Financement public d'une compagnie aérienne :

Air Austral : la gouvernance change, le mélange des genres reste


Publié / Actualisé
Si le président de Région Didier Robert a devancé les prochaines recommandations de la chambre régionale des comptes en quittant la présidence du conseil de surveillance d'Air Austral, le statut de la compagnie réunionnaise demeure très ambivalent. La Région Réunion, via la Sematra, reste en effet l'actionnaire ultra majoritaire, ce qui heurte la réglementation européenne et laisse la place aux conflits d'intérêt.
Si le président de Région Didier Robert a devancé les prochaines recommandations de la chambre régionale des comptes en quittant la présidence du conseil de surveillance d'Air Austral, le statut de la compagnie réunionnaise demeure très ambivalent. La Région Réunion, via la Sematra, reste en effet l'actionnaire ultra majoritaire, ce qui heurte la réglementation européenne et laisse la place aux conflits d'intérêt.

Didier Robert l’a reconnu lui-même ce mardi 24 février après avoir annoncé son départ du conseil de surveillance d’Air Austral. Le fait que la Sematra demeure actionnaire à 98 % n’est "pas confortable", a estimé le président de Région. "Tout le monde sait bien que c’est trop, il faut permettre à d’autres acteurs d’entrer dans le capital", a-t-il ajouté.

Au-delà de "l’inconfort", cette situation rarissime pose effectivement un certain nombre de problèmes. La tolérance de l’Union européenne, tout d’abord, pourrait bien arriver à son terme. La Commission n’autorise en effet ce type de financement public que dans des situations bien précises, en cas d’obligation de service public ou d’aides pour le développement de régions ultrapériphériques (RUP). Si Air Austral a pu avancer ces arguments pendant un temps, ils sont difficilement recevables aujourd’hui dans le contexte fortement concurrentiel de la desserte aérienne de La Réunion.

Dans le collimateur de la Commission européenne

Si elle ne s’est pas encore prononcée sur le sujet, la Commission européenne pourrait d’autant plus tiquer sur ces fonds publics que la Sematra est passée de près de 47 % à 98 % des parts de la compagnie à la faveur de la fameuse recapitalisation de 2012. Suite au recours de Corsair contre ce processus, le tribunal administratif de Saint-Denis a jugé en juillet 2014 que la Région et le Département avaient agi en "investisseurs avisés" ; mais pas sûr que la justice européenne soit du même avis...

Le vendredi 20 février 2014, la Commission a en effet adopté "de nouvelles lignes directrices sur les aides publiques en faveur des aéroports et des compagnies aériennes". L’objectif était d’encourager "une utilisation rigoureuse des ressources publiques et leur orientation vers des initiatives contribuant à la croissance", mais aussi de limiter "les distorsions qui porteraient atteinte à une concurrence équitable".

Le problème n’est toutefois pas nouveau. Didier Robert n’aura finalement fait que le reproduire tout en lui donnant encore plus d’ampleur. Car lors de la précédente mandature régionale, la présidence de la Sematra était encore occupée par Nassimah Dindar, avant que celle-ci ne soit évincée sans ménagement en 2010 par... Didier Robert. Ce dernier a ainsi trusté tous les postes de décision en toute connaissance de cause, avec les risques que cela impliquait.

Le patron, ça reste Didier Robert

Et s’il a laissé tomber l’une de ses nombreuses casquettes sous la pression de la chambre régionale des comptes, le président de Région-sénateur demeure plus que jamais au sommet d’Air Austral, la Région possédant près de 80 % de la Sematra, qui possède elle-même 98 % de la compagnie aérienne... De plus, le nouveau conseil d’administration sera quasiment une copie conforme de l’ancien conseil de surveillance avec des administrateurs issus essentiellement de la Sematra, les élus ayant la possibilité de conserver un siège de censeur.

Le risque de conflits d’intérêt pointé par la chambre régionale des comptes est donc loin d’être écarté. À l’image du dispositif de continuité territoriale, défendu à coups de millions d’euros de fonds régionaux pour favoriser les déplacements des Réunionnais en métropole, pendant que d’un autre côté la Région est actionnaire majoritaire d’une compagnie aérienne locale...

En 2012, Marie-Joseph Malé, nouvellement nommé à la tête du directoire, déclarait que "la Région n'a pas vocation à demeurer éternellement à la tête des actionnaires" et que "le relais sera passé au privé dès que les comptes seront assainis". Cela tombe bien, la conférence de presse de ce mardi 24 février 2015 a été l’occasion d’un grand satisfecit sur la bonne santé retrouvée de la compagnie.

Il serait peut-être temps de passer de la parole aux actes, car de son côté, la Commission européenne souligne que "les aides au démarrage en faveur des compagnies aériennes qui ouvrent une nouvelle liaison aérienne sont autorisées pour autant qu’elles restent limitées dans le temps"...

www.ipreunion.com

   

6 Commentaire(s)

Petite fille, Posté
Merci à Didier Robert d'avoir pu remettre sur les rails Air Austral !
ZembroKaf, Posté
@(moi)
1) ce n'est pas moi qui a écrit l'article (c'est signé IPR)
2) Ni T.R ni D.R ni Bachyl....ne sont mes amis...ils ignorent même mon existence.
3) mon ancienne famille politique était le RPR, je n'est JAMAIS adhéré à l'UMP...depuis je suis "sans" et je me sens bien.
4) D.Robert est un CUMULARD, il a été obligé de quitter la présidence du C.S d'Air Austral poste pas ou peu rémunéré, par contre il garde la présidence de la SEMATRA avec un salaire plus que confortable (dont La Région est majoritaire)...c'est un hypocrite !!!
@ ZembroKaf, Posté
Tout est bien, euh cessez de vous flattez, nous avons compris que c'est vous qui avez écrit ! Vous me faites rire....

Ceci dit nous voyons toujours dans ce courrier la haine Ipreunion contre Didier Robert, c'est bien fait que vous n'ayez plus de pub de la part de la Région car dans tous les articles vous ne cessez d'attaquer le Président de Région, encore à travers la petite phrase : "Et s'il a laissé tomber l'une de ses nombreuses casquettes" !

Mais de quelles casquettes parlez-vous? Aujourd'hui Didier Robert est President de Région et Sénateur, POINT !

Vous vous lez parler de kumulard, je vous invite à vous tourner vers votre ami Thierry Robert : Maire - Député - Vice Président du TCO

Nous avons votre ami JJ Vlody : Député - Vice President du conseil général - President de la CISE - Conseiller Municipal - Conseiller Casud
Nous avons B. Valy : Maire - Conseiller général - Président de la Sodégis !

S'il vous plaît cher "journaliste", cessez de d'écrire n'importe quoi...
ZembroKaf, Posté
Tout est bien dit dans l'article.
Daazibao, Posté
Je crois avoir compris...on arrete le cumul...on change tout en reprennant les même avec des titres differents. C'est ça???
Nathalie, Posté
La Sematra, pool public recapitalise AA avec l'argent public ; les bons continuité territoriale, argent public, paient une partie des billets de combien de voyageur ? 30 %, plus ? Dans l'absolu si le soutien public sous toutes ses formes s'arrête, la compagnie n'est pas en mesure de fonctionner. Le forcing régional sur les bons peut en être une des raisons. On peut comprendre l'attitude de la concurrence.