Selon une étude de l'Insee :

Un quart de la population réunionnaise subit de graves privations matérielles


Publié / Actualisé
"En 2018, 340 000 Réunionnais sont en situation de privation matérielle et sociale, soit 40 % de la population. Cette part est trois fois plus élevée qu'en France métropolitaine et du même ordre que le taux de pauvreté monétaire" indique l'Inseee dans une étude publiée ce jeudi 17 décembre 2020. 200.000 de ces défavorisés sont même en situation de "privation matérielle et sociale sévère". Ce chiffre est de 3 à 4 fois supérieur à celui de la Méétropole et un peu plus élévé qu'aux Antilles. "Près de 7 % des Réunionnais sont même dans une situation d'extrême fragilité" ajoute l'Insee (Photo rb/www.ipreunion.com)
"En 2018, 340 000 Réunionnais sont en situation de privation matérielle et sociale, soit 40 % de la population. Cette part est trois fois plus élevée qu'en France métropolitaine et du même ordre que le taux de pauvreté monétaire" indique l'Inseee dans une étude publiée ce jeudi 17 décembre 2020. 200.000 de ces défavorisés sont même en situation de "privation matérielle et sociale sévère". Ce chiffre est de 3 à 4 fois supérieur à celui de la Méétropole et un peu plus élévé qu'aux Antilles. "Près de 7 % des Réunionnais sont même dans une situation d'extrême fragilité" ajoute l'Insee (Photo rb/www.ipreunion.com)

"Ces personnes sont privées de certains éléments considérés comme indispensables à une vie décente. Certaines de ces privations élémentaires touchent une majorité de la population, comme l’absence d’épargne (sept personnes sur dix), l’incapacité à se payer des vacances (six personnes sur dix) et la difficulté à s’acheter de nouveaux meubles (plus de cinq sur dix). Les Réunionnais sont surtout concernés par une forte vulnérabilité financière, plus que matérielle ou sociale" détaille l'Insee.

Les chômeurs, les parents isolés, les personnes en mauvaise santé, celles peu diplômées ainsi que les jeunes sont davantage concernés. Ils disposent en effet le plus souvent de revenus plus faibles, du fait de l’absence d’emploi ou de l’occupation d’un emploi à faible revenu.

• Deux fois plus souvent à découvert tous les mois

"Les personnes touchées par ces privations rencontrent deux fois plus souvent des difficultés de logement que les autres, principalement liées à l’humidité. Elles ne sont pas plus nombreuses à devoir rembourser un emprunt supérieur à un tiers de leurs revenus, mais sont deux fois plus souvent à découvert tous les mois" dit encore l'institut de la statisque.

Ces privations concernent donc 40 % de la population de l’île. Ces personnes sont privés d’au moins cinq éléments parmi treize considérés comme nécessaires à une vie décente ainsi que le montre le graphique ci-dessous. En lien avec un niveau de vie nettement moins élevé, ces privations touchent trois fois plus de personnes à La Réunion qu’en métropole (13 %).

 

 

"Tant à La Réunion qu’en métropole, la privation matérielle et sociale et la pauvreté monétaire concernent des proportions voisines de la population. Ainsi, 38 % des habitants de l’île vivent sous le seuil de pauvreté, tandis que c’est le cas de 15 % de ceux de l’Hexagone. Pour autant, les personnes qui se trouvent dans chacune de ces situations ne sont pas forcément les mêmes. Ainsi, en 2016, en métropole, seulement quatre personnes touchées par des privations matérielles et sociales sur dix étaient pauvres au sens monétaire" détaille l'institut de la statistique.

La privation matérielle et sociale est aussi présente aux Antilles qu’à La Réunion, alors que le niveau de vie médian de la population réunionnaise est plus faible. Le coût de la vie est plus élevé à La Réunion qu’en métropole (en particulier, les prix à la consommation sont 7 % plus élevés en 2015), mais il est moins élevé qu’aux Antilles.

• Maintenir son logement à bonne température, plus difficile à La Réunion qu’aux Antilles

À La Réunion, 29 % des habitants ne peuvent pas maintenir leur logement à bonne température, contre 5 % en métropole et 22 % aux Antilles. L’écart avec les Antilles peut s’expliquer en partie par le fait que les ménages réunionnais disposent moins souvent d’un climatiseur : 26 % des ménages en disposent contre 39 % aux Antilles. Un quart des Réunionnais vivent à plus de 400 mètres d’altitude. Cette population, plus modeste qu’ailleurs, peut souffrir du froid une partie de l’année. Maintenir le logement à bonne température toute l’année supposerait d’intégrer le coût d’achat de climatiseurs ou d’autres dispositifs de ventilation, de chauffage ou d’isolation pour ces ménages qui en sont dépourvus.

La difficulté à remplacer ses meubles est par ailleurs la privation la plus répandue : elle touche plus de cinq personnes sur dix contre deux sur dix en métropole. Cette difficulté est moins répandue à La Réunion que dans les autres DOM, les meubles y étant moins chers.

• Un Réunionnais sur dix n’a pas les moyens d’acquérir une voiture

L’absence de ressources financières constitue un frein à l’acquisition d’un véhicule pour 9 % des Réunionnais. Cette part est 2,7 fois plus élevée qu’en métropole : en effet, le prix d’achat d’un véhicule neuf est en moyenne 24 % plus cher à La Réunion. Les Réunionnais sont de fait moins souvent équipés en voitures (21 % contre 11 %). Sans voiture, la recherche d’emploi s’avère plus compliquée. Or la moitié des chômeurs réunionnais qui n’ont pas de voiture n’ont pas les moyens de s’en acheter une.

• Se payer des vacances, principale privation sociale

Par ailleurs, les privations sociales regroupent quatre critères, considérés comme nécessaires à l’équilibre personnel : pouvoir se payer des vacances, avoir les moyens de se retrouver avec des proches autour d’un repas ou d’un verre, pouvoir pratiquer régulièrement un loisir payant et avoir les moyens de s’abonner à Internet. Malgré un niveau de vie inférieur en moyenne, les Réunionnais arrivent autant à satisfaire ces minima de vie sociale que les Antillais : 65 % sont privés d’au moins un critère social. C’est 2,3 fois plus qu’en métropole.

La difficulté à se payer une semaine de vacances contribue le plus aux privations sociales : six Réunionnais sur dix sont dans ce cas, soit trois fois plus qu’en métropole. L’écart de privation entre La Réunion et la métropole est plus faible pour les loisirs : un tiers des Réunionnais sont privés d’activité de loisir payante régulière, soit le double des métropolitains. Même si peu de Réunionnais en sont privés, ils rencontrent également nettement plus de difficultés (3,5 fois plus) à se payer un accès à Internet qu’en métropole, celui-ci étant plus coûteux à La Réunion.

• Avoir un emploi, facteur clé pour éviter la privation matérielle et sociale

Comme pour la pauvreté monétaire, certaines spécificités socio-démographiques de la population réunionnaise expliquent le niveau élevé de privations matérielles et sociales. Ainsi, seuls 48 % des 15-64 ans ont un emploi en 2018 à La Réunion, soit 14 points de moins qu’en métropole. Le nombre de non-diplômés reste également important. De plus, 62 000 mères élèvent seules leurs enfants, une situation deux fois plus fréquente qu’en métropole (19 % contre 8 %).

Toutes choses égales par ailleurs, les personnes en emploi sont moins concernées par les privations matérielles et sociales que l’ensemble de la population (25 % contre 40 %, soit 1,6 fois moins, figure 3), grâce aux revenus d’activité qu’elles perçoivent. En particulier, seuls 5 % des cadres et professions intellectuelles supérieures y sont exposés. Des salaires plus élevés et une précarité de l’emploi moins importante les protègent de difficultés financières.

A contrario, le chômage et l’absence de diplôme, qui va souvent de pair avec l’absence d’emploi ou l’occupation d’un emploi à faible revenu, augmentent la probabilité de subir des privations : les chômeurs et les personnes sans diplôme qualifiant sont respectivement 1,6 et 1,3 fois plus souvent dans cette situation que la moyenne. Les deux tiers des chômeurs et la moitié des personnes sans diplôme qualifiant sont dans ce cas. Les chômeurs, souvent peu diplômés, ont notamment deux fois plus de difficultés à acquérir une voiture et à accéder à Internet. D’ailleurs, seulement 48 % des ménages sans emploi possèdent une voiture contre 88 % des ménages d’actifs dont la personne de référence est en emploi, ce qui peut affecter leur démarche de recherche d’emploi.

www.ipreunion.com / [email protected]

   

2 Commentaire(s)

7AC, Posté
Et par rapport à nos voisins de la zone océan Indien, nous sommes comment...Enviés, ou jalousés ?Posons nous parfois les bonnes questions.
Jérome, Posté
impressionnant!