégale, les sur-quotas de pêche, pour reprendre les termes utilisés par l'ONG écologique dans la présentation de son programme, en métropole.

Dans son communiqué, Greenpeace se réfère à la Commission des thons de l'océan Indien (CTOI), pour dénoncer un effort de pêche trop important sur les thons blancs de la zone, et s'aligner sur les recommandations des scientifiques de la dite CTOI qui, recommanderaient de réduire les prises de 20% au moins, pour permettre au stock de se maintenir.

Dans les faits, la CTOI, se fondant sur les recommandations de la 15e session de son Comité scientifique qui s'est tenu à Mahé, en décembre dernier, préconise que les palangriers qui travaillent au sud des 30°S réduisent, d'ici janvier 2014, les captures de germon (Thunnus alalunga) d’au moins 25% par rapport au niveau de 2010. Une recommandation qui a valeur contraignante pour les bateaux européens, et pour ceux qui pêchent pour le compte d'Etats membres de la CTOI, car le stock de germon dans l’océan Indien est actuellement surpêché. La CTOI précise dans sa note du 5 avril dernier, qu'il existe "une incertitude significative sur l’état actuel du stock de germon",  et "un niveau de risque considérable pour l’état du stock aux niveaux de captures actuels", soit 38 946 tonnes en 2011, et en moyenne 41 609 tonnes par an sur les 5 dernières années. Ce niveau de capture outrepasserait de 20% la donnée moyenne prévue par les permis de mise en exploitation (33 000 tonnes), pour une fourchette envisagée de 31 100 tonnes à 35 600 tonnes.
 
Sur la base d'un tel constat, la CTOI estime  que le maintien ou l’accroissement de l’effort entraînerait un déclin plus prononcé de la biomasse… 
 
Il apparaît selon la commission régionale des pêches, que depuis 2001 le germon est à 98% capturé au moyen de palangres dérivantes au sud des 10°S, ces prises étant "presque exclusivement le fait de navires indonésiens et taïwanais" ces dernières années.
 
Toujours selon les données CTOI, les prises de germon ont plus que doublé entre 1993 (moins de 20 000 t) et 2001 (44 000 t), avec des prises record en 2008 (44 500 t). En sus des paramètres spécifiques à l'effort de pêche, il convient de noter que la pression sur le thon germon est aggravée par l'impact de la piraterie dans l’Ouest de l’océan Indien, qui a déplacé les flottes de palangriers, en quête de poisson mais aussi de sécurité, vers les zones traditionnelles de pêche au germon, dans le Sud et l’Est de l’océan Indien. 
 
Une dimension que Greenpeace semble ne pas prendre en compte dans son appréciation générale de la situation. Par ailleurs, quand la CTOI cible principalement les pêcheries indonésiennes et taïwanaises, Greenpeace stigmatise "ces thoniers, qui battent en partie pavillons français (…) notamment ceux de la Sapmer (…) parmi les bateaux les plus prédateurs de la flotte française. Outre leur puissance et leur sophistication, cette flotte utilise des dispositifs de concentration des poissons : des épaves flottantes mises à l’eau par les thoniers. Les plus petits poissons s’y abritent, les plus gros arrivent pour s’y nourrir, et en haut de la chaîne alimentaire, thons et requins s’y rassemblent. Un coup de filet, la senne, peut permettre d’attraper des centaines de tonnes de poisson, dont, notamment les prises "accessoires" : des juvéniles n’ayant pas atteint leur âge de reproduction, des espèces non initialement visées, mais capturées, ou encore des espèces pêchées par ailleurs par les artisans des zones côtières…"
 
En la matière, la CTOI et les armements qui pêchent dans les eaux placées sous sa compétence, procèdent depuis des années à un travail d'amélioration des techniques de captures dans le sens d'une meilleure sélectivité; car l'Union européenne applique à toutes les flottilles concernées par la pêche des grands pélagiques un dispositif réglementaire contraignant qui prévoit entre autres de communiquer un schéma d’échantillonnage et de correction des livres de bord, des réseaux de collecte et de traitement des données de captures et des efforts de pêche. Livres de bord, déclarations de débarquement et croisement des données, autorisent un suivi crédible des captures.
Ainsi, afin de réduire l'impact des pêcheries sur les espèces sensibles, le programme européen MADE a permis après étude, de mettre au point un guide des bonnes pratiques de remise à l’eau rapide de malheureuses prises dites accessoires que sont certains requins, les tortues, les mammifères marins…
 
La modification des apparaux de pêche est elle aussi étudiée, à l'instar de la campagne expérimentale réalisée en avril 2012 qui a permis de tester une fenêtre d’échappement sur les filets de senne afin de libérer requins et autres prises accessoires toues de cette technique. Une autre approche, fondée sur les données d’observateurs a montré qu’en évitant éviter de pêcher les petits bancs de thons, on réduisait significativement les prises accessoires des thoniers senneurs,tout particulièrement les requins soyeux. Selon la CTOI, "éviter de pêcher les bancs de thons de moins de 10 tonnes permettrait de réduire de 26% les prises accessoires (en poids) et de 21% les prises de requins soyeux (en nombre), diminuant les captures de thons de 6% seulement". Enfin, l'analyse des données produites par les marquages électroniques de requins soyeux, croisée avec  des observations sous-marines des DCP, a montré, par "l’étendue de la mortalité des requins due au maillage dans les filets des DCP (…)l’urgence de l’utilisation unique de DCP non maillants".
 
Que Greenpeace  demande "aux organismes régionaux de gestion des pêches, comme la CTOI, de mettre en place un système de contrôle incluant des sanctions et de limiter la taille et la puissance de la flotte, pour la mettre en adéquation avec la ressource en poissons", est honorable, mais sans doute faudrait-il s'attaquer aux Etats voyous et à ceux qui leur offrent une complicité passive en fermant les yeux sur des débarquements douteux.
 
www.ipreunion.com
 
   

2 Commentaire(s)

La fournaise, Posté
N.B. les asiatiques ne pas les seuls en cause de cette surpêche, les pêcheurs français (sapmer et autres navires de la Réunion) dont de même ; greenpeace devrait combattre aussi la pêche du thon et des requins et autres pissons en voie de disparition sous couvert de recherche scientifique, les asiatiques continueront de piller les océans, que restera-il pour les autres peuples de cette planète ?
Stef, Posté
Très bon article qui recadre bien. Cependant la surpêche reste une sinistre réalité : on vide la mer à l'échelle mondiale et industrielle, avec plus ou moins de mesurettes écologiques pour faire passer les quotas exhorbitants de prélèvements en zone déjà affaiblies.