Covid-19 :

Les professionnels du sport face à la crise sanitaire : "économiquement, c'est problématique..."


Publié / Actualisé
Les professionnels du sport continuent à souffrir des mesures sanitaires prises dans le cadre de la crise Covid. Nous avons interrogé trois d'entre eux en cette période de semi confinement et couvre-feu qui continue à avoir des conséquences économiques sur leur activité mise à mal depuis bientôt 18 mois (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Les professionnels du sport continuent à souffrir des mesures sanitaires prises dans le cadre de la crise Covid. Nous avons interrogé trois d'entre eux en cette période de semi confinement et couvre-feu qui continue à avoir des conséquences économiques sur leur activité mise à mal depuis bientôt 18 mois (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

• Jérôme Vaglio (Ekwalis) : "nous ne sommes jamais sollicités en tant qu’acteurs de terrain alors que nous avons une certaine légitimité"

Avec 5 000 m2 d’espaces de sports située sur la commune de La Possession, Ekwalis peut se targuer d’être la plus grande salle de l’île avec équipements aquatiques, plateaux de musculation, fitness, sports de combat… Ce hub de sport comptait avant la crise Covid pas moins de 2 000 abonnés ou adhérents actifs et faisait travailler " seize salariés et une vingtaine de coaches indépendants " selon les chiffres transmis par Jérôme Vaglio, le président de cette SAS.

Aujourd’hui, Ekwalis annonce avoir conserver 1 450 adhérents " plus 200 qui sont en attente de leur pass sanitaire. " Une perte importante dans un climat difficile après presque 18 mois de galère.

Jérôme Vaglio évoque les trois fermetures et ouvertures successives qui ont obligé la structure à mettre tous ses salariés au chômage partiel, tandis que les coaches indépendants n’ont plus travaillé. " Pendant ce temps, les charges ont continué à tomber. Nous avons reçu une petite aide en 2020 car nous sommes éligibles mais cela représente 10% de ce que nous avons perdu. Pour 2021, nous n’avons rien touché pour l’instant. "

Comme beaucoup d’autres salles, Ekwalis a cherché à s’adapter,  en proposant des visio séances en 2020 " qui ont très bien fonctionné " puis des séances en extérieur " mais par groupe de six avec 2 000 adhérents, ce n’est pas une solution ", commente le boss qui souligne " on a la chance d’être dans un pays qui fait tout pour nous aider. "
Néanmoins, la crise pèse, surtout dans le contexte de ces dernières semaines bien compliqué à gérer. " Nous sommes comme les restaurateurs. Le couvre-feu à 19h, le semi confinement ne nous arrangent pas. Nos adhérents viennent en général de 17 à 20h. Qu’est ce que je peux répondre actuellement à une personne qui me dit qu’elle ne peut pas venir avant 19h et qui me demande un remboursement ?", confie-t-il.

Il déclare avoir embauché un référent Covid pour gérer la problématique du pass sanitaire à l’entrée, mais aussi un agent technique d’entretien spécifique COVID. Des coûts supplémentaires importants qui lui font dire qu’il aimerait " plus de concertation avec les services de l’Etat… On n’est jamais sollicités en tant qu’acteurs de terrain alors que nous avons une certaine légitimité. On demande juste à travailler et à être respectés. Pour la dernière réouverture, nous avons été prévenus la veille à 19h41 en regardant le journal. C’est une hérésie. C’est ça nous aider ? Rien n’est cohérent dans les décisions prises. Ils sont perdus ", dit-il sans mâcher ses mots à propos des services compétents.

Comme les associations et organisations sportives mises à mal, il argumente. " Avez-vous déjà vu un cluster dans une salle ou dans un club ? Non… Les mesures prises font que, psychologiquement et socialement, les gens sont atteints. Le sport, c’est un lien social important. La preuve, le COVID et ses mesures sont le sujet de discussion n°1 si on écoute tout le monde. Le coup de collier qui doit être mis sur la vaccination, c’est sur les personnes à risque ", conclut-il.


• Michel Bénard (Anim’Services) : "en 2019, nous avions animé 140 jours de course… nous en sommes à quinze cette année"

"L’objet d’Anim’Services, c’est l’animation, la sonorisation et la création d’évènements sportifs. " C’est par ces mots que Michel Bénard présente son bébé associatif bien connu des sportifs outdoor de l’île, notamment les cyclistes et coureurs à pied. Bien évidemment, la structure a été mise à mal par la crise. " Les deux salariés sont au chômage technique ou partiel depuis mars 2020 ", indique ce passionné de cyclisme, organisateur du Tour de l’île qui vient d’être reporté du 20 au 28 novembre après une première programmation du 16 au 26 septembre.

" J’ai préféré prendre les devants plutôt que d’apprendre trois jours avant que je devais annuler comme en 2020 ", raconte le Dionysien, encore amer du sort réservé alors à son épreuve. " J’avais alors engagé 86 000 euros des 160 000 euros de mon budget. Je me suis fait la promesse en 2021 de ne rien avancer jusqu’au dernier moment. Bien m’en a pris. "

Les 160 personnes, " coureurs et petites mains ", qui composent la grande caravane du Tour péi ont été prévenus en temps et en heure et ce report ne devrait rien coûter financièrement à Anim’Services. Il l’est en revanche au niveau temps passé " car il a fallu faire le tour des mairies, des services de voierie notamment pour voir si le tracé de septembre pouvait toujours être d’actualité en novembre en cas de travaux… "

Hors Tour, Anim’Services continue à rouler au ralenti avec le report des épreuves de cyclotourisme qu’elle organise chaque année et les annulations successives des évènements hors stade en vélo, moto, triathlon ou course à pied. " En 2019, nous avions animé 140 jours de course. En 2020, nous sommes tombés à une vingtaine et nous en sommes à quinze cette année ", chiffre Michel Bénard qui a une pensée pour ceux qui subissent les effets secondaires de ce désert calendaire sportif. " Il y a une économie de gens que je fais travailler d’habitude : les speakers, les restaurateurs qui nourrissent mes équipes sur nos organisations, les fournisseurs de coupes, trophées, maillots, mon chronométreur Web Services Gianni Esparon… "

• Stéphane André (Ilop Sport) :"on ne peut pas organiser en perdant de l’argent, surtout qu’on n’en a pas gagné pendant un an et demi"

Stéphane André a deux casquettes. Celle de directeur général du golf du Bassin Bleu et de gérant de la SARL Ilop Sport. Pour la partie golf, il indique que la clientèle locale " a servi d’amortisseur à la non venue d’extérieurs. Les dispositifs d’aides qui ont été mis en place par le Département, la Région, l’Etat nous ont permis de fonctionner ", dit-il.

" En revanche, aujourd’hui, le problème du zonage de 10 km est un vrai frein. Economiquement, c’est problématique. " L’obligation du pass sanitaire l’est moins " avec 5% d’adhérents totalement réfractaires ".
Stéphane André change de couvre-chef pour évoquer l’outdoor dont Ilop Sport est un des acteurs connus à la Réunion avec les organisations du Trail des Anglais, de l’Arc en Ciel ou de la Tropicadingue, mais aussi la gestion de la communication du Grand Raid. Les salariés de la SARL (quatre postes et demi) ont été mis au chômage partiel. Nous avons touché le FSN (Fonds national de solidarité). Ces dispositifs nous ont permis de tenir. On s’est serrés la ceinture, on a pris aussi sur notre trésorerie. "

Néanmoins il ne faudrait pas que cette période de vaches maigres organisationnelles perdure.  Aujourd’hui, " avec le couvre-feu et le zonage, c’est impossible de mettre en place un trail en format long car la mise en place des bénévoles et les départs se font de nuit. Si nous avons annulé l’Arc en Ciel, c’est parce que nous sommes soumis à la réglementation… Certes, nous aurions pu organiser quelque chose en journée. Mais le modèle économique du Running nécessite d’avoir un certain nombre de participants ", indique-t-il pour répondre à ceux qui, sur les réseaux sociaux, se demandent pourquoi les organisateurs jettent tour à tour l’éponge.

Le jeu n’en vaut donc pas la chandelle. " On ne peut pas organiser en perdant de l’argent, surtout qu’on n’en a pas gagné pendant un an et demi. C’est pareil pour les associations. Il ne faut pas oublier que, souvent, les courses qu’elles organisent, leur permettent de mener des projets. Il y a un certain découragement par rapport aux mesures mises en place. La COVID a rompu une dynamique qu’il va être difficile de relancer. " Côté organiseurs, côté traileurs aussi.

Et Stéphane André de conclure qu’il est admiratif des Réunionnais qui ont maintenu un degré de motivation en s’entrainant sans aucune compétition depuis des mois.  Tous croisent les doigts pour que, comme l’Ultra Trail du Mont Blanc cette semaine à Chamonix, le Grand Raid de la Réunion puissent donner aux mollets pétillants d’envie l’occasion d’aller arpenter les sentiers de l’île.

lb/www.ipreunion.cpm / [email protected]

   

1 Commentaire(s)

Ha, Posté
Le prochain effet kiss cool pour ces pro du sport, ce sera à partir du 15 octobre. Si l'Etat rend les tests payants, les sportifs non vaccinés ne prendront pas le départ des compétitions et n'iront pas dans les lieux nécessitant un passe sanitaire.