Sport :

Escalade : La Réunion est à "bloc"


Publié / Actualisé
Le Manapany festival, qui a lieu ce week-end des 19 et 20 septembre 2015 dans le Sud sauvage, a longtemps fait la part belle au surf, quand la crise requin ne rodait pas encore et que se lancer à l'assaut des vagues n'était pas la lubie de quelques irréductibles. Depuis l'année dernière, la planche de surf et le wax ont été remplacés par les chaussons d'escalade et la magnésite. Le défilé des musiciens sur scène s'accompagne maintenant d'une compétition de "bloc". Coup d'essai ou confirmation d'une embellie pour "la grimpe" ? A bien y regarder, le choix du "bloc" est tout sauf anodin.
Le Manapany festival, qui a lieu ce week-end des 19 et 20 septembre 2015 dans le Sud sauvage, a longtemps fait la part belle au surf, quand la crise requin ne rodait pas encore et que se lancer à l'assaut des vagues n'était pas la lubie de quelques irréductibles. Depuis l'année dernière, la planche de surf et le wax ont été remplacés par les chaussons d'escalade et la magnésite. Le défilé des musiciens sur scène s'accompagne maintenant d'une compétition de "bloc". Coup d'essai ou confirmation d'une embellie pour "la grimpe" ? A bien y regarder, le choix du "bloc" est tout sauf anodin.

Au départ, c'était juste un entraînement pour faire de la montagne. En métropole, l'un des premiers sites de "blocs" naturels à avoir rencontré du succès se situe en région parisienne, dans la forêt de Fontainebleau. Les blocs sont des gros rochers, dépassant rarement les quatre mètres de haut, qui permettent de pratiquer l'escalade sans cordage - mais pas sans matériel de sécurité - et donc très librement. Le bloc demeure la discipline la plus accessible, que l'on préconiserait presque à ceux qui ont le vertige.

"Il suffit d'une paire de chaussons, d'un "crash pad" et de la magnésite, détaille Philippe Gaboriaud, conseiller technique fédéral (CTF) d'escalade à La Réunion. C'est peu de matériel et tout cela se trouve très facilement chez les vendeurs spécialisés. Cela se pratique tout de même à deux, il faut un pareur pour redresser celui qui grimpe en cas de chute, les zones de réception n'étant pas toujours planes. En tout cas, contrairement aux autres spécialités de l'escalade, les personnes pratiquant le bloc se mélangent très bien, quel que soit leur niveau." Le "crash pad" est un tapis de chute à placer au pied du bloc, la magnésite une poudre blanche qui élimine la sudation et améliore l'adhérence des mains.

50 sites de bloc à La Réunion

"Il y a plus de 50 sites à La Réunion, poursuit Philippe Gaboriaud. Le plus connu reste celui de la ravine des Avirons, dans l'Ouest, justement parce que les zones de réception sont planes." La discipline du bloc s'est développée ici au milieu des années 90, quand l'escalade, elle, continuait de se déplacer des falaises naturelles en extérieur pour investir des murs artificiels et poursuivre son essor comme sport de compétition. Une vraie culture de la grimpe en a découlé, en même temps que les clubs sortaient de terre un peu partout dans l'île. Aujourd'hui, la jeunesse réunionnaise brille sur la scène internationale. Dernière grosse performance en date : Elma Fleuret, 16 ans et membre du Pôle d'excellence sportive d'escalade de La Réunion, est devenue championne du monde de vitesse à Arco, en Italie, le 4 septembre dernier (voir vidéo ci-dessous).


Cette même Elma Fleuret qui a remporté, l'année dernière, la première compétition du Manapany Bloc festival. Si les disciplines sont bien distinctes (difficulté, vitesse, bloc), les grimpeurs sont généralement très polyvalents. C'est le cas de Fanny Gibert qui, au premier championnat d'Europe universitaire organisé cet été en métropole, s'est imposée sur les compétitions de bloc, de difficulté et du combiné.

Membre du club "7à l'Ouest" de Saint-Leu, comme Elma Fleuret, Fanny Gibert fait partie de l'équipe de France senior depuis 2014. L'étudiante de 22 ans, inscrite à l'INSA de Lyon en sport-étude, est l'ambassadrice de choc du bloc réunionnais. En deux ans passés sur le circuit mondial, elle a décroché deux médailles d'argent sur des étapes de Coupe du monde, à Vail (Etats-Unis) en 2014 et Munich (Allemagne) en 2015. Ainsi qu'un titre de championne de France entre temps. Sa progression ravit Philippe Gaboriaud : "Elle a gagné en explosivité et augmenté ses possibilités sur les mouvements regroupé-jeté."

La vitesse ? "De l'athlétisme vertical", selon Fanny Gibert

La principale intéressée parle justement du bloc comme d'une discipline où on peut réussir "à réaliser des mouvements toujours plus extrêmes que l'on pouvait à peine envisager au début". Selon elle, cette découverte jamais tarie fait partie intégrante de l'escalade, comme "l'appréhension de l'inconnu". "Tout caler pour mettre la bonne intensité, le bon relâchement, au bon moment pour réussir à passer", tous ces éléments contribuent à sa préférence pour le bloc. Et la vitesse ? "Je ne considère pas vraiment la vitesse comme de l'escalade, ce serait plus de l'athlétisme vertical, égrène Fanny Gibert. C'est un sport super intéressant, exigeant, qui nécessite plein de qualité... Mais c'est très différent de l'escalade. J'aimerais bien essayer d'en faire un peu pour gagner en coordination et en explosivité, c'est un exercice super enrichissant, mais ça s'arrête là pour moi."

Le bloc en compétition s'apparente à un casse-tête à résoudre : face à un édifice et des prises que l'on découvre pour la première fois, le grimpeur dispose de quatre minutes pour attraper la prise finale et marquer un stop, en un minimum d'essais. La phase d'étude du parcours est aussi importante que la grimpe en elle-même. "Le bloc est une activité tellement ludique et sympa à pratiquer entre copains, assure Fanny Gibert. On peut ouvrir chacun un bloc et ensuite le proposer aux autres. Ce sont des défis constants et ça, c'est génial. Pour sûr, on ne s'ennuie jamais. Il faut posséder une bonne motricité, être musclé de partout, avoir du gainage mais aussi être capable de s'adapter, d'imaginer la façon de grimper… C'est très physique et très technique." Très complet donc.

Philippe Gaboriaud ne dit rien d'autre lorsqu'il énonce également la "souplesse" et la "mémorisation" dont il faut faire preuve. En charge du Pôle d'excellence précité, le CTF espère évidemment voir éclore d'autres Fanny Gibert en puissance dans les années à venir. Les jeunes grimpeuses péi prometteuses (Elma Fleuret en tête, mais aussi Lucille Saurel et Fanny Técher) ont toutes choisi de rester dans l'île et d'y continuer leur progression. Derrière la relève semble déjà assurée : au dernier championnat de France des poussins et benjamins, l'Austral Roc tamponnais a été sacré meilleur club national.

Tout ce petit monde de l'escalade locale devrait se retrouver au Manapany festival ce week-end. Autant dire qu'il y aura du niveau.

Fabien Lefranc pour www.ipreunion.com

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !