La Réunion est repassée en état d'urgence :

Les réactions face au discours d'Emmanuel Macron


Publié / Actualisé
L'allocution du Président de la République ce lundi 12 juillet a suscité de nombreuses réactions. Pour rappel, ce dernier vient de rendre la vaccination obligatoire pour l'ensemble du personnel soignant et d'étendre le pass sanitaire à l'ensemble des lieux cultuels et de restauration. Il a aussi ré-instauré l'état d'urgence à La Réunion et en Martinique, impliquant le retours du couvre-feu. Nous publions ci-dessous les réactions de Jean-Hugues Ratenon, député de La Réunion aux commission affaires sociales, Karine Lebon, élue députée de la 2ᵉ circonscription de La Réunion et du Syndicat Solidaire. (Photo : AFP)
L'allocution du Président de la République ce lundi 12 juillet a suscité de nombreuses réactions. Pour rappel, ce dernier vient de rendre la vaccination obligatoire pour l'ensemble du personnel soignant et d'étendre le pass sanitaire à l'ensemble des lieux cultuels et de restauration. Il a aussi ré-instauré l'état d'urgence à La Réunion et en Martinique, impliquant le retours du couvre-feu. Nous publions ci-dessous les réactions de Jean-Hugues Ratenon, député de La Réunion aux commission affaires sociales, Karine Lebon, élue députée de la 2ᵉ circonscription de La Réunion et du Syndicat Solidaire. (Photo : AFP)
  • Réaction de Jean-Hugues Ratenon, député de La Réunion aux commission affaires sociales 

"J’ai entendu l’allocution du président de la République, et je prends acte de ses annonces. Alors que le peuple subit depuis plus de 18 mois la crise sanitaire et sociale et assiste à l’enrichissement des plus riches, avéré depuis le début de la pandémie, les annonces présidentielles se résument à faire payer cette crise aux plus fragiles. Le Président annonce, sans consulter le parlement, de nouvelles restrictions sous couvert de bonnes intentions, car il s’agirait de nous protéger, dit-il. En bref, l’objectif était de rendre obligatoire la vaccination pour tous, permettez-moi de dire que c’est une atteinte grave aux libertés individuelles. Monsieur le Préfet, cette décision de décréter l’urgence sanitaire et d’instaurer le couvre-feu crée un état de panique dans la population. Ces nouvelles mesures contraignantes auront des répercussions désastreuses en termes de liberté de déplacement mais aussi en terme financier. Aussi, Monsieur le Préfet, vous allez prendre un certain nombre de décisions aujourd’hui, je vous saurais gré de prendre en considération les engagements déjà pris par la population et les professionnels de notre territoire. Concernant les mariages, les fêtes religieuses, les réservations en centre de loisirs etc. Des mesures doivent être prises pour éviter de pénaliser les familles et les entreprises."

  • Réaction de Karine Lebon, élue députée de la 2ᵉ circonscription de La Réunion 

"Seul depuis sa tour d’ivoire, le Président de la République décrète, sans aucune consultation du parlement, la vaccination obligatoire pour le personnel soignant et la généralisation du pass sanitaire pour avoir accès aux loisirs, à la culture, ou pire, pour simplement faire ses courses. Une fois de plus, sous couvert d’urgence sanitaire le président déroule un agenda de réformes liberales annonçant pêle-mêle la réforme des retraites, justifie celle de l’assurance chômage et déroule une rhétorique invitant toujours à " travailler davantage " pour rembourser la dette de cette crise sanitaire. Pire, alors que les soignants sont depuis le début de cette crise en première ligne et souffrent d’un manque cruel de moyens un chantage leur est opposé sur la vaccination avec la menace de ne pas être payé. Imposition par le haut, dogmes libéraux déroulés, rien ne va dans cette allocution. Nous veillerons avec mon groupe à l’Assemblée à marquer notre opposition tant sur la méthode que sur le fond. Ensemble faisons avancer la deuxième circonscription, faisons avancer La Réunion."

  • Syndicat solidaire 

"Nous faisons face au développement du variant delta. La vaccination est un élément clef pour stopper ou limiter les dégâts de l’épidémie. Mais le gouvernement, par le biais du pass sanitaire, adopte une démarche autoritaire. Pire, il n’annonce que des mesures de régression sociale et rien sur la crise écologique.

- Vaccination et pass sanitaire -

La vaccination obligatoire de certaines professions sert à cacher l’incurie du gouvernement depuis le début de la pandémie. Alors que les personnels de santé ont été exposé-es sans protection, sans matériel adéquat pendant de nombreux mois, c’est la culpabilisation sur la vaccination, voir le licenciement qui leurs sont imposés. Les héros et héroïnes d’hier, qui étaient sommé-e-s de travailler auprès des patient-e-s même quand ils/elles étaient positives au covid, sont stigmatisé.es aujourd’hui.

Les cartes de vaccination en région parisienne montrent que ce sont les villes ou les quartiers les plus riches où la vaccination est la plus importante. Cela révèle à quel point l’accès à la vaccination reste une question sociale. Le pass sanitaire qui restreint les libertés et la vie sociale est bien aussi une mesure inégalitaire et antisociale.

Se faire vacciner doit rester un acte de volontariat. C’est l’information transparente, convaincre de cette nécessité qui doit primer. Il faut multiplier le travail de terrain et les points de vaccination pour rapprocher la possibilité de se faire vacciner du plus grand nombre, donner des droits sur le temps de travail... Il y a nécessité de fournir aux personnes les plus éloignées de l’information, les moyens d’appréhender le sujet et de répondre à leurs questions. La pédagogie et les moyens plutôt que le bâton et l’autoritarisme.

Ce n’est pas une forme de répression, de restriction des droits, le contrôle chaque jour un peu plus poussé de la population, qui pourra nous faire aller vers une responsabilisation collective sereine. L’annonce de sanctions professionnelles à partir du 15 septembre ou de privation de salaire ne sont pas acceptables. 

L’autoritarisme se cache souvent sous les meilleures intentions et malheureusement les lois sécurité globale, et “séparatisme” nous ont déjà prouvé les dérives autoritaires et liberticides de ce gouvernement.

- Où sont les moyens pour le service public de santé ? -

Les choix qui sont faits ne remettent toujours pas en cause les politiques néolibérales qui ont cassé l’hôpital et plus généralement le service public de santé, et mis en danger les malades et les soignant-es lors des premières vagues. Nous n’oublions pas les milliers de suppressions de lits pour raisons " économiques ", les nombreux hôpitaux fermés, les démissions de soignant-es liées aux conditions de travail dégradées !

Nous voulons vaincre ce virus.  Nous portons des revendications dans ce sens depuis le début de la crise. Cela passe par la gratuité des masques, la création de lits et de services et le recrutement massif des personnels nécessaires dotés des moyens matériels indispensables pour les hôpitaux publics, les EHPAD, les associations sociales et médico-sociales, un accès facile aux soins sur l’ensemble des territoires.

La lutte contre le virus est internationale. Les annonces de “dons de vaccins” sont une fois de plus l’exercice du pouvoir des pays riches sur les plus pauvres. Croire que nous pourrons vaincre la maladie sur un seul territoire est un leurre. Pour bloquer le virus, c’est une solidarité mondiale qu’il faut développer, qui passe par la levée des brevets sur les vaccins et les traitements anti covid, et enfin la constitution d'un pôle public du médicament pour en finir avec les lobbys pharmaceutiques en pleine course au profit.

- Fuite en avant anti-sociale -

Dans ces circonstances où chacun·e ressent un épuisement plus ou moins grand, nous n’oublions pas non plus les effets économiques et dégâts humains que cela signifie, de cette pandémie qui n’en finit pas. Et c’est à ce moment que Macron nous annonce, en termes elliptiques, qu’il va continuer de dérouler sa politique de casse sociale à court ou moyen terme. Nos retraites et notre protection sociale, nos services publics (avec une énième “réorganisation” de l’État), les indemnisations des chômeuses et chômeurs... sont les cibles.

Ce n’est pas l’annonce d’un “revenu d’engagement” pour les jeunes de 18 à 25 ans dans une logique de “devoirs et de droits”, sorte de garantie jeunes revisitée, qui permettra de répondre aux enjeux de précarités. C’est une véritable remise en cause de notre modèle social et une volonté de destruction de notre protection sociale. Le gouvernement entend protéger les plus riches et les dominants. Le monde d’après de Macron, c’est bien celui d’avant en pire.

- Rien sur l’urgence écologique -

Alors que la crise écologique et climatique s’aggrave, Macron propose un même modèle de société basé sur un capitalisme prédateur et destructeur. C’est acter une fuite en avant irrémédiable.

- L’urgence d’une rupture et de mesures fortes -

Pour l’Union syndicale Solidaires, il est vraiment temps de changer de politique, et ce système qui ne peut qu’aggraver les inégalités sociales, les catastrophes écologiques, et la répression de la population. Nous pouvons vaincre le chômage et la misère. Il y a nécessité de poser la question du partage du temps de travail, de nouveaux types de financement pour les services publics, d’un modèle de transition écologique ambitieux. Cela passe forcément par un autre partage des richesses et une rupture avec le mode de production et de consommation capitaliste.

Dans ce contexte, l’Union syndicale Solidaires continue à construire unitairement la lutte en appelant à la convergence, en proposant nos alternatives syndicalement et dans le cadre du collectif “Plus jamais ça”. Nous n’obtiendrons rien sans nous mobiliser fortement ! Il est plus qu’urgent de changer de politique et de système, pour la justice sociale, écologique et un monde où les dominations et inégalités cessent. L’Union syndicale appelle dès à présent à construire une rentrée sociale à la hauteur des attaques en préparation contre le monde du travail."

www.ipreunion.com / [email protected]

   

2 Commentaire(s)

Babouk loswoir, Posté
Toi, mon petit coco qui n'a jamais connu "la rue", tu risques fort bien ne pas achever ton petit bail de 5 ans au 55...du Faubourgs St-Honoré !
Jc, Posté
A force de n'en faire qu'à sa tête et de faire les cons, viennent les punitions !