L'affaire ébranle à la fois l'Élysée et l'UMP :

Fillon, Jouyet et l'indépendance de la justice


Publié / Actualisé
Alors que les appels à la démission du secrétaire général de l'Elysée se sont multipliés ce lundi 10 novembre 2014, l'affaire "Fillon-Jouyet" est-elle pour autant un "scandale d'Etat" ? Ce n'est pas vraiment l'avis de l'avocat Jean-Jacques Morel, conseiller municipal d'opposition UMP à la mairie de Saint-Denis, qui y voit "une affaire embarrassante pour les deux protagonistes", ou encore de Philippe Leconstant, premier secrétaire fédéral du PS à La Réunion, pointant des faits "qui ne concernent que l'UMP" et mettant en avant "l'indépendance de la justice".
Alors que les appels à la démission du secrétaire général de l'Elysée se sont multipliés ce lundi 10 novembre 2014, l'affaire "Fillon-Jouyet" est-elle pour autant un "scandale d'Etat" ? Ce n'est pas vraiment l'avis de l'avocat Jean-Jacques Morel, conseiller municipal d'opposition UMP à la mairie de Saint-Denis, qui y voit "une affaire embarrassante pour les deux protagonistes", ou encore de Philippe Leconstant, premier secrétaire fédéral du PS à La Réunion, pointant des faits "qui ne concernent que l'UMP" et mettant en avant "l'indépendance de la justice".

François Fillon a-t-il demandé au secrétaire général de l'Elysée Jean-Pierre Jouyet d'accélérer les procédures judiciaires impliquant Nicolas Sarkozy ?

Après un premier démenti, le second a fini par - assez piteusement - reconnaître avoir évoqué avec le premier l'affaire Bygmalion et celle des comptes de campagne de l'ex-président, allant ainsi dans le sens des propos rapportés par les deux journalistes du Monde Fabrice Lhomme et Gérard Davet. De son côté, François Fillon nie toujours formellement avoir intercédé en ce sens auprès de Jean-Pierre Jouyet, menaçant de saisir la justice à l'encontre de ce dernier et des journalistes en question.

La justice, justement, se retrouve eu coeur de cette affaire, notamment son fonctionnement et l'idée que peuvent en avoir certains hommes politiques. "L'affaire est embarrassante pour les différents protagonistes et il y en a forcément un des deux qui ment", juge tout d'abord Jean-Jacques Morel. "Si les propos de François Fillon sont avérés, ce ne serait pas une réaction très saine de la part d'une personne qui a occupé un rang si élevé au sein de l'appareil d'Etat et qui sait très bien que la justice est la plus indépendante possible", estime l'avocat.

"Peut-être qu'il y a des habitudes qui ont été prises"

Sans épargner Jean-Pierre Jouyet, le conseiller municipal UMP dionysien n'est pas tendre avec l'ancien Premier ministre. "Peut-être qu'il y a des habitudes qui ont été prises et il est possible que François Fillon se soit mépris...", poursuit celui qui ne cache pas son soutien à Nicolas Sarkozy pour la présidence de l'UMP. "C'est quand même triste... Je pense que François Fillon est un honnête homme, plutôt discret et humble. Mais là manifestement il a commis une faute politique", ajoute-t-il, tout en s'interrogeant : "Est-ce qu'il a pu en parler et que Jouyet a ensuite un peu déformé ses propos ? C'est possible aussi..."

Du côté de la fédération socialiste de La Réunion, on est sur la même ligne que l'Elysée. À savoir que "cette affaire ne concerne que l'UMP", comme le souligne Philippe Leconstant, premier secrétaire fédéral. "Le contexte, c'est la rivalité entre l'ancien président de la République et son ancien Premier ministre. Je constate qu'au sein de l'UMP, la guerre des chefs continue", enchaîne-t-il, tout en reconnaissant "une maladresse dans la communication de Jean-Pierre Jouyet".

Mais pour Philippe Leconstant, cette affaire tourne surtout autour de la question de l'indépendance de la justice. "Le vrai scandale, c'est l'influence que le pouvoir a pu avoir sur la justice dans le passé. Mais depuis 2012, je constate que la justice fait son travail en toute indépendance. Il y a des affaires qui sont sorties touchant à la fois la droite et la gauche, et je fais le constat que, contrairement à ce qu'on a trop souvent vu dans le passé, il n'y a plus d'influence du pouvoir politique", affirme-t-il. "Après est-ce que François Fillon a pensé, comme avant, que le pouvoir politique pouvait influencer la justice ? Je ne sais pas..."

"On se déteste toujours plus au sein d'un même parti"

Quant à Jean-Jacques Morel, s'il déclare qu'"une justice totalement indépendante ça n'existe pas", l'avocat estime que "la justice judiciaire a fait totalement sa mue, ce qui est encore loin d'être le cas de la justice administrative".

Et pour lui, une intervention de François Fillon auprès de Jean-Pierre Jouyet, qui a fait partie de son gouvernement, ne serait pas impossible au vu de son animosité persistante envers Nicolas Sarkozy. "On se déteste toujours plus au sein d'un même parti qu'entre adversaires de partis différents. Je vois autour de moi la haine qu'il peut y avoir entre des gens d'un même courant, alors qu'il y a parfois du respect, voire de la sympathie pour des adversaires politiques", témoigne-t-il.

Alors que beaucoup de responsables de l'UMP sont montés au créneau pour dénoncer les "mensonges" de Jean-Pierre Jouyet, Philippe Leconstant préfère les renvoyer à leurs responsabilités : "Ce qui se passe à l'UMP n'est pas digne de ce parti. Il se passe des  choses graves au sein de l'UMP et plutôt que d'accuser la majorité, ils feraient mieux de se remettre en question quant au fonctionnement de ce parti."

Mais qu'en pense-t-on au sein de la direction réunionnaise de l'UMP ? La réponse de l'entourage de Michel Fontaine, sénateur-maire de Saint-Pierre, est on ne peut plus claire : "On ne fait pas de commentaires sur les affaires"...

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