Changements de comportement :

Les tempêtes et les cyclones ne laissent pas nos animaux insensibles


Publié / Actualisé
En période cyclonique, nos animaux à quatre pattes, aussi bien que la faune sauvage, sentent les changements qui s'opèrent dans le ciel. Une appréhension visible à travers le changement de leur comportement : certains fuient, d'autres font des provisions... Nervosité, cache-cache : les animaux ont des sens bien plus développés que les nôtres et sentent venir les tempêtes de loin, alors que les changements météo peuvent avoir des répercussions lourdes sur certaines espèces endémiques de La Réunion, notamment chez les chauve-souris ou les oiseaux. (Photo d'illustration : rb/www.ipreunion.com)
En période cyclonique, nos animaux à quatre pattes, aussi bien que la faune sauvage, sentent les changements qui s'opèrent dans le ciel. Une appréhension visible à travers le changement de leur comportement : certains fuient, d'autres font des provisions... Nervosité, cache-cache : les animaux ont des sens bien plus développés que les nôtres et sentent venir les tempêtes de loin, alors que les changements météo peuvent avoir des répercussions lourdes sur certaines espèces endémiques de La Réunion, notamment chez les chauve-souris ou les oiseaux. (Photo d'illustration : rb/www.ipreunion.com)

La Réunion entame la deuxième moitié de sa saison cyclonique, et la première ne fut pas de tout repos : six phénomènes baptisés au total, dont deux (Alicia et Eloïse) ont atteint le stade de cyclone tropical. Une météo qui ne laisse pas nos animaux indifférents. La venue de tempêtes et de cyclones près des côtes de notre département joue sur leur comportement.

A l'approche d'un nouveau système, certaines croyances veulent que "les chats se passent la patte derrière l'oreille", ou encore que "les coqs appellent les poules à rentrer dans leur poulailler". Ces observations sont-elles de simples légendes ou se confirment-elles ? Vétérinaires et comportementalistes nous éclairent sur la question...

- Nervosité et cache-cache -

Pour Catherine Diluca, vétérinaire au sein de la clinique de La Montagne, il semble qu'avant un cyclone ou une forte tempête tropicale, les animaux montrent une agitation certaine. "On ne peut pas dire qu'ils anticipent les phénomènes, mais on remarque quelque chose d'anormal dans l'air", explique-t-elle. "Ils sont nerveux, agités. Des chiens restent collés à leur maître ou vont se cacher dans des endroits improbables, comme une baignoire. Les chevaux peuvent aussi sillonner de long en large leur enclos et rester groupés. On ne voit plus les oiseaux, parce qu'ils sont cachés dans des rochers ou des troncs, comme pour les abeilles, qui ne sortent plus de leurs ruches."

Ce changement de comportement est parfois perceptible plusieurs jours avant l'arrivée d'un cyclone. Un phénomène qui s'expliquerait d'après Catherine Diluca par la capacité des animaux à ressentir les modifications de la pression atmosphérique, de l'humidité, de la température et même de l'odeur de la pluie. "Il se dit des fois que les animaux ont un sixième sens mais ce n'est pas le cas. Leurs sens sont juste plus développés que les nôtres, à l'image de l'ouïe et de l'odorat. Cela leur permet de percevoir des choses que nous nous ne pouvons pas sentir", indique-t-elle.

Elle ajoute : "une forte électricité statique serait présente dans l'air à l'approche d'un cyclone et les animaux peuvent la ressentir grâce à leur pelage, qui s'hérisse dans ces conditions. On le remarque chez les chiens, qui frissonnent lorsqu'il y a du tonnerre."

- Les cyclones synonymes d'hécatombes pour certaines espèces -

Une fois le cyclone arrivé sur les côtes, la faune de l'île tend donc à se mettre à l'abri. D'autres espèces, à l'image des chauves-souris (seul mammifère indigène de La Réunion), s'attellent habituellement à chasser avant que les premières gouttes ne tombent. Mais les fortes pluies inhérentes aux tempêtes les en empêchent et les privent parfois de nourriture pendant plusieurs jours, ce qui peut engendrer de lourdes pertes au sein de leurs colonies. "Elles chassent jusqu'au dernier moment, le plus longtemps possible avant que la pluie ne les bloque. Le plus important pour elles est ensuite de se réfugier dans un gîte à proximité. C'est pourquoi il faut conserver un réseau de gîtes et ne pas les détruire sur le territoire", indique Sarah Fourasté, membre du Groupe chiroptères océan Indien (GCOI).

Les chauves-souris insectivores, à l'image du petit molosse de La Réunion, peuvent consommer chaque nuit jusqu'à l'équivalent de 3.000 moustiques (termites, papillons, coléoptères…), soit un tiers de leur poids. "S'il y a un événement pluvieux en cours, les insectes ne sortent pas et les chauves-souris ne peuvent donc plus s'alimenter pendant la durée du cyclone. Cela entraîne leur affaiblissement et une perte de leur masse corporelle qui parfois peut les conduire à mourir de faim', explique Sarah Fourasté.

En 1980, le cyclone Hyacinthe avait balayé les côtes de La Réunion à coups d'incessants allers et retours depuis le large, pendant une douzaine de jours. Plusieurs témoignages établis par des naturalistes ont alors fait état à l'époque de la mort de centaines de milliers de chauves-souris, due à une sous-alimentation et au fait que les ravines dans lesquelles elles vivaient avaient été balayées par l'eau.

- Le grand retour de la roussette noire -

Contre toute attente, la venue d'un cyclone peut aussi avoir des répercussions positives sur la faune locale. "Les cyclones sont l'une des principales voies de colonisation naturelle sur le territoire. Cela peut détruire mais aussi amener de nouvelles espèces sur l'île. Leur masse d'air peuvent emporter des graines, des insectes, des oiseaux et des chauve-souris, transportés d'une terre et relargués autre part. Si elles trouvent suffisamment de ressources pour s'implanter sur un nouveau secteur, et trouvent également un nouveau partenaire, les chauves-souris peuvent alors se reproduire et fonder une population", explique Sarah Fourasté.

Endémique de l'île Maurice puis exportée à La Réunion, la roussette noire ou grande roussette des Mascareignes, avait fini par disparaîtrte au cours du 18ème siècle sur notre île. "Mais on a pu l'observer à nouveau au début des années 2000, et on la voit encore aujourd'hui dans les environs de Saint-Benoît par exemple. On compte une centaine d'individus" indique Paul Ferrand, directeur adjoint du Parc national. Ce retour serait "très certainement dû à la faveur des courants cycloniques" d'après Sarah Fourasté. La présence de la roussette noire à La Réunion est bénéfique puisqu'il s'agit de la seule espèce capable de consommer des fruits charnus à grosses graines, et contribuer ainsi à leur dispersion et donc la régénération des forêts indigènes de l'île.

- Des oiseaux complètement perdus -

Outre les petits molosses de La Réunion, dont la taille est semblable à celle d'un pouce malgré son nom, les vents forts des cyclones peuvent également dérouter des animaux volants bien plus gros à l'image de certains oiseaux comme le pétrel géant. Nicolas Laurent, chargé de mission au sein de la Société d'études ornithologiques de La Réunion (SEOR), indique qu'en temps normal, cette espèce n'est jamais présente à proximité de l'île. "Les cyclones peuvent faire remonter des oiseaux de Madagascar ou de Maurice, à l'image des frégates. Les gros oiseaux sont bien souvent adaptés aux vents violents mais les tempêtes les empêchent parfois d'aller là où ils veulent", détaille-t-il.

La période cyclonique correspond également à celle de la reproduction pour bon nombre d'espèces d'oiseaux. La violence des vents peut alors engendrer la destruction de leurs nids et la perte de poussins, trempés par les eaux. Heureusement, ces espèces, en cas de pontes perdues, peuvent enclencher une "ponte de remplacement", leur permettant d'avoir de nouvelles progénitures à couver en l'espace de quelques semaines. Au fil des millénaires, ces oiseaux se sont ainsi adaptés pour faire perdurer leur espèce.

vl/www.ipreunion.com / [email protected]

   

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