Après les nouvelles restrictions préfectorales (actualisé) :

Suspension des compétitions : le monde du sport entre incompréhension et colère


Publié / Actualisé
Par décision préfectorale depuis le jeudi 18 février 2021 la pratique des sports collectifs, des sports de combats et toutes les compétitions, quelle que soit la discipline, sont interdites. L'interdiction restera en vigueur au moins jusqu'au jeudi 4 mars. Il s'agit, selon le préfet, d'éviter la propagation du Covid-19. Le mouvement sportif réunionnais - où aucun foyer de contagion n'a émergé à ce jour -, prend plutôt mal ces nouvelles dispositions. Globalement, il ne les comprend pas... Sans parce qu'il n'a pas été consulté avant la mise en place de ces nouvelles restrictions préfectorales (Photo rb/www.ipreunion.com)
Par décision préfectorale depuis le jeudi 18 février 2021 la pratique des sports collectifs, des sports de combats et toutes les compétitions, quelle que soit la discipline, sont interdites. L'interdiction restera en vigueur au moins jusqu'au jeudi 4 mars. Il s'agit, selon le préfet, d'éviter la propagation du Covid-19. Le mouvement sportif réunionnais - où aucun foyer de contagion n'a émergé à ce jour -, prend plutôt mal ces nouvelles dispositions. Globalement, il ne les comprend pas... Sans parce qu'il n'a pas été consulté avant la mise en place de ces nouvelles restrictions préfectorales (Photo rb/www.ipreunion.com)

Tout le monde le pressentait mais personne n’osait réellement y croire. Ce mercredi, la préfecture a sifflé la fin de la récréation pour le sport réunionnais avec cette interdiction quasi immédiate de pratique pour certains sports et de compétition pour tous

Sonnés, KO debout, les sportifs, dirigeants, entraîneurs, pratiquants, ont réagi. Notamment sur les réseaux sociaux, lieu de tous les débats, bons ou pas, mais terrain de liberté écrite. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la nouvelle a été plutôt mal prise. Gisèle est  "triste", Maxime écrit que c’est "du délire", Pascal regrette que la "destruction continue", Wendy est "en colère", Nénette est  écoeurée", Manu parle "de scandale, de honte", Myriam pense "qu’ils veulent nous tuer à petit feu", Marlène résume la situation ainsi  "consommer, travailler, le reste est interdit"….Quant à Jean-Marc, il doit avoir dans un coin de la tête de tube de feu Tonton David quand il écrit être "qu’on nous prend pour des cons".

Certes, Timon pense que "c’est logique", Philippe rappelle que les "regroupements augmentent les risques de transmission" mais globalement la vox populi est dans "l’incompréhension", un mot qui revient à chaque fois lorsqu’on gratte un peu plus auprès de dirigeants du monde sportif. "C’est vrai que la situation est inquiétante avec les variants, le taux d’incidence, les clusters, les évacuations sanitaires et que l’objectif est de protéger dans l’intérêt général qui doit primer… mais d’un autre côté, rien ne prouve que le sport soit un élément déclencheur. Le sport est important pour la santé. Il y a donc une dichotomie qu’on ne comprend pas" commente Dominique Goumane, directeur des sports à la ville de Saint-André et président de l’ANDIISS  (association nationale des directeurs et intervenants d’installations et de services des sports) au niveau régional.

"On peut s’interroger ici sur le fondement de la décision. Le fondement n’est pas compris" reprend Stéphane André, organisateur de trails. "Je comprends que l'on rouspète lorsque l'on constate que malgré ces interdictions d’autres types de rassemblements sont autorisés. Chacun défend sa chapelle mais je pense qu'il est difficile à statuer au niveau des autorités. C’est pour cela que je ne tire pas sur l’ambulance. Le sport reste considéré comme non essentiel. Une partie est aujourd’hui est interdite mais quand on coupe la poire en deux, on mécontente tout le monde. Entre cohérence et incohérence, les autorités sont sur une ligne de crête qui est complexe".

- Allez comprendre -

Incohérence et paradoxe les deux mots reviennent souvent. Et pour cause. On peut courir en peloton ici mais pas là. On pouvait, jusque-là, se retrouver à 16 dans une mêlée de rugby mais on ne pouvait pas faire de compétition de cyclisme. Sans parler des différences de règles entre le sport en milieu associatif et l’EPS à l’école… Allez comprendre.

"On a du mal effectivement", glisse Florence Noel, la présidente de la ligue réunionnaise de volley-ball de La Réunion (LRVB). "On ne prend pas très bien cette décision. Elle est tombée brutalement. Certes, il y avait eu une sorte de pré-annonce la semaine précédente lors de la visio-conférence entre le mouvement sportif et le Préfet mais on ne comprend pas ce qui motive cette décision. L’ARS a-t-elle constaté un cluster en milieu sportif ? Non".

La n°1 de la LRVB a conscience que "la situation évolue défavorablement" mais rappelle que le milieu sportif a mis en place des protocoles "rigoureux qui ont été appliqués et qui ont empêchés toute contagion… On prend donc cette décision comme une sanction plutôt qu’un encouragement. Il y a un manque de reconnaissance". Jean-Louis Prianon, secrétaire général de la Ligue réunionnaise d’athlétisme, invité sur Réunion 1ere vendredi matin, tenait sensiblement le même discours.

Daniel Sangouma, directeur de l’Office municipal des sports (OMS) de Saint-Denis, argumente à son tour, "le sport est l’endroit où la notion des règles et du respect des règles est quotidienne. Alors une règle de plus dans le milieu sportif, ça ne gêne pas les gens. Là, on nous infantilise, alors que nous avons démontré que nous étions des adultes responsables. On nous prend pour des imbéciles ", lâche l’ancien recordman du monde du 4x100 m.

Henri Fontaine, le président du comité régional de natation, parle "d’injustice" par rapport au travail accompli. Les protocoles ont ainsi permis de regrouper près de 300 nageurs sur certaines compétitions comme les interclubs et le traditionnel meeting de fin d’année, avec des tentes pour chaque club, un sens de circulation... C’est un véritable coup de poignard pour la natation réunionnaise qui a tout respecté". Ce dimanche elle organise une compétition pour les seuls nageurs estampillés haut-niveau au Chaudron. Mais que faire des autres ? Et déjà le mécontentement monte dans certains clubs face à "ce tri punissant, de fait, d'autres sportifs proches du niveau requis" s'insurgent des entraîneurs

- "L’être humain a peur du vide et le vide s’appelle Covid" -

Pénalisés parmi les pénalisés, les sports collectifs et de combats se demandent ce qu'iils doivent faire désormais pendant les entrainements. De la préparation individuelle, de la baballe… au moment du money-time de la saison. Le judoka peut ainsi s’essayer à l'" air judo", le boxeur frapper son sac encore et encore tel un shadok… Dominique Goumane résume la problématique ainsi. "On ne peut plus se projeter. On ne peut plus rien planifier, c’est terrible. L’être humain a peur du vide et le vide s’appelle Covid".

Jean-Louis Prianon, un brin usé peut-être, demande presque qu’on stoppe tout un certain temps pour éviter l’annulation de compétitions à J – 2. Les dirigeants vont donc se pencher à nouveau sur le casse-tête des calendriers… tandis que les entraineurs vont devoir être inventifs, pour s’adapter encore pour enrayer la chute de 30 à 40% de licenciés observée par tous… et qui a donné naissance à une pratique sauvage incontrôlée parfois et dangereuse peut-être finalement en terme sanitaire !

La fatigue est là, le ras-le-bol est proche. "De nombreuses associations sont au bord de la rupture", prévient Dominique Goumane. Hervé Brelay, président du club de basket de Saint-Paul, qui, il y a quelques mois, avait lancé le collectif des présidents d’association sportive 974, pour que les sportifs péi soient entendus, témoigne : "le collectif en est resté au stade de la lettre ouverte puis tout le monde s’est replié logiquement sur ses contraintes de club". Le Saint-Paulois se dit résigné. " Je ne comprends pas comment on passe du tout au rien. Mais je ne suis ni médecin ni préfet."

Il y aurait donc un problème de communication à l’origine de cette incompréhension quasi unanime ? "La gestion de cette crise est un échec car nous nous n’avons pas été concertés. Ils sont dans leur logique et pas dans la logique", clame Daniel Sangouma. "Il y a eu des réunions mais on a l’impression de ne pas être écoutés. De plus, le Cros (Comité régional olympique et sportif - ndlr), qui est là pour défendre les intérêts du sport à la Réunion, a été transparent "poursuit, accusateur, Dominique Goumane. "Les décisions ont été prises sans aucun retour du terrain", glisse Hervé Brelay.

- "On ne nous consulte pas" -

"L’ARS et la Préfecture ont pris cette décision de manière unilatérale. Le sport est quantité négligeable. C’est la preuve que nous ne sommes pas une nation sportive. Il y a un manque de discernement chez nos édiles. On marche sur la tête. Je note plus largement une mise à l’écart du citoyen. On ne nous consulte pas. C’est une politique d’un autre temps. Il y a un manque de travail collaboratif. C’est à celui qui lavera plus blanc que blanc, qui mettra le masque le plus haut possible sur les yeux. Le peuple subit. On nous prend pour des moutons", se lâche, en colère, Jean Marc Hardy, le président de la Dominicaine Athlétisme.

Lui aussi parle des problèmes sanitaires à venir liés au manque d’activités physiques. "C’est catastrophique", dit-il. "Le sport est vital pour la santé. Il faut arrêter de traiter les conséquences et s’attaquer aux causes. Aujourd’hui, on arrête le sport… c’est le serpent qui se mord la queue". "Les enjeux du sport santé ne sont pas pris en compte", appuie Florence Noël.

Le sport moyen de prévention. L’idée revient souvent. Jean-Louis Prianon l’évoque aussi, "les sportifs peuvent prêcher la bonne parole du stade à la maison sur les gestes barrière et autres notions". "Avec l’arrivée prochaine des tests salivaires rapides, on pourrait tester les sportifs en arrivant sur leur lieu de pratique", abonde Stéphane André. Et contribuer ainsi à la lutte contre le Covid-19.

Les idées émergent. Elles mériteraient quelques tours de table. La ligue réunionnaise d’athlétisme en organise un le 20 mars prochain avec l’ensemble des clubs affiliés. Pour avancer et être écouter davantage.

Le mouvement sportif est un peuple qui a beaucoup souffert et qui ne veut plus souffrir, aurait pu chanter le regretté Tonton David.

lb/www.ipreunion.com / [email protected]

Mise à jour du 21 février, 10h :

A la suite de notre article, Adolphe Pépin, dirigeant du Comité régional olympique et sportif de La Réunion (CROS), a tenu à préciser que le CROS a fait part dès le jeudi 18 février de son incompréhension. "Le CROS a été de tous les combats pour la défense du sport. On a tous besoin de jouer collectif". Pour lui la mesure n'est pas justifiable, "d'autant plus que lors d'une réunion la semaine dernière, les autorités nous avaient dit que le mouvement sportif avait fait des efforts pour respecter les mesures en vigueur (gestes barrières, compet à huis clos, etc...) et qu'il n'y avait pas eu de problème sanitaire dans le sport (pas de cluster)" précise-t-il, craignant également que ces mesures entraînent "des regroupements pour la pratique sportive inorganisée".

   

6 Commentaire(s)

Alain, Posté
Hulk, tu devrais rester sur le blog d'en face, y'a pas de robot et tes idées sont plus en phase....
2022, Posté
Il faudra attendre 2022 pour bien voter.
Bastien, depuis son mobile, Posté
Excellente analyse
HULK, Posté
On ne comprend pas parce qu'il n'y a rien à comprendre si vous n'avez pas fait l'E.N.A. technocrates incompétents. On laisse entrer tout le monde et après on interdit tout.PS : pourriez-vous arrêter avec votre validation "robot" débile qui ne marche même pas bien
Franckdubos, Posté
Bonjour, Infantilisation des sportifs à l'image d'un préfet qui pense d'abord au bien être de ses enfants. Difficile de lui reprocher ce que nous ferions pour les nÃ'tres.
La vie est precieuse, Posté
Logique avec tous les cas en réa et même si je sais que beaucoup sont importés.La tension dans ces services est donc devenu très forte car nous faisons preuve de solidarité avec nos compatriotes mahorais.Je comprends que certains se sentiront frustrés mais une vie est une vie.Et nous essayons d'en sauver en restreignant nos libertés petit à petit.Penser que ce sont des pères et des mères eux aussi.Qu'en penseriez-vous si c'était votre mère ?