De nouvelles difficultés avec le couvre-feu :

Crise sanitaire : le mouvement sportif s'épuise


Publié / Actualisé
Le maintien du couvre-feu à 18h jusqu'au 5 avril à la Réunion est une énième mauvaise nouvelle pour le mouvement sportif réunionnais qui continue à chercher des solutions pour s'adapter aux interdictions liées à la crise Covid-19. Mais les troupes commencent à fatiguer (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Le maintien du couvre-feu à 18h jusqu'au 5 avril à la Réunion est une énième mauvaise nouvelle pour le mouvement sportif réunionnais qui continue à chercher des solutions pour s'adapter aux interdictions liées à la crise Covid-19. Mais les troupes commencent à fatiguer (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

En décembre dernier, le cabinet d’études et conseil Mouvens lançait, à la demande la DJSCS (Direction de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale), une enquête sur l’impact de la crise Covid-19 sur le sport réunionnais.

Cette enquête, dont les résultats ont été présentés au mouvement sportif local au début du mois de février, a eu lieu à un moment où notre île n’avait pas encore été contrainte aux mesures actuellement en vigueur, à savoir l’interdiction de la pratique des sports collectifs et des sports de combat sous leur forme normale, la suspension de toutes les compétitions sauf pour les sportifs de haut niveau, et, depuis désormais deux semaines, l’instauration d’un couvre-feu dès 18h.

En février, le moral général des troupes sportives péi n’était guère bon déjà. Car même si 48% des clubs ayant répondu au sondage évoquaient alors "un renforcement de l’esprit de cohésion au sein de l’équipe dirigeante lié à la crise Covid", "56% des associations avaient observé une baisse de l’implication des bénévoles tandis que 30% des associations se déclaraient "pas du tout" ou "peu confiantes" sur l’avenir de leur association."

"89% des associations avaient repris alors leurs activités, dont la moitié partiellement, et 18% d’entre elles avaient remboursé totalement ou partiellement les cotisations à leurs adhérents". Une nouvelle étude aujourd’hui donnerait-elle les mêmes conclusions ? On peut s’interroger tant le nouveau contexte est peu réjouissant, au terme d’un premier trimestre qui a vu les libertés de pratique se réduire comme neige au soleil…

Dans les ligues, comités et clubs, la lassitude se fait sentir. Du côté des structures régionales, on réfléchit ainsi à de nouveaux calendriers, avec des plans A, B, C… qui se succèdent, afin d’essayer de sauver les meubles, entendez par là la saison sportive.

- "On en a ras le bo " -

Dans les clubs, on cherche simplement à maintenir l’activité, ce service associatif irremplaçable et indispensable pour le lien social, la santé... Mais les héros bénévoles sont fatigués. " On en a ras le bol", résume David Fock, entraineur au club de volley-ball des Aigles-Blancs, l’un des plus importants du département. "On démarre, on arrête, on démarre, on arrête…  C’est compliqué pour nous et les licenciés. Les parents commencent à nous le faire savoir. Ils ont payé une licence et nous sommes à la moitié de l’année et il n’y a pas eu de compétition". Ou quasiment pas.

"On a l’impression de passer notre temps à chercher des solutions. Cela en devient plus prenant que de s’occuper d’un club normalement", reprend Marc Risacher, entraineur de basket à la Tamponnaise BB. "C’est énergivore". Et lassant, presque déprimant avec une chute du nombre de licenciés de 30% quasiment partout. Et les difficultés financières qui vont avec…

Le dernier casse-tête pour tous est la prochaine organisation des entrainements à compter de demain, lundi, avec un couvre-feu qui demeure à 18h, "alors qu’il passe à 19h en métropole", note, agacé, Julien Dupuy, entraineur de tennis au TCD et boss du Beach Park Dionysien, une structure de beach-tennis.

"Une heure, cela changeait tout", poursuit-il empêtré dans un nouveau planning qui laisse plusieurs de ses adhérents sur la touche. " Les créneaux prisés, ce sont ceux de 17h-20h. Pour le beach-park, on va avoir une nouvelle affluence de 15h30 à 17h30 pour ceux qui peuvent, des adultes en majorité. Mais pour les jeunes, au tennis, il ne nous reste que le mercredi et le samedi où il va falloir accueillir toutes les catégories. Les terrains vont être saturés. " Et l’entrainement se transformera forcément en entretien, voire garderie, avec moins de créneaux pour chacun.

- Le mercredi et le samedi pour maintenir l’activité -

Le problème est le même au basket au Tampon avec 17 équipes au TBB pour un gymnase (espace basket Dijoux-Carnot) qui sera disponible le mercredi après-midi et le samedi. Comment faire dans ces conditions ? Idem pour les volleyeurs des Aigles-Blancs et bien d’autres sans doute qui ont vu les installations sportives de leur commune être fermées pour la plupart dès 17h.

Pourraient-ils s’entrainer le dimanche ? Difficile de demander aux bénévoles d’être sur le pont à 100% hors horaires couvre-feu. " On ne peut pas monopoliser les encadrants tout le temps ", résume David Fock qui informe que le club a déjà fait beaucoup pendant les vacances scolaires qui se terminent avec la mise en place de stages. " Il faudrait que les installations soient ouvertes, ce qui n’est pas le cas partout. Le stade Marc-Nasseau de Champ-Fleuri ferme à 11h le samedi ", indique ainsi Philippe Quest, élu à la Ligue réunionnaise d’athlétisme. Le dimanche est, il est vrai souvent " off " pour les sportifs réunionnais, sauf compétitions qui ne peuvent plus se tenir.

C’est donc "la démerde" partout. Frédo Delmotte, le coach du club de natation de la Jeanne au Port, loue dans ce cadre l’esprit "conciliant du chef de bassin de la piscine" qui a pu offrir des lignes d’eau à 6h du matin ou de 15h30 à 17h. " On peut nager aussi en midi et 14h. C’est à la carte. "Au Vélo Club de Saint-Denis, Anthony Cheffiare, l’emblématique coach, ne peut plus bénéficier de ses créneaux de soirée au vélodrome (18h-20h)". Alors on compense avec des sorties plus longue le dimanche. Mais ça ne remplace pas les exercices sur piste. " Et va à l’encontre des cycles de préparation de compétition. C’est un peu toujours la même chanson…

Maman de Jonathan, espoir du cyclisme péi, Isabelle Lebreton va tout mettre en œuvre pour son fiston puisse rouler au maximum. Avant le lycée, dès que la cloche aura sonné à la Rivière Saint-Louis… dans le coma circulatoire provoqué notamment par le couvre-feu… "Il roule seul", dit-elle, ce qui est un moindre mal dans l’état actuel des choses. La pratique individuelle explose ainsi et les coureurs à pied et traileurs s’en sortent plutôt pas mal, à condition qu’ils soient lève-tôt pour aller gambader dès potron-minet. Mais cette alternative affaiblit peu à peu les associations et leur esprit fédérateur.

Certes, 59% des associations interrogés par Mouvens en décembre disaient avoir mis en place des outils numériques pour garder le lien avec leurs membres (avec la mise en place de séances de renforcement musculaire par exemple), mais rien ne remplace les échanges, les contacts, tout ce qui fait aussi la beauté du sport.

"On jongle", conclut donc Anne Atia, qui cherche, comme tout le monde, des solutions pour que vive le club d’athlétisme de l’ADISS Saint-Louis. Mais c’est presque de la survie un peu partout.

- "Nous plaidons pour une reprise" -

"Nous savions que le couvre-feu à 18h allait être prolongé suite à une réunion avec les services de la Préfecture et la DRAJES (Délégation régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports ")", confirme d’abord Adolphe Pépin, le vice-président du CROS quand on l’interroge sur cette crise. " Les clubs s’organisent, gardent le contact avec leurs licenciés. Les appels à projets d’aides nous ont été présentés. Mais ce ne sont que des aides. Le fonctionnement des associations devient de plus en plus difficile. Nous plaidons plus pour une reprise. Mais c’est le Préfet qui décidera."

Pour quelle date ? Acceptera-t-il dans un premier temps de revoir rapidement sa copie sur l’horaire du couvre-feu pour donner de l’air aux associations sportives ? Pas sûr… Quant à la reprise des compétitions, c’est encore une autre question…

" Le sport est pourtant un moyen de doper l’immunité " se désole Isabelle Lebreton. " On parle beaucoup du virus mais on ne parle jamais de la possibilité de s’immuniser par le sport. On nous enferme, on nous sédentarise ", reprend, à la volée, un Julien Dupuy désabusé. Comme si, déjà, il mesurait les effets secondaires à venir de cette privation d’activités dans une île touchée par une autre épidémie, celle de l’obésité…

lb/www.ipreunion.com / [email protected]
 

   

1 Commentaire(s)

Missouk, Posté
D'une manière générale, c'est tout le mouvement associatif qui s'épuise. Et il faut se dire qu'en métropole, c'est bien pire! Ils auront bientôt tué la culture, ils sont en train de tuer le tissu associatif, de nous empêcher d'avoir des loisirs, de sortir, d'inviter et voir du monde, bref, de faire de nous de bons moutons dociles et obéissants...