Alors que l'épidémie frappe d'autres territoires ultramarins :

Chikungunya : La Réunion toujours directement concernée


Publié / Actualisé
Si le chikungunya affecte les Antilles, la Guyane, et la Polynésie française entre autres régions du monde, La Réunion n'en a pas fini avec lui. En effet, neuf ans après, la maladie est toujours une réalité quotidienne pour des familles réunionnaises qui en supportent les conséquences, dans le vécu de leurs enfants, handicapés, qui présentent des retards neurologiques dans la coordination de leurs mouvements et leur capacité à s'exprimer.
Si le chikungunya affecte les Antilles, la Guyane, et la Polynésie française entre autres régions du monde, La Réunion n'en a pas fini avec lui. En effet, neuf ans après, la maladie est toujours une réalité quotidienne pour des familles réunionnaises qui en supportent les conséquences, dans le vécu de leurs enfants, handicapés, qui présentent des retards neurologiques dans la coordination de leurs mouvements et leur capacité à s'exprimer.

Cette triste réalité a été mise en exergue dès 2012, par les travaux des praticiens Boumahni et Bintner, des services de réanimation néonatale pédiatrique et de radiologie du CHU Sud Réunion, publiés en 2012 dans Médecine Tropicale, sous l'intitulé "Devenir à cinq ans des infections materno-fœtales à virus chikungunya".

Pour mémoire, leurs travaux portaient sur le devenir de 19 nouveau-nés admis en néonatologie alors qu'ils étaient infectés par le virus. Ils détaillaient un cas dit "index", de  son intubation suite à un choc septique, au constat d'atteintes cérébrales, avec pour conséquence immédiate une "hypotonie axiale", soit l'incapacité du bébé à soutenir sa tête. A l'âge de deux ans, "des troubles du langage et une microcéphalie" étaient constatés. A cinq ans, des troubles neuro-moteurs et des retards de langage.

Les auteurs de l'étude résumaient ensuite le tableau clinique de 18 autres enfants : "Au niveau neurologique, 3 enfants avaient une infirmité motrice d'origine cérébrale. Concernant les séquelles sensorielles, deux cas avaient présenté une cécité et un cas une myopie ; au niveau cognitif, 9 cas présentaient des troubles du comportement et bénéficiaient d'un suivi par un orthophoniste pour retard de langage…"

Leur conclusion était peu encourageante : "Le virus CHIK a entraîné des encéphalites à l'origine d'un handicap prolongé. Ces enfants auront probablement un retard scolaire et des difficultés d'insertion…"

Sur la foi d'un tel constat, un groupe de conseillers généraux inspiré par le Dr. Fouassin, lui-même élu, a déposé, en assemblée plénière, le 17 septembre 2014,une motion relative à l'épidémie de Chikungunya et à ses conséquences sur les enfants touchés à la naissance et leurs familles. Le rapporteur, Patrick Malet, lui aussi médecin de son état, soulignait que "51% des enfants infectés par le CHIK (Ndlr : parmi les prématurés de la cohorte étudiée par Boumahni et Bintner)  ont présenté des retards neurologiques dans leur développement contre 15% chez les enfants non infectés. Ces retards concernent principalement la coordination et le langage (57%), la sociabilité (36%), le mouvement et la posture (27%)…"

Sachant que ces 19 cas ne représentaient qu'un échantillon partiel des enfants concernés par les formes dites "atypiques",  nombre d'autres cas ayant été recensés - seize infections neuroinvasives (méningite, encéphalopathie, encéphalite) chez l'enfant, 13 dermatoses bulleuses exfoliantes chez le nourrisson, 38 infections materno-fœtales, dont 14 encéphalites et 24 prostrations douloureuses fébriles - les élus signataires de la motion se sont émus de ce que "les familles ayant un enfant dans ce cas se retrouvent désarmées car elles ne sont pas accompagnées socialement et doivent redoubler d'efforts pour que leurs enfants puissent bénéficier d'une vie normale, notamment en termes de scolarité…"

"La population réunionnaise n'a pas suffisamment été informée des risques de cette maladie sur les enfants"

Une situation d'autant plus difficile à vivre que les études permettant d'apprécier de telles situations sont de publication récente, que vraisemblablement, toutes les familles concernées n'ont pas été recensées et qu'enfin, les résultats de l'étude, inquiétants, n'autorisent pas d'éluder d'éventuelles complications médicales à venir.

En conséquence de quoi, les élus réclament tout à la fois un recensement des enfants confrontés à de tels problèmes de santé et l'instauration d'un accompagnement social spécifique par le département.

Ce qui ne serait que justice, car enfin, expliquent-ils, le lien de cause à effet entre leur état et l'épidémie de chikungunya est clairement établi, tout comme il est de notoriété publique aujourd'hui  que "la population réunionnaise n'a pas suffisamment été informée des risques de cette maladie sur les enfants".

De fait, l'Institut de Veille sanitaire (INVS), affirmait dans sa note d'information du 29 avril 2005 : "L’importation de cas de Chikungunya dans les territoires de l’océan Indien et en métropole ne constitue pas un phénomène inquiétant en termes de santé publique".

Plus grave, la Direction des Affaires Sanitaires et Sociales (DRASS) et l'Agence Régionale d'Hospitalisation (ARH) ont de façon répétée, entre août 2005 et octobre de la même année, refusé de prendre en compte le signalement confirmé  - par les médecins hospitaliers de Saint-Pierre - d'encéphalites à Chik chez des adultes et des enfants, avec transmission materno-néonatale, au prétexte suivant : "Le chikungunya est une maladie bénigne, les formes que vous décrivez n'ont pas été décrites dans la littérature". Et quand ces cas graves furent révélés dans la presse, l'ARH ordonna une enquête administrative visant à rechercher les médecins "responsables du  non respect du secret médical ou du droit de réserve des médecins hospitaliers…"

En février 2006, en dépit d'un nombre conséquent de décès, le chikungunya était toujours officiellement considéré comme "une maladie incapacitante, mais bénigne".

Cette omerta administrative, les jeunes femmes enceintes lors de l'épidémie l'apprécieront à sa juste valeur. Pour mémoire, sur 1296 grossesses suivies entre le 1er décembre 2005 et le 28 février 2006, on a déploré 23 pertes fœtales, dont 7 morts in utero suite à une infection au chikungunya maternelle antérieure, et trois autres cas où le fœtus était directement touché par le virus.

"Un suivi ordinaire commun à tous les cas de handicap"

Pour l'heure, le Dr. Fouassin attend que les réunions des commissions sectorielles du conseil général soient programmées… Mais il s'engage à relancer l'exécutif jusqu'à ce que la requête des élus soit suivie d'effet. Une nécessité, explique-t-il, car "les familles des enfants handicapé par l'infection ne bénéficient que d'un suivi ordinaire commun à tous les cas de handicap, alors qu'ils devraient bénéficier d'une prise en charge spécifique".

Par ailleurs, les seuls cas connus et identifiés aujourd'hui ne correspondent pas à la réalité humaine consécutive à l'épidémie. "Nombre de femmes enceintes à cette époque n'ont pas été recensées, faute de déclaration ou de diagnostic de leur état. Il convient donc de les identifier et d'apporter aux familles et enfants le traitement spécifique qui leur est nécessaire".

Philippe Le Claire pour Imaz Press Réunion

   

2 Commentaire(s)

Fred, Posté
Article édifiant. Merci
Nathalie, Posté
Le positionnement des conseillers généraux de l'époque n'est pas très net dns la guégurre entre les services de l'état et du CG en ce qui concerne les conséquences sanitaires que l'on connaît. Si je me souviens , le conseil général estimait que ce n'était pas à lui à prendre en charge la lutte anti vectorielle…